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Mobilité - Voirie

Pourquoi les deux-roues motorisés devraient payer leur stationnement

Publié le 04/01/2021 • Par Auteur associé • dans : Actu prévention sécurité, Actualité Club Techni.Cités, France

scoot
Nolwenn Jaumouillé, CC BY-NC-ND
Certaines collectivités s'interrogent sur l'opportunité de rendre payant le stationnement des motos, scooters et cyclomoteurs. Une mesure qui est légitime à plusieurs titres, mais n'est pas sans provoqué des tensions avec les usagers de ces deux roues motorisés. Explications des enjeux d'une telle mesure par l'économiste et urbaniste Frédéric Héran.

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Par Frédéric Héran, Université de Lille

Conformément aux promesses de campagne des municipales, la ville de Paris a l’intention de rendre payant le stationnement des motos, scooters et cyclomoteurs (les vélos à assistance électrique et les trottinettes électriques ne sont pas concernés).

L’objectif selon la maire Anne Hidalgo est de mettre fin à « cette exception qui consistait à ne pas faire payer aux motards leur stationnement », d’éviter que les deux roues stationnent « n’importe comment sur les trottoirs », et de réduire « le bruit et la pollution ».

Pour la FFMC (Fédération française des motards en colère) de Paris et Petite Couronne, cette mesure relève tout simplement du « racket », alors que – c’est son principal argument – « le 2RM est une des solutions à la fluidité du trafic de par son faible encombrement en circulation ». Pour y voir plus clair, prenons un peu de recul et rentrons dans quelques détails.

L’encadrement du stationnement des voitures

Les Parisiens les plus âgés s’en souviennent : dans les années 1950-1960, tous les espaces publics étaient envahis de voitures. Paris était devenue un gigantesque parking à ciel ouvert. Un phénomène désormais oublié grâce à la pose d’une armée de potelets qui protège le moindre espace public dans la capitale. Ces petits poteaux, assez disgracieux, sont gênants et même dangereux pour les personnes à mobilité réduite mais c’est un moindre mal, estime-t-on.

Que sont devenues toutes ces voitures ? Des centaines de parkings souterrains ont été construits et toutes les places de stationnement automobiles en surface sont devenues progressivement payantes (à un tarif d’ailleurs bien moindre qu’à Londres ou New York). Depuis les années 1990, la droite parisienne alors au pouvoir a entamé une politique de modération de la circulation automobile, poursuivie ensuite par la gauche, réduisant peu à peu de moitié le trafic, comme le révèlent les bilans annuels de déplacement à Paris. Les besoins de stationnement ont presque autant régressé et de nombreux parkings se trouvent désormais désertés.


Place Vendôme en 1965.
unjourdeplusaparis.com

Depuis quelque temps, les deux-roues motorisés ont à leur tour envahi les espaces publics, se jouant des potelets et profitant paradoxalement de l’abaissement des bordures au droit des passages piétons prévu pour faciliter les déplacements des personnes à mobilité réduite. Les espaces publics sont redevenus un vaste parking, mais cette fois pour les deux-roues.

L’espace public, un bien commun

Dans une logique purement fonctionnaliste, un trottoir ou une place ne sert qu’aux déplacements des piétons. Avec une conception aussi étroite, les deux-roues motorisés sont en droit de considérer qu’ils peuvent stationner partout, pourvu qu’un couloir de circulation suffisant soit laissé aux piétons.

En fait, un espace public a des usages bien plus larges : flâner, courir, admirer le paysage, discuter, se reposer, respirer, se prélasser à une terrasse, jardiner au pied des arbres ou même jouer pour les enfants. Tous ces usages très variés favorisent les rencontres et le respect des différences, c’est-à-dire l’urbanité et finalement la démocratie. Ne laisser aux piétons qu’un étroit couloir, c’est ne pas comprendre ce qui fait l’essence d’une ville et de la vie en société.


Motos stationnées anarchiquement sur un terre-plein à Paris.
Frédéric Héran
Moto stationnée sur un trottoir à Paris.
Frédéric Héran

Ajoutons enfin que les espaces publics ne sont pas gratuits pour la collectivité. C’est un patrimoine qu’il faut créer, aménager, éclairer, nettoyer, entretenir, embellir, surveiller et rénover. Certes, mais les impôts sont faits pour cela, alors pourquoi payer le stationnement ? Parce que ces espaces doivent servir à tout le monde et non pas seulement à quelques-uns. Si les usagers motorisés – automobilistes, motards ou scootéristes – veulent les utiliser à leur seul profit, il est normal qu’ils en dédommagent la collectivité, comme le font les commerçants ou les restaurateurs qui payent une redevance d’occupation du domaine public pour leurs étals ou leurs terrasses.

Dangers et nuisances des deux-roues

Outre la place qu’ils occupent, les deux-roues motorisés sont particulièrement bruyants, sans qu’aucun contrôle ou presque n’y mette bon ordre. Le fond sonore de Paris est dominé par leurs vrombissements. Pas une heure où l’on entende hurler le moteur d’un gros cube accélérant à plein régime. Des radars antibruit, en cours d’expérimentation, devraient bientôt le démontrer (comme vient de le faire Genève). Pourtant, un deux-roues peu puissant et bien réglé n’émet pas plus de bruit qu’une voiture et moins encore pour un deux-roues électrique.

Ces véhicules présentent également de nombreux risques, pour leurs utilisateurs comme pour les autres usagers de la rue. À Paris, chaque année, ils sont impliqués dans plus de la moitié des accidents (58 % en 2018 dernière année connue), alors qu’ils ne représentent qu’environ 15 % du trafic de surface, hors piétons. Leurs conducteurs ont ainsi 40 fois plus de risque d’être gravement accidentés qu’un automobiliste. Ce bilan dramatique est principalement dû à des vitesses pratiquées excessives et aux nombreuses infractions commises. Soulignons là encore que certains usagers sont tout à fait prudents.

Les 2RM sont également des véhicules qui génèrent beaucoup de pollution, surtout les plus puissants. Les mesures réalisées, en 2019, par l’International council on clean transportation (ICCT) à Paris sur les émissions à la sortie des pots d’échappement confirment que les motos et scooters émettent jusqu’à 6 fois plus d’oxydes d’azote et 11 fois plus d’oxydes de carbone que les voitures essence les plus récentes. De nombreux engins – heureusement pas tous – sont en effet modifiés et les contrôles restent très rares.

Au regard de ce bilan peu reluisant, il faut bien admettre qu’en ville dense, les deux-roues motorisés constitue plus un problème qu’une solution, au même titre que la voiture. Il convient toutefois de nuancer ce résultat selon le type de deux-roues. Les 125 cm3 récents, respectant les normes Euro 4 ou 5, posent moins de problèmes que les gros cubes surpuissants ou que les 50 cm3 bruyants et polluants.

Tout bien pesé, il apparaît légitime de tarifer le stationnement des deux-roues motorisés. D’abord pour les traiter à égalité avec les voitures, puis pour libérer les espaces publics qu’ils encombrent et enfin pour réduire leurs nuisances.

Le bilan très encourageant du stationnement payant

Plusieurs grandes villes dans le monde tarifent déjà le stationnement des 2RM : notamment Tokyo, Taipei, New York, San Francisco ou Londres dans le quartier de Westminster. En France, c’est aussi le cas de Vincennes et Charenton-le-Pont, depuis avril 2018. Paris peut donc profiter de l’expérience accumulée par ces pionniers.

Dans les deux villes limitrophes de Paris, le tarif a été fixé au tiers de celui d’une place pour voiture : un effort demandé qui demeure modéré. Et les objectifs ont été parfaitement atteints. Les piétons peuvent à nouveau déambuler librement sur les trottoirs et le nombre de deux-roues stationnés sur la voie publique a fondu. Plutôt que de stationner n’importe où, les usagers se souviennent soudain qu’ils disposent d’un garage à leur domicile, d’une place sur leur lieu de travail ou d’un parking souterrain à proximité – ou à défaut d’une place bien délimitée dans la rue. Les deux-roues ventouses, servant peu ou quasi abandonnés, ont également disparu.

Résultat, dans l’hypercentre de ces deux communes, le nombre de 2RM stationnés a fortement diminué (des comptages précis avant/après n’ont cependant pas été effectués). Nul doute qu’il en sera de même à Paris. Malgré les 50 000 places disponibles, il manque encore des places en surface, mais les deux-roues ventouses disparaîtront et il sera facile de créer de nouveaux emplacements dans les parkings souterrains sous-utilisés.

Bien qu’elle ne soit jamais populaire, une tarification modérée a l’avantage de rendre tout le monde plus raisonnable et d’éviter les excès.The Conversation

Frédéric Héran, Économiste et urbaniste, Université de Lille

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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Pourquoi les deux-roues motorisés devraient payer leur stationnement

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HERMES

05/01/2021 09h05

Qui ne connait pas le proverbe affirmant que si on veut tuer son chien, on va lui trouver toutes les maladies du monde?

Bien entendu je suis favorable à l’équité. Il est donc naturel que les conducteurs de tous les véhicules soient traités de la même manière. Mais de la à mettre en place le stationnement payant, il y a un pas que je ne ferai pas.
Puisque l’auteur de l’article évoque le passé, il doit aussi se rappeler que les frais de fonctionnement et d’investissement de l’espace public n’étaient pas il y a encore peu de temps supporté par ceux qui y garent leur véhicule.

D’autres collectivités conscientes de la nécessité de la gestion en flux et non pas en stock des véhicules en stationnement ont mis en place des mesures similaires… mais gracieuses. Ainsi dans certaines villes, le stationnement est gratuit en surface jusqu’à quatre heures consécutives. Oui, vous avez bien lu!

Soyez rassurés, ce n’est pas pour faire plaisir aux propriétaires de ces véhicules. En effet, il y a un aspect non pris en compte dans l’article, surtout vrai dans les villes moyennes: la population se rend plus facilement dans les supermarchés en périphérie que dans les magasins en centre-ville. La solution consiste alors a faciliter l’accès de ces derniers afin d’éviter la disparition de ce commerce.
Ce commerce présente un autre intérêt: ces villes moyennes voient leur population vieillir. Sans ce commerce de proximité, elles sont alors dans l’impossibilité de faire leurs achats.

Pour terminer il y a un point non exprimé mais dont il est intéressant de faire un rappel: la nécessaire frugalité des prélèvements faits par les villes! N’oublions pas que la France résiste pour ne pas descendre du podium où les prélèvements sont les plus importants au monde!!!
Pour autant, comme on peut le voir avec la pandémie covid 19, notre résilience n’est pas meilleure qu’ailleurs. On peut donc légitimement s’interroger sur l’usage des prélèvements en France mais aussi sur la nécessité de les baisser, encore une fois non pas pour faire plaisir aux uns ou aux autres mais pour rester compétitif au niveau mondial pour maintenir l’emploi sur notre territoire.

Je terminerai en rappelant l’adage « quand le sage montre la lune, l’idiot regarde le bout du doigt »!
Dit autrement, si la question est bien posée, la réponse qui est systématiquement la même (augmenter les prélèvements) n’est pas la bonne!

Fab44

05/01/2021 10h06

Merci pour cet article étayé et… courageux. Le partage raisonné de l’espace public est un « combat » permanent.

Pascal

06/01/2021 10h20

Il y a un gros point non abordé : le temps que passe un 2 RM dans le trafic et en transit. Certes, un 2RM pollue plus qu’une voiture, mais il ne reste pas des heures dans les embouteillages… et puisque, semble t il, les places de parking sont libres, pourquoi ne pas en faire des « places 2 roues »? Et les arguments de l’accidentalité et du bruit, c’est de l’enfumage… Comme partout, il y a des abrutis… Comme partout, certains font n’importe quoi… Mais est ce qu’il faut tuer tout le monde?
Le 2RM est une solution importante à la mobilité urbaine quoi qu’en disent les élus de Paris ou d’autres villes « bien pensantes ». Peut être faut il y réfléchir pour l’optimiser, pas pour l’éradiquer…

tonpère

16/01/2021 04h49

Merci pour ce magnifique torchon qui nous rappel à quel point la France est liberticide sur n’importe quel point. Forçons les gens à ne pas prendre la moto, ni la voiture, ni rien finalement et à ne pas se déplacer. Promouvons les vélos qui se font voler en 30min et les transports en commun interminables. J’imagine qu’il faut bien rembourser la dette parisienne alors que la ville empire chaque seconde.
En France on n’a pas beaucoup d’idées, mais on a des taxes, c’est déjà ça.
en dépit de ent’s

Resistant

06/05/2021 11h51

La moto était le dernier espace de liberté après une politique anti-voiture relevant beaucoup plus de l idéologie que de l’écologie (batteries lithium vs essence).
Les idéologues qui gouvernent avec le concours des médias partisans veulent un peuple docile qui paie ses impots et se tait. Tous en trottinette, tous masqués, cultivons l’uniformité, refusons les différences et célébrons la médiocrité et le nivellement par le bas. Français, reveillez-vous. 2022.

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