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[Entretien] Aménagement urbain

Chantal Deckmyn : « L’hospitalité de l’espace public garantit notre liberté »

Publié le 22/12/2021 • Par Delphine Gerbeau • dans : France

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D.R.
Privatisé, de plus en plus excluant pour les plus faibles, réduit à la portion congrue, lieu de contamination pendant la crise sanitaire, l’espace public peut de moins en jouer son rôle de lieu de sociabilité, de rencontre et de mixité pour les habitants de la ville. Ce constat, Chantal Deckmyn le formule à partir de son expérience d’architecte-urbaniste, sa formation initiale. Mais elle l’enrichit de son point de vue de psychanalyste, l’une des nombreuses cordes à son arc, elle qui a aussi été l’une des pionnières de la méthode des bilans de compétence et qui a travaillé, à Marseille­, à la réinsertion de personnes à la rue.

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De ses années de pratique, Chantal Deckmyn, architecte-urbaniste et psychanalyste, a tiré un ouvrage, « Lire la ville. Manuel pour une hospitalité de l’espace public » (La Découverte, 2020), avec le soutien de la Fondation Abbé-Pierre et d’AG2R La Mondiale. Un ouvrage tout particulièrement dirigé vers les élus locaux et les techniciens des collectivités qui œuvrent à la fabrique de la ville.

Illustré de nombreuses photos prises en France ou ailleurs, d’exemples et de contre-exemples, cet ouvrage est un manuel très pratique qui balaie les objets et les temps de l’espace public. A quoi servent les bancs publics ? Pourquoi il est important de garder des toilettes publiques et où les placer ? Comment travailler sur l’ouverture des équipements publics au plus grand nombre ? Comment gérer la vie nocturne ? « L’espace public, c’est le lieu de l’inattention civile : chacun fait ce qu’il a à faire, tout en étant présent si l’autre a besoin de lui, c’est beaucoup plus efficace que des caméras de vidéosurveillance », juge Chantal Deckmyn.

Comment vous est venue l’idée de l’ouvrage « Lire la ville » ?

J’accompagne des communes depuis longtemps. Je suis stu­péfaite du hiatus entre l’intelligence de la réflexion sur la ville, y compris dans les comités qui pilotent les projets urbains, et ce qui finalement est réalisé. Les élus ont des outils pour mener leurs politiques d’aménagement, peut-être pas pour lutter contre la privatisation et la financiarisation de la ville.

Les tendances hygiénistes et sécuritaires, ainsi que le Mouvement moderne du début du XXsiècle avaient déjà initié la réduction quantitative et qualitative de l’espace public. Aujourd’hui, ce dernier est ramené, entre des parcelles de plus en plus grandes, à des filets résiduels dédiés à la circulation. Les rez-de-chaussée, occupés par des locaux techniques et des entrées de parking, y sont devenus aveugles et muets. Dans ces parcelles, se développe un nouvel espace, ni public, ni privé, que je qualifierais d’« institutionnel » – bailleurs sociaux, copropriétés… –, qui n’est plus régi ni par la coutume comme dans l’espace privé, ni par la loi de la République comme dans l’espace public, mais par le règlement intérieur du propriétaire et la norme. C’est un changement radical.

La ville, c’est la forme matérielle de la société, une savante organisation entre différentes fonctions. Lorsque l’urbanisme défait cet agencement quasi organique, qu’il vide par exemple les commerces des centres-villes au profit des zones commerciales, qu’il transforme les centres en zones touristiques, la ville, qui est l’instrument de la cohésion sociale, est contredite. Et elle en perd quelque chose comme son identité.

Comment concevoir, alors, les projets urbains de façon « plus éthique » ?

On ne peut pas continuer à nier l’existant et construire des immeubles-objets posés sur du terrain à bâtir. C’est irrationnel et coûteux. La tâche d’un maire est complexe, car il lui faut emboîter trois dimensions : territoire, habitants et urbanité. Mais tout est là, il suffit de repérer les potentiels.

D’abord, lire le territoire sur le temps long, pour apprendre de lui comment poursuivre son histoire. Un état des lieux attentif trouvera des fondations. On peut s’aider d’outils : atlas communal, cartographie historique, récits écrits… Ensuite, il faut s’appuyer sur ce qu’il y a de plus sûr et de plus vivant, le désir d’habiter des habitants – le geste d’habiter est un invariant anthropologique. Il s’agit moins de demander aux habitants ce qu’ils veulent que de regarder comment ils vivent. Enfin, on ne peut additionner les souhaits individuels, ni se plier à la loi du plus fort : le politique doit soutenir le primat du bien commun et l’intelligence de la ville, imbriquer le territoire, les désirs des habitants et l’intérêt collectif.

La crise sanitaire n’a-t-elle pas démontré l’importance vitale de l’espace public ?

Les restrictions sanitaires ont réveillé un impérieux désir d’espace public : nous y retrou­ver physiquement et pouvoir en jouir comme de l’air que nous respirons. Les confinés sanitaires ont vécu une expérience analogue, bien que diamétralement opposée, à celle des SDF. La circulation entre espaces privés et public est indispensable à notre survie. Les SDF, confinés dehors, habitent une topologie impossible, un espace invivable. A notre tour sevrés de l’alternance entre espaces public et privé, nous avons pu manquer d’air, mais aussi expérimenter que l’espace privé n’existe pas sans l’espace public.

La gestion de la pandémie ne s’appuie pas suffisamment sur la ville, qui est pourtant tout ce que nous avons. En matière d’outils, il importe qu’une instance transdisciplinaire puisse recenser les idées et initiatives testées en divers lieux, mais aussi évaluer et arbitrer les effets des déci­sions sanitaires sur l’espace public. La ville n’est pas un lieu de contamination à barricader ou à fuir, mais un refuge et un dispositif de protection.

Une population habite l’espace public : les sans domicile fixe. En quoi la place qui leur est accordée par les villes est-elle synonyme de ce rétrécissement de l’espace public que vous dénoncez ?

Avec une espérance de vie qui dépasse de peu la moitié de la nôtre, les SDF sont la population la plus fragile, mais ils ne constituent ni un groupe, ni une classe sociale : c’est n’importe lequel d’entre nous ayant rencontré de graves difficultés. Penser pour eux des dispositifs spécifiques, c’est aggraver leur condition et les y enfermer. Ce qui est à regarder, ce n’est pas leur situation dans l’espace public, mais l’espace public depuis leur situation.

Leur point de vue est l’indicateur le plus sûr de l’éthique d’une ville : il nous montre de la façon la plus crue la perte d’hospitalité pour tous d’un espace public qui, par ailleurs, se réduit fortement. Les bancs sont de plus en plus retirés, car ils sont le support et le lieu de fixation de personnes jugées indésirables – principalement des SDF. Mais ce retrait fonctionne comme une punition collective, qui ne pénalise pas seulement ceux qu’elle vise, mais aussi toutes les personnes fatigables, les touristes, etc. Fontaines, toilettes publiques, cabines téléphoniques… : petit à petit, l’espace public se trouve muet de ce qui faisait son hospitalité et sa capacité à rassembler.

Cela pose de vrais problèmes de sûreté, de civilité, d’attachement aux lieux : l’hospitalité de l’espace public garantit notre liberté, nous permet de vivre ensemble. Son absence décourage, voire empêche la vie publique et la citoyenneté aussi efficacement qu’une censure des médias.

 

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Commentaires

Chantal Deckmyn : « L’hospitalité de l’espace public garantit notre liberté »

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MIEGE colin

24/12/2021 09h35

Analyse très fine et pertinente.
Bravo.

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