Prix

Trophées : l’ingénierie territoriale n’est pas confinée

Par • Club : Club Techni.Cités
Sources : Technicités 

Malgré une année électorale compliquée, de nombreuses collectivités ont candidaté aux Trophées de l’ingénierie territoriale. Neuf lauréats ont été primés, mais privés d’une remise officielle sur le Salon des maires et des collectivités locales.

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Neuf Trophées de l’ingénierie territoriale (1) ont été sélectionnés par le jury réuni en visioconférence début novembre. Ce prix, organisé par Techni.Cités et La Gazette des communes avec les soutiens de l’AITF, de l’ATTF, du Cerema, de la FNCCR et de l’OPQU, récompense les projets innovants dans les territoires en fonction de plusieurs critères : l’innovation, l’amélioration du service public, la diversité des partenaires, la mise en place d’indicateurs d’évaluation du projet et son caractère reproductible.

Catégorie Eau, assainissement et eaux pluviales

Catégorie Eau, assainissement et eaux pluviales - Crédit Régie des Eaux des Coëvrons.

La régie des eaux des Coëvrons est récompensée pour sa démarche de protection de huit captages prioritaires dans l’est du département de la Mayenne. Ces captages alimentent 50 000 personnes.

Dans ce territoire rural, plusieurs captages ont été classés du fait de leur caractère stratégique et de leur teneur en nitrates. Malgré deux programmes d’action (2010-2016 puis 2017-2021), les résultats sont modestes. La régie des Coëvrons estime que la protection de la ressource est plus efficace par l’innovation que par la contrainte.

La régie a donc décidé d’intégrer des agriculteurs dans le dispositif de gouvernance, de mettre en place des actions en direction de la qualité de l’eau avec des agriculteurs volontaires et d’adopter une communication optimiste et bienveillante. Parmi les actions : 12 exploitations (soit 706 hectares) ont adopté les mesures agro-environnementales (Maec), la constitution d’un réseau de 55 agriculteurs de référence représentant 70 % du territoire pour mieux comprendre les liens entre les pratiques agricoles et les flux d’azote, des essais collectifs de couverts végétaux (sur 250 hectares et 15 agriculteurs), la plantation de haies, la gestion du foncier (installation d’un agriculteur bio).

Plus largement, la régie estime que la protection de la ressource devrait faire partie des compétences des collectivités au même titre que la production et la distribution de l’eau potable. Dans la préparation de son 3e contrat, pour 2022, la régie ambitionne de doubler le territoire de protection (qui passerait à plus de 10 000 hectares et représente un tiers de ses capacités de production). Sur cette zone, l’ouverture du bocage, la diminution de l’élevage au profit des cultures pourraient se traduire par une plus grande utilisation de pesticides.

Catégorie Énergie et efficacité énergétique

Arbre à vent

Avec son projet Ilot@age, la commune de Châteauneuf, dans la Loire, a séduit le jury. Lancé en 2016, avec le concours du syndicat d’énergie SIEL-TE, Ilot@ge est une plateforme pilote de production d’électricité produite par des énergies renouvelables en milieu rural, d’autoconsommation et de stockage. Tous les équipements de production et de transformation d’énergie sont installés dans le parc de la ville, où sont également situés les bâtiments et l’éclairage public qui vont la consommer. Cette boucle locale d’énergie est complète. L’électricité est produite par micro-éolien et photovoltaïque. Le stockage fait appel à des batteries et à l’hydrogène vert. Une pile à combustible le transforme en électricité (autoconsommation, recharge de véhicules électriques). Une part de l’hydrogène est envoyée dans une turbine pour la production de chaleur – celle produite par la pile à combustible est également valorisée dans le réseau de chaleur local. Tous les éléments de la chaîne sont instrumentés.

Si les lots de génération d’équipements photovoltaïques et éoliens ont fait l’objet d’appels d’offres classiques, celui portant sur l’unité d’hydrogène a fait l’objet d’un dialogue compétitif de type conception et réalisation.

La plateforme est opérationnelle depuis février 2020. L’instrumentation devrait permettre d’améliorer les connaissances des performances individuelles et globales des équipements, et d’observer les interactions induites. De plus, des comparaisons économiques seront menées entre alimentation par autoconsommation ou via le réseau.

Catégorie Urbanisme et bâtiment

Identification des aléas avec les élus

Dans le Bas-Rhin, 60 % des communes sont concernées par le risque de coulées d’eaux boueuses. Deux EPCI, accompagnés par l’Agence territoriale d’ingénierie publique (Atip) et le syndicat des eaux et d’assainissement (SDEA), ont développé une gouvernance et une méthode innovantes pour intégrer ce risque dans leur PLUi – le territoire n’étant pas couvert par un plan de prévention du risque inondation (PPRi). L’association de l’Atip et du SDEA a permis de réunir l’expertise hydraulique et l’ingénierie de l’aménagement, de l’urbanisme et du droit des sols des deux acteurs. Ils ont réalisé une cartographie des flux, identifié les enjeux et les aléas en concertation avec les élus des communautés de communes du Pays de la Zorn (20 communes) et du Kochersberg (23 communes). Les connaissances ont été partagées avec les citoyens à travers des réunions publiques et l’enquête publique. Des diagnostics de vulnérabilité leur ont été proposés ainsi que des moyens de protection individuels (batardeaux…). Les agriculteurs ont été sensibilisés à des pratiques culturales de préservation des sols.

Au final, les deux PLUi intègrent le risque de coulées boueuses dans leur règlement. Des guides d’application ont été réalisés pour faciliter l’instruction des dossiers. La connaissance du risque est plus facilement accessible au public et la méthodologie élaborée peut être déclinée sur d’autres territoires.

Catégorie Aménagement et espaces verts

plantation de haies

Réunir les enjeux de la trame verte et bleue dans le territoire via une trame turquoise et engager la restauration de ces corridors étaient le projet du Marathon de la biodiversité porté par la communauté de communes Saône-Beaujolais (CCSB), dans le Rhône. L’opération a permis de recenser les haies et les mares existantes sur les 35 communes et d’en dresser un bilan écologique.

Sur ce territoire, la qualité des rivières est variable, et fortement contaminée par les pesticides et herbicides dans les zones viticoles. Le schéma régional de cohérence écologique (SRCE) identifie de son côté 4 corridors écologiques à restaurer pour assurer un lien entre les monts du Beaujolais et le plateau dombiste via le Val de Saône. Répondre à cet enjeu nécessite de restaurer le réseau bocager avec son interconnexion de haies et de mares. Pour cela, les acteurs de la biodiversité et de l’eau se sont réunis pour définir le protocole d’intervention, la méthodologie, établir la cartographie et les zones prioritaires d’intervention ainsi que les modalités d’accompagnement des porteurs de projets et enfin lancer les actions pilotes. Le projet a associé les communes de la CCSB et les services de la collectivité (syndicats d’eau, services SNS/Natura 2000, etc.) et accompagné des agriculteurs pour modifier les pratiques culturales à proximité des champs captants.

Entre 2018 et 2020, près de 2 3 km de haies ont été plantées chez 47 porteurs de projets – agriculteurs et viticulteurs se sont fortement emparés du dispositif. Un suivi qualitatif est prévu pendant trois ans puis un contrôle à cinq ans. Pour les mares, un suivi tous les dix ans pourrait être mis en place. À terme, l’objectif est de créer et/ou restaurer 42 mares et 42  km de haies. Ce projet est désormais soutenu par l’agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse.

Catégorie Gestion des risques et Gemapi

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Avec le changement climatique en cours, la communauté d’agglomération de Bastia est notamment concernée par la montée des eaux et l’augmentation des phénomènes extrêmes de ruissellement. La CA de Bastia a déjà été victime d’événements climatiques hors normes dont des inondations en 2016 et une trombe marine en 2019.

Pour cela, la CA a représenté la montée des eaux en 2100, en modélisant à l’échelle locale les données du Giec, afin de sensibiliser les élus et les citoyens dans une vidéo qui montre les zones qui seront inondées durablement. Cette vidéo est le résultat du projet Adapt mené dans le cadre d’un appel à projets européen. L’objectif est au final de fédérer autour d’un projet de résilience. Celui-ci porte sur la réduction de l’artificialisation des sols et l’aménagement du territoire.

Cette vidéo a mobilisé les services techniques et a nécessité de coupler plusieurs politiques sectorielles (prévention des inondations, plan climat air énergie territorial, Gemapi, etc.). Elle a mobilisé également plusieurs acteurs du territoire (communes membres et limitrophes de l’EPCI, région, CCI, etc.). Désormais, la collectivité souhaite se doter d’outils de réflexion pour d’autres risques : feux de forêts, espèces invasives, qualité de l’air, etc.

Catégorie Mobilité, voirie, route

visuels pour trophées de l'ingéniérie territoriale-WEB_Plan de travail 1

Beaucoup de projets et peu de réalisations en matière de mobilité hydrogène. Or le syndicat mixte des transports Artois-Gohelle (SMT AG, Pas-de-Calais) exploite depuis plusieurs mois une ligne de bus exclusivement alimentée par de l’hydrogène vert – une première. Pour cela, le SMT AG s’est doté d’une station de production et d’avitaillement capable de recharger six bus roulant sur une ligne de 13 km. Cette ligne est empruntée par 2 000 usagers, reliant des villes moyennes.

Le projet a été lancé en 2015 avec l’objectif de sortir du gazole. Or sur ce tronçon, l’autonomie des bus électriques ou roulant au gaz n’était pas suffisante. Dans un premier temps, la technologie hybride a été envisagée, avant de miser sur l’innovation avec l’hydrogène. Tous les partenaires du projet sont français.

Désormais, une extension de la ligne à 18 km est envisagée. Le syndicat étudie également une station multi-usager et multi-carburant pour rendre l’hydrogène vert accessible à d’autres acteurs.

Catégorie Réseaux, SIG

Le département des Pyrénées-Orientales a conçu un outil mutualisé pour gérer et valoriser les sentiers du département, Rando66. Les sentiers relèvent en effet des intercommunalités et des départements. En l’absence de SIG, cet outil répond aux besoins de coordination (tracé, foncier, signalétique, etc.) entre les gestionnaires intercommunaux et départementaux. Le projet a démarré en 2018, avec un bilan des besoins et une première ébauche du projet permettant de mieux coordonner les intervenants, de développer le numérique, et de travailler en réseau à l’échelle départementale. Ceci a abouti en novembre 2018 au réseau Rando66, formalisé par des conventions d’engagement bipartites entre le département et les intercos. Un groupe chargé du suivi de l’initiative a été constitué. Une base de données départementale partagée comprenant les données de gestion et de valorisation des sentiers a été mise en place, ainsi que des formations pour aider les intercos à se saisir de l’outil. Ensuite, le portail rando66.fr a été mis en ligne pour présenter toute l’offre touristique du département. Il rassemble 60 itinéraires inscrits dans le plan départemental des itinéraires de promenades et randonnées. Une appli mobile devrait suivre, et de nouveaux itinéraires ajoutés avec l’arrivée de nouvelles intercos dans le projet.

Catégorie Ville intelligente

Les villes sont déjà bardées de capteurs connectés. Pour gérer les données ainsi générées, Toulouse Métropole a conçu le projet Iadata : une plateforme qui rassemble les données issues des applications métiers de la collectivité, des objets connectés de la métropole ou de ses partenaires. Le but était de valoriser les données de la collectivité en lien avec les acteurs du territoire afin de développer l’innovation numérique.

Le projet a été lancé en 2017, et les contours de la plateforme définis en mai  2018. Les équipes ont alors été constituées (recrutement) et une version alpha élaborée en juillet  2019. La plateforme définitive a été installée sur les serveurs de la métropole en septembre 2020. À noter : les équipes ont utilisé des logiciels libres.

Dans un premier temps, deux cas d’usage sont intégrés : le stationnement dans la ville de Toulouse, afin de lutter contre la congestion de la ville, et la surveillance des îlots de chaleur urbains au niveau de la métropole. Les données générées par les capteurs météo vont être utilisées pour éclairer la politique d’urbanisation de la collectivité et accompagner le plan 100 000 arbres. Prochainement, les données concernant la lutte contre le gaspillage alimentaire (quelques écoles pilotes) pourraient être intégrées à la plateforme.

Coup de cœur du jury

Photo ZOE 2

La Fédération départementale d’énergie du Pas-de-Calais (FDE 62) a réuni plusieurs partenaires pour expérimenter la recharge de véhicules électriques à partir des luminaires du réseau d’éclairage public afin de réduire les travaux de génie civil. Dans le projet Remora, plusieurs solutions ont été testées pour fournir de l’électricité à toute heure sur un réseau habituellement utilisé la nuit : la séparation des conducteurs d’un réseau triphasé, un câble d’alimentation spécifique pour la borne de recharge, et la transformation d’un réseau commuté en réseau permanent. Les essais ont duré un an et ont mobilisé plusieurs ingénieurs et techniciens au sein de la ville de Calais (territoire de l’expérimentation), EDF (expertise technique, économique) et sa filiale Citelum (expertise sur l’éclairage et fournisseur des bornes de recharge). La Commission de régulation de l’énergie (CRE) a également été associée notamment pour envisager les enjeux juridiques sur le tarif d’acheminement (Turpe). Il s’avère que la recharge de véhicules électriques n’est pas une prestation de fourniture d’électricité mais une prestation de service et que le tarif « éclairage public » est compatible avec les bornes Remora. Depuis, plus de vingt collectivités du Pas-de-Calais étudient la mise en place des bornes Remora.

Le jury c’est qui ?

Cette année, le jury était composé de dix membres :

  • Marina Alletti, chef de projet open data du département du Loiret, lauréat 2019 ;
  • Albane Canto, rédactrice en chef de Techni.Cités ;
  • Jean-Pierre Cuisson, DGAST du Grand Belfort ;
  • Joël Graindorge, DGST en retraite d’une communauté de communes ;
  • Lionel Guy, chef de service ENR MDE de la FNCCR ;
  • Isabelle Liegeon, déléguée générale de l’OPQU ;
  • Cyrille Pac, journaliste, Techni.Cités ;
  • Vincent Pasutto, directeur des bâtiments-études-CTI de la communauté d’agglomération Paris-Vallée de la Marne et représentant de l’AITF ;
  • Estelle Walter, présidente de l’ATTF.
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