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[enquête] démocratie locale

Le tout numérique nuit-il à la démocratie participative ?

Publié le 01/02/2021 • Par Clément Le Foll • dans : Dossiers d'actualité, France

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Feodora / AdobeStock
La crise sanitaire a modifié profondément la façon dont les collectivités appréhendent la démocratie participative. La majorité des réunions entre citoyens et agents territoriaux ne se fait plus autour d’une table, mais par écrans interposés. Faut-il s'en réjouir ? La Gazette a mené l'enquête.

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L’employé municipal sillonne les rues sur son vélo Bleu Klein. A la force de ses jambes, il déplace le triporteur placé à l’avant, sur lequel est gravé un slogan : « Vos projets font Lille. » A chaque arrêt de la bicyclette, les citoyens affluent, les tracts sur le budget participatif changent de main. Une scène devenue commune à Lille (233 100 hab.). La seconde édition du budget participatif de la ville dirigée par Martine Aubry (PS) – qui s’est déroulée du 3 juin 2019 au 6 février 2020 – a multiplié ce type de rencontres pour promouvoir le dispositif. Les chiffres reflétaient une réussite : 1,5 million d’euros de budget, 21 projets retenus et 9 752 votants. Malheureusement, la troisième édition a été contrainte d’abandonner cette proximité citoyenne.

Adaptation express

Face à l’ampleur prise par l’épidémie de Covid-19 début mars, la ville a passé en urgence quatre instances de participation citoyenne au format numérique : conseils de quartier, conseil communal de la concertation, conseil municipal des enfants et conseil lillois de la jeunesse. Une mise en ligne indispensable pour la mairie, désireuse que ces conseils continuent à fonctionner. « Nous avons acheté des écrans, des micros et des caméras et avons dû former les équipes municipales et les conseillers de quartiers à ces outils », détaille Sébastien Duhem, maire adjoint (PS) chargé de la participation et de la ville collaborative à la mairie de Lille.

Les ateliers du conseil municipal des enfants ont, eux, été mis en stand-by. Difficile d’imaginer des écoliers de 8 à 11 ans se réunir en visioconférence. Cette adaptation express, beaucoup de communes l’ont vécue au début de la crise sanitaire. Afin de poursuivre leurs démarches participatives, les équipes municipales ont migré vers le numérique. Un changement salutaire pour la pérennité des dispositifs, mais amorcé par fatalité plus que par choix, et vecteur de contraintes tant techniques qu’humaines.

Directeur de mission chez Eclectic experience, entreprise qui accompagne les collectivités locales dans la mise en place de dispositifs délibératifs, David Prothais a épaulé plusieurs communes durant la crise sanitaire. Le principal bilan qu’il tire de cette période est la rapidité avec laquelle les outils de vidéoconférence ont essaimé dans les mairies. « Evidemment, il existe une forte hétérogénéité. Certaines collectivités émettent beaucoup de réserves, mais celles qui y ont mis de l’énergie ont des résultats satisfaisants, avec des dialogues de qualité dans des réunions de 150 à 200 personnes », constate-t-il.

A Grenoble (157 700 hab.), le budget participatif est habituellement rythmé par un forum des idées. Une journée festive au cours de laquelle les citoyens slaloment entre les stands pour découvrir ces initiatives locales et voter pour celles qui les ont marqués. Cette étape permet à la municipalité de présélectionner une trentaine de projets. Une cérémonie annuelle du budget participatif grenoblois avortée en 2020. Planifiée le 16 mai, elle s’est heurtée aux mesures de distanciation sociale imposées par le Covid-19.

Mais la municipalité a innové et proposé, du 27 mai au 5 juin, les « rendez-vous numériques » du budget participatif. En live sur YouTube, porteurs de projets, Grenoblois volontaires et techniciens de la ville y ont détaillé les idées citoyennes. Ces ateliers vidéos ont rassemblé jusqu’à 400 spectateurs et permis de faire une présélection des projets.

Paradoxes

Des réunions numériques agrémentées de soucis techniques, comme l’illustre Boris Kolytcheff, chargé de mission « démocratie locale » à la ville : « Certains ont eu du mal à se connecter, parfois l’image sautait, le son n’était pas forcément de qualité. » Fin octobre, le second confinement a cette fois arrêté le budget participatif dans son élan final : la semaine du vote dans les bureaux dédiés pour élire les lauréats. « On ne voulait pas tout passer en numérique, on a donc décidé d’aller dans les marchés de la ville, qui étaient ouverts, pour que les gens puissent voter », indique Boris Kolytcheff. Si les élus isérois n’ont pas privilégié la mise en ligne, c’est pour une raison principale : son côté excluant.

La démocratie locale en ligne cultive les paradoxes. Si elle ouvre les portes de la participation à des citoyens n’ayant pas le temps de s’impliquer dans des réunions souvent chronophages, elle exclut, de fait, un public n’ayant pas de connexion internet ou qui ignore le fonctionnement des plateformes. « Ouvrir un vote numérique nous permet de toucher un public jeune, très éloigné de la démocratie locale, mais peut entretenir une fracture numérique », considère Karine Engel, maire adjointe (LR), chargée de la citoyenneté à la ville d’Angers (153 000 hab.), dont tous les dispositifs de participation citoyenne sont désormais accessibles sur la plateforme « ecrivons.angers.fr ».

Conscientes de cette fracture numérique, certaines municipalités se sont adaptées. A Lille, par exemple, des bâches promouvant le budget participatif en ligne et encourageant à aller voter ont été déployées dans certains quartiers. « L’exclusion n’est pas insurmontable et a fait naître des solidarités : un habitant accueille le voisin qui n’a pas internet ou ne sait pas comment participer à une réunion », raconte David Prothais. Les outils en ligne ont également favorisé l’émergence des consultations sur le monde d’après, dont l’objectif est d’amener la population à penser la société post-pandémie.

La quantité au détriment de la qualité ?

A travers ces outils, les collectivités territoriales ouvrent le champ des possibles de la participation et augmentent le nombre de votes ou de contributions. Un gain quantitatif indissociable d’une perte qualitative dans les processus, selon Rémi Lefebvre, professeur de sciences politiques à l’université de Lille 2. « Si l’on prend l’exemple du budget participatif, sa philosophie est de proposer, d’améliorer, de délibérer et de voter des projets. Le numérique diminue cette coproduction entre citoyens au profit du vote pour le projet. Certes, les chiffres des votes augmentent, mais l’idée, derrière le budget participatif, est de coproduire de l’action publique », explique-t-il.

Une vision partagée par Clément Mabi, chercheur à l’université technologique de Compiègne : « Le rapport à la décision du numérique est quasi inexistant : généralement, on n’a pas d’informations sur la conception de la démarche ni sur son objectif final, mais les gens ont l’impression d’avoir participé. » Fortes de ces constats, certaines collectivités ont décidé de ne pas basculer leurs dispositifs de participation citoyenne vers le numérique. C’est le cas de la ville de Roanne (34 000 hab., Loire), où le budget participatif, doté de 300 000 euros, est actuellement en pause. « Notre population se compose de beaucoup de personnes âgées qui sont à la peine sur les outils numériques », note le maire (LR), Yves Nicolin, qui précise que les dépenses liées à la gestion de la crise sanitaire ont également influencé ce choix.

Rhétorique du lien social

Remise en cause par la fracture numérique et une baisse de la qualité des débats, la participation numérique offre cependant plusieurs atouts pour les collectivités locales. Au-delà de s’adresser aux parents pauvres de la démocratie locale – les jeunes -, l’accessibilité en ligne est « un enjeu de transparence et de confiance des citoyens », constate Karine Engel, au sein de la mairie d’Angers. Dans un contexte de défiance de la population envers les élus, le numérique entérine la présence indélébile d’une charte, des avancées et des modalités du projet.

Face à cette percée du numérique, la majorité des personnes que nous avons interrogées plaident pour que les ateliers et les discussions physiques prédominent. « Le cœur du discours participatif, c’est la rhétorique du lien social. L’objectif n’est pas seulement d’associer un citoyen à une décision, c’est également de créer du vivre-ensemble, de réunir les gens », rappelle Rémi Lefebvre. Dans cette perception de la démocratie participative construite autour de la citoyenneté et du lien social, le numérique apparaît comme un complément.

Une logique que partage Cyril Lage, cofondateur de Cap collectif, qui insiste néanmoins sur l’importance du numérique. « Nous ne pouvons pas aboutir à une participation de masse sans y avoir recours. Les collectivités territoriales qui se sont investies sont sorties de leur zone de confort et appréhendent désormais mieux la participation dans son ensemble », estime-t-il. Les deux parviendront-ils à fonctionner après la crise sanitaire ?

Cet article fait partie du Dossier

Comment les outils numériques renouvellent la démocratie locale

Sommaire du dossier

  1. Le tout numérique nuit-il à la démocratie participative ?
  2. Les civic tech, ces entreprises qui ne connaissent pas la crise
  3. « Le numérique est un parfait appui des ateliers physiques »
  4. Les civic techs au service d’une démocratie en danger
  5. « Les civic tech peuvent reconnecter citoyens et système politique » – Axelle Lemaire
  6. Commercialiser la citoyenneté n’est pas sans danger
  7. Les comités mêlant élus et habitants font souffler un vent de participation citoyenne
  8. Qui sont les marchands de démocratie ?
  9. « La démocratie participative répond aux règles du marché », Alice Mazeaud, politologue
  10. Civic tech : des prestataires aux business models à risque
  11. « Loin de se résigner, les citoyens aspirent à jouer un plus grand rôle dans la vie politique »
  12. Le numérique, un outil au service de la participation citoyenne
  13. Gouvernement ouvert : les collectivités territoriales en première ligne
  14. Démocratie participative : les outils numériques doivent encore convaincre
  15. Plus ludique, la concertation attire tous les publics
  16. Bilan positif pour la plateforme numérique de participation citoyenne à Mulhouse
  17. « Les outils numériques permettent de répondre aux enjeux de la démocratie locale » – Nathalie Appéré, maire de Rennes
  18. Renouveau de la démocratie : les idées de Renaissance Numérique pour les collectivités
  19. Les applis de remontée citoyenne révolutionneront-elles la démocratie ?
  20. « La démocratie ne peut se réduire aux élections » – Jo Spiegel
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