logo
DOSSIER : La géothermie, terre promise des énergies renouvelables
Dossier publié à l'adresse https://www.lagazettedescommunes.com/713962/la-geothermie-profonde-est-elle-sure/

ENERGIE
La géothermie profonde est-elle sure ?
Isabelle Verbaere | A la une | actus experts technique | France | Publié le 17/12/2020 | Mis à jour le 22/02/2021

Pourquoi la centrale de géothermie profonde de l’entreprise Fonroche à Vendenheim (Alsace) a-t-elle provoqué un séisme de 3,59 sur l’échelle de Richter ? Le ministère de la Transition écologique et solidaire met en place un comité d’experts nationaux et internationaux pour tenter de comprendre ce qui s’est passé. Plus d’une dizaine de projets similaires sont concernés.

Forage géothermie3,59 sur l’échelle de Richter : c’est la magnitude du séisme ressenti sur le territoire de la l’Eurométropole de Strasbourg le 4 décembre 2020. « Des tremblements de terre d’une magnitude comprise entre 3 et 4 sont assez courants en métropole, on en compte plusieurs par an », précise Jérôme Vergne, sismologue à l’Ecole et observatoire des sciences de la terre à Strasbourg. Sauf que celui-ci s’est produit dans le périmètre de la centrale de géothermie [1] profonde de l’entreprise Fonroche à Vendenheim, qui devait ouvrir l’an prochain. Et ce n’est pas le premier qui est induit par cette installation : une série de cinq secousses supérieures à 2 avaient déjà été enregistrée, de fin octobre à mi-novembre 2020, à l’occasion d’une campagne de tests.

Depuis le 7 décembre, l’activité est définitivement arrêtée à la demande de la préfète du Bas-Rhin, Josette Chevalier au motif que le projet «n’offre plus les garanties de sécurité indispensables ». Deux jours plus tard, elle annonçait la suspension, jusqu’à nouvel ordre, des trois autres projets de géothermie profonde en cours sur le territoire de l’Eurométropole. Une mauvaise nouvelle pour la collectivité qui s’est fixé comme objectifs d’atteindre les 100 % d’énergies renouvelables. « Cet événement bouscule nos perspectives de mix énergétique, reconnaît Marc Hoffsess, conseiller eurométropolitain en charge de la transition énergétique. On misait fortement sur la géothermie profonde. Elle devait notamment couvrir 40 % des consommations en chauffage de l’Eurométropole ».

Une dizaine de permis d’exploration accordés

Le ministère de la Transition écologique est en train de mettre en place un comité d’experts nationaux et internationaux pour tenter de comprendre ce qui s’est passé. « Il s’agit d’une technologie émergente, nous devons consolider notre expertise industrielle, analyse Jean-Jacques Graff, président de l’Association française des professionnels de la géothermie (AFPG). Mais ces épisodes sismiques ne remettent pas en cause sa pertinence. Des sites en exploitation dans le bassin rhénan existent déjà depuis plusieurs années en France (Rittershoffen, Soultz-Sous-Forêts) et en Allemagne (Landau, Insheim) et ne posent pas de problème ». Par ailleurs, une dizaine de permis d’exploration ont été accordés dont huit à Fonroche qui prévoit d’investir 400 millions d’euros dans la géothermie d’ici 2025. L’entreprise a déjà obtenu une autorisation de forage pour son projet Geoval à Valence dans la Drôme.

Plus d’un million de Français sont d’ores et déjà chauffés par des centrales de géothermie. Et plusieurs projets de ce type, portés par des collectivités, sont en cours de développement comme à Pau ou près de Bordeaux. « Le séisme induit à Vendenheim ne les remet pas en cause car il ne s’agit pas de la même technologie, martèle Nicolas Garnier, délégué général d’Amorce. On va chercher l’eau à 70-80°C, entre 1,5 et 2 kilomètres dans des nappes horizontales. La technologie mise en œuvre est proche de celle des forages pétroliers, le risque de séisme est nul ».

Quel avenir pour la géothermie profonde ?

Mais avec la géothermie profonde et à haute température, on va chercher l’eau plus profond, à  environ 5 kilomètres par exemple pour la centrale de Vendenheim pour remonter de l’eau plus chaude, au-delà de 160 °C. Pour que l’eau puisse être pompée facilement, le milieu doit être poreux, parcouru de failles. Or s’il y a des failles cela signifie qu’il y a eu des séismes. Ce qui fut le cas dans la zone géologique du fossé Rhénan, mise en place il y a plusieurs millions d’années, qui conserve encore aujourd’hui, une activité sismique naturelle.

La vallée du Rhône et le massif central, où plusieurs permis d’exploration ont été accordés, présentent les mêmes caractéristiques géologiques. « Quand on pompe ou quand on injecte de l’eau dans le sous-sol, on modifie les contraintes dans la roche et cela produit des séismes qui sont le plus souvent d’une magnitude très faible et ne sont pas perçus par la population, observe Jérôme Vergne. Avant le site de Vendenheim, on n’avait jamais connu un séisme de magnitude supérieur à 3 induit par la géothermie en France». Les injections, à haute pression, dans l’un des deux forages de la centrale de géothermie de Pohang en Corée du Sud, ont provoqué un tremblement de terre de magnitude 5,4 le 15 novembre 2017 !

« Cet événement a démontré que des perturbations d’origine humaine, des contraintes dans le sous-sol, peuvent avancer la date d’un séisme qui se serait produit naturellement, on parle alors de séisme déclenché », ajoute Jérôme Vergne. Or ces séismes déclenchés sont susceptibles de libérer une magnitude bien supérieure à celle des séismes induits…

« Le retour d’expérience est essentiel pour mieux comprendre les processus en jeu dans le sous-sol lors de ces opérations de géothermie profonde, » conclut le sismologue. Afin de pouvoir mettre en œuvre des solutions qui permettent de réduire le risque de séisme induit ou déclenché et développer d’autres projets. »

POUR ALLER PLUS LOIN