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DOSSIER : Une bouffée d'oxygène pour l'hydrogène
Dossier publié à l'adresse https://www.lagazettedescommunes.com/724935/creteil-veut-convertir-ses-dechets-en-hydrogene/

ÉNERGIE
A Créteil un projet pour produire de l’hydrogène à partir des déchets
Thomas Blosseville | actus experts technique | Publié le 12/03/2021

Suez et le syndicat d’énergie Sipperec veulent associer à Créteil un incinérateur et un électrolyseur. L’objectif est de développer une offre locale de mobilité hydrogène.

L'unité de valorisation énergétique des déchets ménagers du Sipperec doit produire de l'hydrogène fin 2022.

L’unité de valorisation énergétique des déchets ménagers du Sipperec doit produire de l’hydrogène
fin 2022.

Convertir les déchets ménagers en hydrogène pour faire rouler des bus et des bennes à ordures, tel est le projet développé par Suez et le syndicat local d’énergie Sipperec à Créteil (Val-de-Marne). Les deux partenaires ont annoncé la création d’une société commune baptisée « H2 Créteil ». Leur but est d’adjoindre un électrolyseur à une unité de valorisation énergétique des déchets (UVE) pour démarrer la production d’hydrogène fin 2022.

L’UVE existe déjà. Elle fait l’objet de travaux de modernisation et d’un agrandissement. Une nouvelle ligne, censée incinérer 100 000 tonnes de déchets par an, va s’ajouter à deux lignes en service. L’idée est d’en profiter pour installer un électrolyseur qui utilisera la production d’électricité issue de la combustion des déchets pour fabriquer de l’hydrogène à partir d’eau. Suez et le Sipperec tablent ainsi sur une production initiale de 500 kg d’hydrogène par jour, avec la possibilité de passer à 1 tonne/j dans un deuxième temps. Ils visent un prix de l’hydrogène de 9 à 10 euros/kg à la pompe.

Stockage tampon

Un stockage tampon, équivalant à deux jours de production, est prévu. « Il permettra de faire fonctionner l’électrolyseur en continu, jour et nuit », explique Grégoire Fourcade, responsable groupement de commandes d’électricité et maîtrise de l’énergie au Sipperec. « Ce stockage nous permettra aussi, par exemple, de continuer à alimenter les véhicules lors des arrêts de l’installation pour maintenance. »

Avant de faire monter l’offre en puissance, il faut tout de même s’assurer de l’existence d’une demande. À ce jour, deux entités franciliennes ont pris des engagements. Le syndicat des transports d’Ile-de-France prévoit de convertir à l’hydrogène une ligne de bus, soit treize à dix-sept véhicules. Et l’établissement public territorial Paris-Est-Marne et Bois, d’acquérir deux bennes à ordures roulant à l’hydrogène. L’ensemble doit en principe sécuriser une demande équivalant à 75 % de l’offre initiale.

Production d’hydrogène

Cette production de 500 kg/j supposera un approvisionnement en électricité de 10 GWh sur l’année. À titre de comparaison, les deux lignes de l’UVE en fonctionnement, sans compter la troisième en construction, génèrent déjà largement plus : 110 GWh/an d’électricité et 180 GWh de chaleur. « Ce projet n’est donc pas d’une grande complexité technique », observe Fabrice Rossignol, directeur général délégué Recyclage & valorisation France de Suez.

D’autant que le projet se greffe sur celui autrement plus conséquent de modernisation de l’UVE. L’investissement pour la production-distribution d’hydrogène est évalué entre 7 et 8 millions d’euros, auxquels il faut ajouter 12 millions pour l’acquisition des véhicules. Soit un total de 20 millions d’euros, « alors qu’il faut compter 100 millions pour la création d’une nouvelle ligne de valorisation des déchets », compare Fabrice Rossignol. Et sans compter les aides attendues de la région Ile-de-France et de l’Ademe : 6,5 millions d’euros de subventions ont été demandés à la fois pour la production-distribution d’hydrogène et l’achat des véhicules.

Au final, la difficulté du projet tient surtout à la coordination des parties prenantes. Il faut en effet faire coïncider les calendriers entre, d’un côté, les travaux de construction et, de l’autre, les programmes d’investissement dans les véhicules.

« Pour Suez, ce projet est une première. Mais nous en avons plusieurs autres du même type à l’étude. Nous considérons qu’il y a mieux à faire avec notre trentaine d’incinérateurs que produire de la chaleur et de l’électricité », estime Fabrice Rossignol, qui évoque aussi chez Suez des projets de production d’hydrogène à partir de combustibles solides de récupération.

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