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DOSSIER : L'innovation en pratique
Dossier publié à l'adresse https://www.lagazettedescommunes.com/711317/ces-collectivites-qui-apprennent-de-leurs-erreurs/

POLITIQUES PUBLIQUES
Ces collectivités qui apprennent de leurs erreurs
Gaëlle Ginibrière | France | Publié le 07/12/2020 | Mis à jour le 15/12/2020

Apprendre de ses échecs ne fait pas partie ni de la culture de la société française, ni des réflexes des collectivités territoriales. Pour capitaliser sur ses erreurs, il est cependant indispensable d'évaluer les ratés pour envisager de nouvelles solutions. L'acceptation de l'échec fait d'ailleurs partie intégrante de la démarche d'innovation publique.

Correct_incorrect_Erreur [1]Dépréciée dans la culture française, l’idée d’échec figure d’autant moins dans l’ADN des collectivités. Cofondateur de l’agence de design d’intérêt général Vraiment Vraiment, Yoan Ollivier ne s’en étonne pas : « La notion d’échec renvoie à une responsabilité individuelle. Toute démarche pour le reconnaître est donc vécue comme visant à identifier la personne responsable, alors qu’il s’agit plutôt de retracer les facteurs collectifs. Cette crainte est plus vive encore lorsque les politiques sont très segmentées : les agents craignent que soient pointées les fautes individuelles.»

Contrairement à certaines industries, où apprendre de ses erreurs fait partie d’un processus d’amélioration continue, les administrations publiques persistent, pour un grand nombre, à dénier l’échec. Souvent par peur du risque juridique ou, pour les élus, du risque électoral.

« Le coût de reconnaissance de l’échec est élevé, car les élus n’ont pas le temps, en un mandat, d’éduquer la population à accepter que des projets puissent échouer », convient Mathias Béjean, responsable de programmes à la chaire « innovation publique » ENA-Ensci(1) [2]. Assumer les loupés serait donc perçu comme un bâton tendu à l’opposition pour se faire battre, dans tous les sens du terme.

Prise de distance

A l’heure où le mot résilience est sur toutes les lèvres, apprendre des échecs d’une politique ou d’un dispositif public revêt cependant tout son sens. « L’erreur se corrige, elle implique un processus itératif. L’échec est plus massif, il appelle le rebond ou l’acceptation pour reconstruire autre chose », nuance Mathias Béjean.

Responsable de la mission « stratégie et innovation publique » de Grenoble Alpes métropole (49 communes, 443 100 hab.), Hélène Clot abonde en ce sens : « Les collectivités n’ont souvent pas le temps de s’arrêter sur leurs échecs. Ils sont subis comme des couperets à la suite desquels on passe à autre chose. Pourtant, évaluer un échec apporte une prise de distance – le dispositif correspond-il aux objectifs ? Le public touché est-il celui qui était prévu ? Comment perçoit-il la politique ? – La démarche permet d’échanger avec des experts, de chercher les bonnes pratiques… »

Déjà, une poignée de collectivités s’est approprié cette logique, qui suppose de dépasser une pensée dichotomique (tout est soit une pleine réussite, soit un fiasco), pour s’adapter en continu.

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