logo
DOSSIER : La restauration scolaire monte en gamme
Dossier publié à l'adresse https://www.lagazettedescommunes.com/723648/du-rififi-dans-les-cantines-scolaires/

Du rififi dans les cantines scolaires
Nathalie Perrier | A la une | France | Publié le 22/02/2021 | Mis à jour le 23/02/2021

La décision du maire écologiste de Lyon, Grégory Doucet, de servir un menu unique, sans viande, afin, dit-il, de respecter le protocole anti-Covid dans les cantines suscite l’ire du gouvernement. Au printemps dernier et jusqu’en août, son prédécesseur Gérard Collomb avait pris la même mesure sans être inquiété, argue l'élu.

assiette-vide - ecole-sainte-anne.br

Ce n’est plus un menu mais une passe d’armes. Depuis le 22 février, jour de rentrée scolaire, et jusqu’aux vacances de Pâques, les 29 000 enfants scolarisés dans les cantines scolaires lyonnaises se verront servir un menu unique sans viande. Objectif affiché : fluidifier le service en respectant le temps de pause et la distanciation de deux mètres entre les élèves imposée par l’Education nationale dans les cantines scolaire. Mais, patatras, alors qu’elle était passée sans encombre il y a un an sous Gérard Collomb, la mesure suscite cette fois un tir de barrage du côté du gouvernement.

Dès samedi 20 février, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a dénoncé [2] une « idéologie scandaleuse » : « En plus de l’insulte inacceptable aux agriculteurs et aux bouchers français, on voit bien que la politique moraliste et élitiste des Verts exclut les classes populaires. De nombreux enfants n’ont souvent que la cantine pour manger de la viande. »

« Un choix antisocial »

C’est « un choix antisocial et doctrinaire », fustige Olivier Dussopt, ministre délégué aux Comptes publics [5]. «Arrêtons de mettre de l’idéologie dans l’assiette de nos enfants !», tance, indigné, le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation [6] avant d’indiquer avoir saisi la préfecture du Rhône. Cette saisine du gouvernement se fonde sur un arrêté de 2011 fixant les règles nutritionnelles dans la restauration scolaire, selon lequel « au moins quatre repas », sur vingt consécutifs, doivent être servis « avec, en plat protidique, des viandes non hachées de bœuf, veau, agneau ou des abats de boucherie ».

Pas de quoi toutefois déstabiliser l’édile de la capitale des Gaules qui s’est fendu d’une réponse lapidaire sur Twitter [7] : «On ne vous (Gérald Darmanin, ndlr) a d’ailleurs pas entendu tenir ces propos à Gérard Collomb, membre de votre famille politique et qui avait pris exactement la même mesure lors de la première vague».

« Pas un menu végétarien »

« En mai, les conditions étaient inédites et exceptionnelles », réplique-t-on dans l’entourage de Julien Denormandie. Une réponse qui ne convainc pas la mairie lyonnaise. Sur Twitter, l’adjointe à l’éducation, Stéphanie Léger, rappelle que c’est [8] « dans le cadre de la gestion de la crise sanitaire » que cette mesure a été décidée : « ce menu unique, qui n’est pas un menu végétarien (œuf, poisson), est le seul menu permettant de n’exclure aucun enfant. Ce choix permet de garder un repas équilibré et un service de restauration scolaire accessible aux 29 000 enfants  quotidiens ».

Lundi, Eric Piolle, le maire également EELV de Grenoble, qui a lui aussi eu une passe d’armes avec Gérard Darmanin suite à la diffusion sur les réseaux sociaux d’images de dealers armés dans un quartier de sa ville, a tenu à apporter son soutien au maire de Lyon : « Au lieu de provoquer les élus locaux et creuser les fractures sur tous les sujets : l’université la cantine sans viande etc., le gouvernement devrait prendre de la hauteur et accompagner nos étudiants, soignants, le monde de la culture, ceux qui basculent dans la pauvreté », tweette-t-il [18].

« Malvenu de polémiquer »

Au-delà de la crise sanitaire, la polémique illustre les divergences politiques. Dimanche, le président du groupe LR au Sénat, Bruno Retailleau, n’a pas hésité à parler [19] de « tentation totalitaire d’un courant de pensée qui veut imposer ses options à tous par la contrainte » : « Utiliser l’alimentation des enfants pour satisfaire à leur idéologie en se cachant derrière un impératif sanitaire est dangereux et révélateur d’une tentation totalitaire d’un courant de pensée qui veut imposer ses options à tous par la contrainte ».

En première ligne depuis le début de la crise, beaucoup de maires voient toutefois cette polémique avec un œil sévère. « Depuis un an, les élus sont exemplaires et déploient des dispositifs innovants pour faire face à la crise sanitaire, commente ainsi Mathieu Hanotin, le maire (PS) de Saint-Denis. La mesure prise par le maire de Lyon est une mesure d’exception. Nous savons tous, élus, combien il est difficile de faire respecter les règles de distanciation à la cantine. Il me parait donc malvenu de polémiquer sur ce sujet ».

POUR ALLER PLUS LOIN