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HANDICAP MOTEUR

La vie affective et sexuelle des résidents handicapés

Publié le 11/02/2015 • Par Emilie Lay • dans : Dossier Santé Social

La prise en compte de la vie affective et sexuelle des résidents s’inscrit, à la fondation Mallet, dans un projet global d’établissement. Les couples sont accueillis, des groupes de parole sont constitués pour sortir des tabous…

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Dans les quatre structures de la fondation Mallet, à Richebourg (Yvelines), la vie affective et sexuelle des personnes handicapées moteur est un axe prioritaire, édicté par le projet d’établissement en cours de validation, et étudié par le comité d’éthique de la fondation.

La réflexion a émergé dès 2002, au foyer d’accueil médicalisé (FAM). « Nous observions des relations amoureuses, d’autres souhaitaient visionner des films érotiques… », se souvient Nathalie Le Padellec, directrice du pôle Qualité et communication de la fondation.

D’autre part, des professionnels étaient placés « devant le fait accompli – par des résidents surpris à se masturber par exemple –, et réagissaient en fonction de leur histoire, de leur culture », indique Marie-Catherine Pirès, directrice adjointe du FAM.

 

Possibilité d’accueillir des couples

L’année 2009 marque finalement « la sortie du tabou ». Les cadres de la structure portent le sujet devant le conseil d’administration de la fondation. En 2010, le projet d’établissement du FAM inscrit la possibilité d’accueillir des couples.

Dans la foulée, l’ensemble des cadres et du conseil d’administration, puis tous les professionnels de la fondation, bénéficient obligatoirement de la formation « Du cœur au corps », dispensée par la sexopédagogue suisse Catherine Agthe-Diserens : « Nous avons réfléchi à ce que [cette sexualité] nous renvoyait sur les plans personnel et éthique et à la manière de l’accompagner », précise Marie-Catherine Pirès. Désormais, cet aspect du travail est mentionné à chaque recrutement. La gestion de la sexualité s’est banalisée au quotidien. « Les professionnels en parlent sans crainte d’être jugés. Des résidents ont pu exprimer librement leur homosexualité », se réjouit Nathalie Le Padellec.

Malgré tout, quelques-uns n’osent toujours pas aborder ce sujet en réunion d’équipe. Alors, des groupes ressources composés de personnels volontaires, au FAM et au pôle de médecine physique et de réadaptation, relaient leur parole. De leur côté, les résidents ont réagi : « Vous parlez de notre sexualité, mais qu’en est-il pour nous ? » À chacune de ses venues, Catherine Agthe-Diserens est interpellée dans les couloirs.

Des « ateliers du cœur » ont été créés en 2012, avec les deux psychologues du FAM. Parmi les thèmes de discussion, une personne handicapée a-t-elle le droit de se marier ? Comment vivre des échanges corporels autrement que par un rapport sexuel ? Etc.

 

Recevoir des partenaires extérieurs

Enfin, malgré les chambres doubles et la ­possibilité de recevoir des partenaires extérieurs, l’institution ne ménage qu’une intimité partielle. La fondation Mallet projette donc de réaménager sa « maison des familles », afin que les résidents puissent y rencontrer leur conjoint ou un partenaire de passage, en toute confidentialité. Mais une aide sexuelle reste parfois nécessaire. Nathalie Le Padellec, qui milite en faveur de l’assistance sexuelle, le déplore : « Juridiquement, nous sommes bloqués. »

 

 

« Pourquoi la société n’a-t-elle pas pensé à créer des établissements dédiés aux couples ? »

Mon compagnon depuis 2002, Willy, souffre de la maladie des os de verre et réside dans une maison d’accueil médicalisée lyonnaise. Nous n’osons pas avoir de rapports sexuels avec pénétration à cause de sa maladie, qui le rend très fragile. Mais les caresses et les baisers sont aussi importants. Hélas, nous ne nous voyons qu’au cours de mes trente jours de vacances annuels. Par chance, mes parents sont encore vivants et très libres. Willy et moi pouvons partager une chambre chez eux. Mais je m’inquiète pour l’avenir : quand mes parents ne seront plus là, comment nous retrouverons-nous ? Willy a beaucoup d’amour, j’en ai assez d’être loin de lui. Je veux que nous vivions en permanence ensemble, dans le même établissement, voire en appartement thérapeutique, avec notre chambre, comme un couple normal. Or, il ne peut résider en foyer d’accueil médicalisé et nous ne trouvons pas de structure commune. Pourquoi la société n’a-t-elle pas pensé à créer des établissements dédiés aux couples ?

Christine Quénel, 51 ans, infirme moteur cérébrale, réside au foyer d’accueil médicalisé de la fondation Mallet, à Richebourg

 

 

Références

Contact : Nathalie Le Padellec, 01 34 85 36 61, lepadellecnathalie@fmn78.fr

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