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Mobilité - Voirie

Les rues scolaires, un concept aux résultats encourageants

Publié le 08/04/2021 • Par Auteur associé • dans : Actu Education et Vie scolaire, Actualité Club Techni.Cités, France

L’entrée d’une rue scolaire mise en place à Lille.
L’entrée d’une rue scolaire mise en place à Lille. Guilhem Fouques/DICOM-Ville de Lille, CC BY-NC
Le concept des "rues scolaires" se développe en Europe pour protéger les élèves lorsqu'ils arrivent à proximité de leur établissement mais aussi pour les encourager à adopter des modes de déplacements actifs. Matthieu Chassignet, ingénieur mobilités durables à l'Ademe en explique ici les fondements et détaille les retours d'expérience des pays pionniers en Europe.

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Par Mathieu Chassignet, Ademe (Agence de la transition écologique)

Alors qu’il y a, en France, plus de 12 millions d’élèves dans nos écoles, collèges et lycées, la mobilité scolaire reste trop souvent un angle mort des politiques publiques.

Ces derniers mois, plusieurs pays européens ont déployé à plus ou moins grande échelle le concept de rues scolaires. Qu’est-ce qu’une rue scolaire ? Il s’agit de piétonniser temporairement les voies des écoles aux heures d’ouverture et de fermeture des classes, afin de les sécuriser mais également d’encourager les déplacements à pied, à trottinette ou à vélo plutôt qu’en voiture.

Ce dispositif en plein essor est en train d’être déployé en Belgique, au Royaume-Uni, en Espagne et même en France, où les choses se sont accélérées depuis la rentrée scolaire de septembre 2020.

La Belgique, pionnier européen

La Belgique est sans doute le premier pays européen à s’être emparé du sujet. Dès 2004, une obligation de créer des zones 30 aux abords de toutes les écoles du pays a été introduite, visant à améliorer la sécurité des enfants. Les retours d’expérience montrent que cette mesure a permis de réduire les vitesses pratiquées et d’améliorer la sécurité aux abords des écoles, mais n’a pas ou peu permis d’y diminuer le volume de trafic automobile.

C’est pour cela que les premières expérimentations de rues scolaires ont vu le jour à partir de 2012, jusqu’à ce que ce concept entre dans le Code de la route en 2018, légalisant ainsi la mesure.

Le Code de la route belge définit la rue scolaire comme « une voie publique située à proximité d’un établissement scolaire où, temporairement et à certaines heures, l’accès de véhicules à moteur est interdit […]. Dans les rues scolaires, la voie publique est réservée aux piétons et aux cycles ainsi qu’aux vélos électriques. Seuls les véhicules prioritaires […] ont accès à la rue scolaire. Les conducteurs qui circulent dans la rue scolaire le font au pas ; ils cèdent le passage aux piétons et aux cyclistes, leur cèdent la priorité et, au besoin, s’arrêtent. Les conducteurs ne mettent en danger ni les piétons ni les cyclistes et ne les gênent pas. »


Cercle vertueux des rues scolaires.
Mathieu Chassignet, adapté du guide « Concevoir une rue scolaire : méthodologie et bonnes pratiques », CC BY-NC-SA

En 2019, le gouvernement bruxellois a mis à disposition un fonds d’un million d’euros dédié à la création de rues scolaires dans la Région de Bruxelles-Capitale.

L’organisme Wallonie Mobilité a publié un guide méthodologique en novembre 2020. Plusieurs conditions sont proposées pour valider l’opportunité de créer une rue scolaire :

  • L’école doit être demandeuse et motivée
  • La rue a un caractère résidentiel et n’est pas empruntée par un trafic de transit
  • Le report de trafic sur les rues voisines est gérable
  • Des possibilités de parking ou dépose-minute sont disponibles à proximité de l’école
  • La rue n’est pas traversée par une ligne de bus.

Compte tenu de ces conditions, quelle serait la proportion d’écoles compatibles avec la mise en place d’une rue scolaire ?

En reprenant des critères similaires, il a été calculé que la mise en place d’une rue scolaire était possible pour près de la moitié des écoles des villes de Londres, Birmingham, Bristol et Leeds.

De premiers résultats venus du Royaume-Uni

Cet objet étant relativement nouveau dans les politiques publiques, on dispose encore de peu d’éléments chiffrés sur les changements qui s’opèrent suite à la mise en place d’une rue scolaire. Les éléments d’évaluation les plus complets nous viennent du Royaume-Uni, qui est probablement le pays le plus avancé sur le sujet.

Dans la seule ville de Londres, près de 350 rues scolaires ont été déployées depuis avril 2020, notamment en lien avec les problématiques de mobilité engendrées par la pandémie de Covid-19. Elles y ont fait l’objet d’un financement de la part de Transport for London, l’équivalent londonien d’Île-de-France Mobilités.

Une étude d’évaluation a été menée sur un échantillon de 35 des écoles concernées. Celle-ci fait ressortir les résultats suivants : parmi les parents automobilistes, 30 % ont réduit leur utilisation de la voiture pour amener leurs enfants à l’école. Ces changements de mobilité sont plus fortement liés à l’aménagement de la rue scolaire (-18 %) qu’au contexte sanitaire (-12 %). Les parents se sont reportés essentiellement sur la marche à pied.

À noter que l’utilisation des transports collectifs a également diminué (en lien avec le contexte sanitaire), ainsi que, plus étonnant, le recours à la trottinette (« scoot »).

Il a été observé, aux abords des écoles concernées, une diminution de la pollution aux oxydes d’azote, polluants principalement émis par le trafic routier : jusqu’à – 23 % pour les concentrations de NO2 et jusqu’à – 34 % pour les concentrations de NO.

Cet effet est observé le matin, à l’heure de dépose des enfants. En revanche, il n’a pas été constaté d’évolution significative à l’heure de sortie des classes, ce qui s’explique par le fait que les parents viennent récupérer leurs enfants de manière plus étalée, avec une proportion plus importante d’élèves qui fréquentent la garderie.

En matière d’acceptabilité, les rues scolaires sont plébiscitées par les parents d’élèves : 81 % des parents concernés considèrent que la rue scolaire est pertinente pour l’école de leurs enfants et 76 % souhaitent que le concept soit déployé plus largement.

Autre fait intéressant, les parents dont les enfants sont dans une école ne faisant pas l’objet d’une rue scolaire (groupe contrôle) se prononcent également en faveur des rues scolaires, bien que dans une moindre mesure. Les principaux avantages mis en avant sont l’augmentation de la sécurité (39 %), la réduction du trafic et de la congestion (23 %) et la facilitation de la distanciation sociale (12 %).

Et en France ?

Dans nos villes, les premières initiatives conséquentes sont apparues récemment, notamment dans la période qui a vu s’enchaîner le déconfinement en mai 2020 puis les élections municipales en juin. Certains exécutifs élus ou réélus ont alors donné une bonne place à ce sujet dans leur programme municipal.

Ainsi, depuis la rentrée 2020, Paris a piétonnisé ou apaisé les abords de 80 écoles, Lyon a fait de même pour 23 écoles, Lille a créé des rues scolaires aux abords de 7 écoles.


Des rues scolaires à Lille (Ville de Lille/Youtube, le 9 novembre 2020).

Des évaluations sont en cours dans ces villes, sur le modèle de ce qui a été fait à Londres, afin de déterminer les impacts de ces politiques sur les moyens de déplacement des parents, la pollution locale et le niveau d’acceptabilité de cette politique.

Les premiers résultats sont très encourageants. Par exemple, 91,4 % des parents de l’école Desbordes-Valmore de Lille s’en disent satisfaits.

Fort de ces premiers résultats et des évaluations plus complètes qui sont en préparation, nul doute que le concept de rues scolaires a de beaux jours devant lui et devrait se déployer largement sur le territoire.

Cela permettra de répondre à une forte attente des parents, attestée par un récent sondage de l’Unicef qui a montré que 87 % des parents d’élèves y sont favorables.The Conversation

Mathieu Chassignet, Ingénieur mobilité, qualité de l’air et transition numérique, Ademe (Agence de la transition écologique)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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