Déchets organiques

« Définir des capacités de traitement et des règles adaptées à chaque territoire »

Par • Club : Club Techni.Cités

Alors que la valorisation des déchets organiques connaît de multiples évolutions réglementaires, Suez a inauguré début juin un centre international de recherche et d’innovation qui lui est dédié. Objectif : coordonner des études visant à optimiser les installations existantes pour en réduire les coûts et l’impact environnemental. Et tester des filières et des des technologies peu explorées jusqu’alors. Interview de Marion Crest, directrice de ce BioResourceLab.

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Biodéchets : comment les trier en ville ?

 

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Compostage, méthanisation, on sait aujourd’hui valoriser les biodéchets. Pourquoi créer un nouveau centre de recherche ?

On doit d’abord se mettre d’accord sur la définition d’un biodéchet. On a des enjeux sur les restes alimentaires et les déchets verts des parcs et jardins, mais on veut ici travailler sur l’ensemble des déchets organiques, y compris le papier ou le carton par exemple. Bien sûr, il existe une hiérarchie dans la gestion des déchets et pour ces gisements, le recyclage matière arrive avant la valorisation. Pour autant, on sait qu’une partie des flux est de mauvaise qualité, comme les papiers gras qui ne peuvent pas être recyclés. On pourrait leur donner un cycle d’usage supplémentaire, par exemple en les transformant en biocarburants ou en molécules d’intérêt pour la chimie verte. N’oublions pas que nous sommes face à plusieurs enjeux en même temps : la raréfaction des énergies fossiles que l’on peut avoir intérêt à substituer par de la biomasse, mais aussi une problématique de sécurité alimentaire qui nous incite à utiliser au maximum des déchets organiques plutôt que les produits comestibles des cultures.

Que va changer la mise en place du tri à la source des restes alimentaires qui devra être proposé à l’ensemble des ménages d’ici 2023 ?

Après les gros producteurs, soumis à une obligation de tri depuis 2016, cette nouvelle étape va transformer la collecte comme le traitement. Pour simplifier le geste de tri, il est important de proposer des solutions adaptées. Nous étudions notamment le comportement des différents sacs utilisés pour le tri. Ceux en plastique censés être biodégradables se compostant très mal. Nous devons aussi trouver des solutions qui permettent de limiter les risques liés à la présence de sous-produits animaux. Avec l’Inrae [Institut national de recherche sur l’alimentation, l’agriculture et l’environnement, ndlr], nous travaillons au suivi des comportements des pathogènes pour développer des solutions alternatives à l’hygiénisation car si certaines existent déjà, elles impactent parfois fortement la viabilité économique de la filière méthanisation. L’un des grands enjeux sera de définir des capacités de traitement et des règles adaptées à chaque territoire, comme cela a été fait sur le tri des emballages.

A-t-on besoin d’améliorer les solutions de valorisation existantes ou d’en imaginer de nouvelles ?

Les deux. On cherche entre autres à diminuer l’impact environnemental des installations de méthanisation en utilisant moins d’eau pour extraire les impuretés indésirables. Ou à intensifier le procédé pour réduire les coûts sur l’ensemble de la chaîne de traitement ; à augmenter la valeur agronomique des produits que l’on génère… Parallèlement, nous travaillons avec des partenaires comme Upcycle afin de trouver des solutions de valorisation locale, à l’échelle des immeubles ou de sites qui ont des contraintes d’accès comme des prisons. Et nous nous inscrivons dans le projet européen DECISIVE qui vise à combiner des micro-méthaniseurs qui produisent de l’énergie et des produits d’intérêt agronomique pour des fermes urbaines. À cela s’ajoutent enfin des projets plus disruptifs à différentes échéances. Avec Afyren, nous travaillons sur un projet de bioraffinerie de taille industrielle utilisant des déchets organiques afin d’obtenir des acides gras volatils biosourcés et résiduaires pour la chimie verte, ainsi que des fertilisants potassiques alternatifs.

Qu’en est-il de la valorisation des boues issues de l’épuration des eaux usées qui fait l’objet de débats ?

Nos travaux visent à mettre davantage de moyens de recherche pour répondre aux futures évolutions de la réglementation qui est en discussion. Comme pour les centaines de milliers de tonnes de déchets organiques par compostage industriel que nous traitons déjà, nous devons nous adapter à des valeurs de conformité qui se durcissent alors que le flux, lui, n’évolue pas forcément positivement. Gardons en tête toutefois que les innovations ne sont pas toujours techniques. Les stations d’épuration subissent les pollutions des eaux usées qu’elles accueillent. On a aussi besoin d’innovations sociétales pour faire en sorte de limiter les pollutions en changeant les habitudes et les usages.

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