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Développement durable

L’hôpital s’organise pour moins jeter

Publié le 17/01/2019 • Par Olivier Descamps • dans : A la Une santé social, Dossier Santé Social

Convertis à la cause environnementale, la plupart des établissements hospitaliers tentent de modifier leurs politiques d’achat ou de gestion des déchets. Des solutions parfois simples mais qui demandent de modifier les pratiques. Les marges de progrès sont immenses et parfois rentables.

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«Nous n’avons pas à culpabiliser, mais il est évident que nous émettons beaucoup de carbone. Et pas seulement pour l’énergie ». Sur le salon Pollutec, c’est lucide que Didier Bourdon portait fin novembre un regard sur l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) dont il est le référent développement durable.

Comme l’entreprise lambda, l’établissement hospitalier combine des problématiques de bâtiments énergivores, de suremballage des produits qu’il consomme ou de gaspillage alimentaire… à la puissance dix.

Côté propreté par exemple, « nous testons le nettoyage à l’ozone pour limiter l’utilisation de détergeant, mais seulement quand c’est compatible avec les règles d’hygiène », témoigne Christine Campagnac, directrice des achats et du développement durable de l’hôpital parisien Necker. Dans un bureau oui. Dans un service médicalisé, c’est moins sûr.

Définir ses contraintes

L’un des grands enjeux est justement de définir correctement ses contraintes. Pour respecter à la lettre ses obligations sans que l’argument serve à ne rien faire… Alors que le traitement des déchets infectieux coûte généralement aussi cher que la gestion de déchets d’activité économique pourtant bien plus nombreux, l’une des options est de faire basculer certains gisements d’un côté à l’autre en définissant des protocoles précis, sans interprétation excessive de la loi.

Une infime trace de sang ne transforme pas automatiquement un résidu en déchet infectieux par exemple. Attention par ailleurs à diffuser les bonnes consignes de tri pour éviter que le personnel ne choisisse systématiquement la pratique la plus simple qui consiste à tout mélanger.

Mettre le nez dans ses poubelles

Chercher en permanence de meilleures pratiques n’est pas vain. « Nous avons beaucoup jeté de sondes électrophysiologiques contenant de l’or et du platine. Les désinfecter nous permet désormais de vendre ce qui coûtait très cher », illustre Didier Bourdon, reconnaissant que la vraie innovation serait le réemploi de ces sondes. Une pratique tolérée en Allemagne, mais pas de ce côté-ci du Rhin.

Le réseau C2DS, qui rassemble 500 établissements sanitaires et médico-sociaux, s’efforce de diffuser d’autres solutions qui ont fait leurs preuves : mettre le nez dans ses poubelles pour caractériser ses gisements de déchets, revenir sur la tendance du tout jetable pour les couverts comme pour la literie ou les blouses du personnel soignant, ajouter des clauses environnementales dans les marchés, envisager une seconde vie pour des équipements qui ne sont plus utilisés, limiter le gaspillage alimentaire en contractualisant avec une association pour développer le don ou en donnant à chaque besoin la quantité de nourriture réellement nécessaire.

Proposer des solutions de rupture

Pour trouver d’autres idées, « on peut s’appuyer sur des personnes très différentes. Les professionnels de santé ne vivent par exemple pas dans une bulle. Ils absorbent les problématiques et les idées du moment comme les démarches zéro déchet », insiste Wiebke ­Winkler, en charge de l’animation du C2DS.

Pour les convaincre de participer à la dynamique, l’AP-HP a de son côté lancé un appel à manifestation d’intérêt. Objectif : « expérimenter et déployer des projets innovants qui accéléreront le développement durable ». Sont invités à participer les agents des services, mais aussi d’autres établissements qui pourraient suggérer une action à dupliquer ou à adapter, et des jeunes pousses qui proposent des solutions de rupture, mais qui ont besoin de se frotter à la réalité de la vie hospitalière.

« Il faut qu’on soit au-delà de l’idée, mais le projet peut ensuite être coconstruit », insiste Didier Bourdon.

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