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Fiction & Prospective

Dessine-moi le futur de l’action publique

Publié le 18/10/2021 • Par Laura Fernandez Rodriguez • dans : France

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Mathieu Bablet
La crise sanitaire a bouleversé les représentations des acteurs publics, désormais confrontés à des scénarios jusqu'ici jugés impensables, et a nourri un fort besoin d'anticiper le futur. Les tentatives d'ébauche de futurs désirables, bâties sur des représentations plus horizontales et faisant la part belle à la proximité, attestent d'un renouveau des imaginaires de l'action publique.

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Dessine-moi le futur de l'action publique

«Le futur existe déjà, il n’est simplement pas réparti équitablement sur terre. » Cette citation attribuée à William Gibson, auteur de science-fiction et leader du mouvement cyberpunk, reflète bien les tâtonnements existentiels et les bouleversements engendrés par l’irruption de la crise sanitaire. Passé la sidération, les acteurs publics se sont livrés à des introspections et à des tentatives de projections dans le futur. Dès le printemps 2020 ont émergé, dans les collectivités, des réflexions porteuses d’espoir sur ce que pourrait être « le monde d’après ».

« Le futur de l’action publique est-il en train de se fabriquer sous nos yeux dans les multiples innovations spontanées et autres bricolages institutionnels provoqués par une crise aussi brutale qu’inattendue ? » s’interrogeaient les auteurs de l’étude collaborative « Réflexes publics », en novembre 2020 (*). La prospective, de son côté, est également fortement mobilisée par les acteurs publics pour construire des récits sur les transitions à venir. Le but ? « Explorer des futurs (heureux) », comme s’y est attachée la 41e rencontre des agences d’urbanisme qui s’est tenue à Brest, début décembre 2020. « Renouveler les imaginaires de l’innovation publique », pour reprendre l’intitulé d’un webinaire organisé par la direction interministérielle de la transformation publique (DITP) en novembre dernier, semble donc être un besoin partagé et un travail engagé par de nombreux acteurs.

L’Institut d’études avancées de Paris, avec la Fondation 2100, a même lancé le concours Positive Future, dont la première édition porte sur « La ville en 2100 », pour « susciter l’élaboration et la diffusion d’imaginaires mobilisateurs décrivant, de façon convaincante et réaliste, un monde futur vivable, durable et désirable ». La smart city semble détrônée par d’autres concepts, telle que la « ville durable » ou la « ville sobre ». L’émergence de ces nouvelles représentations atteste d’un « désir d’avenirs ». Elles contribuent à nourrir l’intelligence collective pour penser l’action publique de demain.

Des valeurs qui s’effilochent

« On n’a jamais eu autant besoin d’anticiper le futur. Notre société est basée sur des valeurs qui s’effilochent depuis les années 1960 : la société patriarcale prend l’eau de toute part, le modèle bonapartiste surplombant qui en est issu aussi, notre rapport au travail, la crise sanitaire… Quand la société perd ses idéaux et principes d’action commune, la fiction retrouve sa capacité d’interrogation et de reconstruction d’un nouvel horizon de valeurs », estime Ariel Kyrou, spécialiste de science-fiction et auteur de « Dans les imaginaires du futur » (ActuSF, 2020).

Les acteurs publics ont, eux aussi, été confrontés à ce basculement. « L’action publique s’est construite sur des champs de certitudes, chiffres et diagnostics basés sur le passé et utilisés pour prendre des décisions rationnelles et de grandes orientations sur du moyen et du long terme. Ces outils qui étaient ceux d’un monde certain ne fonctionnent plus du tout aujourd’hui. Cet imaginaire de la maîtrise, du contrôle, s’effondre », pointe Julie Chabaud, responsable du laboratoire d’innovation territoriale LaBase, en Nouvelle-Aquitaine.

Bénéficiant d’un portage multiacteur (préfecture de région, conseil régional, conseil départemental de la Gironde et Bordeaux métropole), la structure LaBase réalise notamment des ateliers de coconstruction de récits du futur, dans le cadre de l’agenda 21 du département, comme imaginer la Gironde « sans » : sans eau potable, sans apport énergétique sûr, sans liberté, etc.

« On a créé des futurs ni trop proches ni trop lointains et, immédiatement, les participants, société civile, acteurs publics et privés, réalisent qu’il est envisageable de lancer des actions dès aujourd’hui. Les choses que l’on ne s’autorise pas à penser au présent sont rendues possibles lorsqu’on les imagine au futur », relève Julie Chabaud, citant le projet « Dessine-moi le futur en 2030 d’un territoire 100 % inclusif ». C’est ce qui conduit un nombre croissant de collectivités à se tourner vers la prospective et à construire des récits pluriels de l’avenir de leurs territoires.

« Les élus locaux sont de plus en plus nombreux à réaliser que la crise aura des impacts durables sur tout un tas d’aspects de la vie économique et sociale, et c’est l’une des raisons pour lesquelles le besoin de prospective est actuellement en croissance », confirme Yannick Blanc, président de Futuribles – contraction de « futurs » et « possibles », association historique de prospective. Entre 2019 et 2020, l’association a même enregistré 12 % de cotisations supplémentaires. Parmi les collectivités adhérentes : les régions Occitanie et Grand Est, les départements de l’Isère, de l’Hérault et des Vosges, les agglomérations de Grenoble, d’Angoulême et de Pau.

Retour de balancier

« Les collectivités s’interrogeaient déjà sur leur futur, mais la crise sanitaire a été un véritable accélérateur sur ces questions, notamment en termes d’approche collective et narrative », détaille Yoan Ollivier, cofondateur de l’agence de design de politiques publiques Vraiment Vraiment, qui a même conçu un jeu dédié au futur de l’action publique.

Réfléchir grâce au jeu

L’agence de design Vraiment Vraiment a créé un jeu sur le futur de l’action publique, à la suite d’ateliers ayant réuni des centaines de participants autour d’un programme baptisé « AP2042 ». Clin d’œil à AP2022 et à rebours d’un avenir où l’action publique s’écrirait uniquement via la numérisation et la diminution du nombre d’agents. Dans plusieurs scénarios, la demande d’action publique reste forte et est beaucoup plus distribuée sur les territoires.

Brest métropole (8 communes, 210 000 hab.) a lancé le projet « Tomorrow » (demain) pour élaborer collectivement des feuilles de route. Ce programme se déroulera jusqu’en août 2022 et doit permettre de participer au plan climat-air-énergie territorial. De son côté, Grenoble Alpes métropole (49 communes, 445 100 hab.) a opté tout récemment pour une campagne intitulée « aimer le futur » afin de proposer un nouveau récit sur le territoire. « La responsabilité de l’élu est de tracer une route vers un avenir heureux, plus positif qu’aujourd’hui », appuie Patrice Vergriete (DVG), maire de la ville et président de la communauté urbaine de Dunkerque, mais aussi président délégué de la Fédération nationale des agences d’urbanisme, qui a organisé la 41e rencontre des agences d’urbanisme.

Les élus locaux auraient été confortés dans cette approche par la crise sanitaire, qui a opéré une sorte de retour de balancier, selon Claire Roumet, directrice générale du réseau Energy Cities, association européenne des villes engagées dans la transition énergétique. « Les acteurs locaux, qui étaient plutôt dans un rôle d’exécutants, deviennent ceux qui dessinent le futur, à l’inverse de certains ministères ou commissions qui se retrouvent parfois davantage dans la posture de financeurs », estime-t-elle.

Mise en musique de la résilience

Avec la prise de conscience que d’autres crises sont à venir, le tout dans un contexte de réchauffement climatique, s’opère ainsi un tournant dans la stratégie de certains territoires qui pivotent. « Alors que les questions d’attractivité étaient au cœur des stratégies depuis plus de vingt ans, les collectivités vont davantage s’intéresser à la résilience de leur territoire », décrypte Yannick Blanc. Un constat partagé par Jean-Loup Molin, directeur adjoint du service de prospective des politiques publiques au Grand Lyon (59 communes, 1,4 million d’hab.), évoquant une polarisation autour des questions de transition et de résilience : « Le nouvel exécutif, qui comporte un vice-président à la résilience et à la prospective, souhaite créer les conditions de la transition en s’appuyant sur la prospective pour aller vers des modes de vies soutenables. » Au fond, il s’agit de « rendre la résilience opérationnelle, de la mettre en récit pour qu’elle devienne désirable », précise-t-il.

Ariel Kyrou met toutefois en garde sur une approche autour des « futurs désirables », lorsqu’elle s’incarne de manière surplombante. « Il faut travailler à inventer d’autres modèles de société, mais aussi donner les clés à d’autres acteurs, afin de les construire toutes et tous ensemble. Sinon, on fabrique une idylle, c’est-à-dire une utopie si naïve qu’elle porterait inconsciemment en elle sa propre dystopie future. »

 

délégué général de La 27e Région

Stéphane vincent, délégué général de La 27e Région

La 27e Région a-t-elle pour mission d’autoriser les collectivités à rêver ?

Cela s’est produit lorsque l’on a commencé à utiliser le design prospectif et à dire « et si ». Mais les imaginaires de l’action publique sont repliés autour de quelques cultures, gestionnaires, administratives, juridiques, extrêmement ritualisées : contractualisation, appels à projets, marchés publics… Autant de machines à produire l’action publique sur lesquelles il est difficile de s’interroger. Nous parlons de « piratage bienveillant » afin de présenter des projections alternatives : nous avons longtemps fait un « off », au congrès des régions, pour traiter des mêmes sujets en proposant d’autres représentations.

Comment évolue le rapport qu’entretiennent les collectivités à la prospective et aux récits de fiction ?

Il peut y avoir une tendance à l’autocensure de la part des agents sur ces questions. Il est encore tôt pour se prononcer, car beaucoup de collectivités se remettent encore du choc provoqué par la crise. Notre étude sur les réflexes publics révèle néanmoins qu’il y a eu une foule d’expériences inédites. Il faut bichonner ces avancées et en faire quelque chose, pour ne pas revenir « au monde d’avant ».

Un nouvel imaginaire se construit-il autour de l’action publique du futur ?

Il y a une vraie pauvreté de l’imaginaire de l’action publique, qui n’aurait d’autres buts que l’efficacité et la performance, où les services publics feraient davantage partie du problème que de la solution. Même s’il y a une volonté d’un nouvel imaginaire, on reste sur les traces de cet ancien imaginaire tout rapiécé d’une bonne gestion des affaires publiques et de la compétition entre territoires. Certains cherchent du côté d’un nouveau contrat social, des communs, de la coopération. Cela implique un changement de posture majeur de la part des acteurs publics et des habitants, avec l’invention de gouvernances et la coresponsabilité, comme en attestent déjà Bologne (Italie), Wigan (Angleterre), Grenoble (Isère) avec des chantiers ouverts au public ou Loos-en-Gohelle (Pas-de-Calais).

Splendeur et décadence de la smart city

Projets phares Eclairage, gestion de l’espace public, des mobilités… Dans les projets emblématiques, tels que « On Dijon » porté par la métropole de Dijon ou celui de smart city déployé à Angers Loire métropole, mais plus largement dans tout projet de territoire intelligent, la ville du futur s’appuie sur la technologie pour rationaliser et optimiser les services publics.

« Il y a deux imaginaires dominants constituant deux pôles d’attraction puissants. D’une part, un imaginaire des nouvelles technologies prédominantes, qui cherchent à abolir les limites, cette démesure technologique allant souvent de pair avec une surveillance et une privatisation extrêmes, comme dans le livre Les Furtifs, d’Alain Damasio. D’autre part, un imaginaire écologique qui considère nos limites terrestres, tel l’épuisement des ressources, volontiers post-apocalyptique, mais qui dérive parfois », explique Ariel Kyrou, spécialiste de science-fiction.
Situés entre ces deux pôles, les imaginaires de l’action publique se déclinent selon des postures politiques. Stéphane Vincent, délégué général de La 27e Région, se souvient qu’à ses débuts, en 2008, « la technophilie est le premier imaginaire auquel a dû confronter l’association. Les élus avaient une représentation très technologique de l’avenir de l’action publique, alors que nous étions tournés vers l’innovation sociale, au sens de collectif ».
Depuis la crise sanitaire, le centre de gravité semble s’être déplacé : « En mai 2020, le projet d’une ville selon Google à Toronto a été abandonné, signe d’une reprise en main de la collectivité et des habitants sur leur destin », pointe-t-il.
« Les acteurs privés avaient une longueur d’avance pour bâtir et nourrir les imaginaires autour de la smart city, fondée sur la croyance que la technologie pouvait nous sauver. Avec la crise, les acteurs publics se retrouvent en capacité de construire leur propre récit », appuie Patrice Vergriete. Selon le président de l’association France Ville durable, « la smart city a vécu », et la ville durable ne sera pas le monde d’aujourd’hui avec plus de technologies, mais la ville sobre, résiliente, créative et inclusive.

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