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AMÉNAGEMENT - URBANISME
Le Mobiliscope, un outil pour suivre le rythme des territoires
Alexandre Léchenet, Laura Fernandez Rodriguez | France | Publié le 07/04/2021

Comment bat le rythme quotidien d’un territoire ? Le Mobiliscope, outil dévoilé mercredi 7 avril et couvrant un tiers des communes de France, vise à mieux appréhender la ségrégation sociale à l’œuvre. Une clé pour penser l’aménagement du territoire et l’élaboration des politiques publiques afin de pouvoir agir « au bon endroit, au bon moment ».

Paris - Mobiliscope

« Les personnes à hauts revenus et à bas revenus se déplacent et ainsi se côtoient pendant la journée », rappelait, en novembre dernier, une note de l’Insee [1]. S’appuyant sur les données de mobilité issues de la téléphonie mobile, elle se penchait sur la manière dont les habitants à hauts et bas revenus se répartissent et se croisent à Paris, Lyon et Marseille. Et révélait, notamment, que la mixité sociale était plus forte en journée sur les lieux d’activité, que pendant la nuit dans les quartiers de résidence.

Un tout nouvel outil, le Mobiliscope [2], dévoilé dans une nouvelle version le mercredi 7 avril 2021 par le CNRS, permet d’en apprendre encore plus sur les populations présentes à chaque heure, dans chaque territoire d’une agglomération.

Zoomer sur des phénomènes invisibles

Le Mobiliscope, qui s’appuie sur des données du Cerema, et a reçu le soutien de l’ANCT, « montre de manière visuelle comment évolue la composition sociale d’une ville ou d’un quartier au cours de la journée, grâce aux données d’enquêtes de déplacement ». Un outil qui permet aux « acteurs locaux » d’agir « au bon endroit, au bon moment ».

Dans sa nouvelle version, cet outil intègre des informations pour 10 000 communes françaises, soit l’équivalent de 65 % de la population, collectées lors d’enquêtes réalisées depuis 2009. Il permet donc de zoomer très précisément sur « la ségrégation dans les villes au cours de la journée ».

« Scientifiques et acteurs publics peuvent ainsi observer des phénomènes de gentrification ou paupérisation au quotidien, qui seraient invisibles s’ils s’en tenaient aux seuls lieux de résidences, mais aussi faire coïncider les temporalités de l’action publique avec celles des populations et des territoires », souligne le communiqué.

Mobiliscope - Lyon

Ségrégation sociale

On peut ainsi observer les déplacements des cadres depuis la banlieue ouest de Lyon vers les centres d’affaires [3], le matin, et, en sens inverse, à la fin de la journée. Plusieurs filtres permettent, en effet, de se concentrer sur une partie seulement de la population, en analysant leur nombre ou la part qu’ils représentent dans chaque zone du territoire analysé.

La ségrégation sociale, observée au niveau résidentiel, « se reproduit au cours de la journée en dépit (ou justement à cause) des déplacements quotidiens : les plus riches et les plus pauvres demeurent, en journée, les groupes sociaux pour lesquels l’entre-soi est le plus fort, au contraire des classes moyennes systématiquement plus dispersées sur le territoire que ce soit la nuit ou le jour », analysent les concepteurs du Mobiliscope.

Assignation à résidence

L’outil permet notamment d’observer « l’assignation à résidence », telle que décrite en 2018 par Emmanuel Macron [4], à propos des habitants des selon les données collectées à Dijon [5], les habitants en QPV ne sortent que très peu des territoires où ils vivent, et il y a toujours moins de 30% de personnes n’habitant pas dans les QPV dans le secteur « Dijon – Fontaine d’Ouche ».

Mobiliscope - Dijon

Représentation spatiale des inégalités femmes-hommes

Parmi les autres grandes tendances qui se dégagent, il ressort que la parité femmes-hommes dans les quartiers « diminue fortement en journée, avec des zones qui deviennent majoritairement féminines et d’autres majoritairement masculines, en lien avec le volume, la localisation et les horaires des activités (professionnelles et domestiques) auxquelles les deux sexes sont inégalement assujettis ».

Cette chorégraphie des personnes sur un territoire au cours d’une journée rejoint la question de l’accessibilité des équipements de proximité, passée au premier plan avec la crise sanitaire et les confinements, et la popularisation du concept de « ville du quart d’heure » [6]. La plateforme donnera sans doute du grain à moudre aux partisans des politiques temporelles, qui amènent à repenser les rythmes de la ville et les fonctions dévolues aux différents équipements qui la composent. Surtout que l’ensemble des données présentées peuvent être téléchargées d’un simple clic.

Des données très fines

Les données utilisées par le Mobiliscope permettent d’aller encore plus loin que les données de téléphonie mobile utilisées, par exemple, dans l’étude de l’Insee. En effet, elles fournissent « non seulement des informations sociologiques (âge, sexe, catégorie socioprofessionnelle), mais aussi les motifs de déplacement et les modes de transport utilisés » (1) [7]. Cette précision a cependant un coût : les enquêtes sont renouvelées tous les dix ans. Ainsi, les informations relatives à l’agglomération de Bayonne datent de 2010, celles des alentours de Caen ont été collectées en 2011.

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