Aménagement

Le front friches ouvert

| Mis à jour le 27/10/2020
Par • Club : Club Techni.Cités
Sources : Technicités 

Reconvertir un ancien site industriel en un lieu à vocation environnementale est un enjeu majeur complexe à mettre en oeuvre.

Guillaume Lemoine EPF N-PdC

Le plan de relance comporte un fonds friches de 300 millions d’euros. Un outil pour équilibrer des opérations de requalification déficitaires, surtout à cause des coûts de dépollution. Un levier pour les villes moyennes.

Ma Gazette

Sélectionnez vos thèmes et créez votre newsletter personnalisée

cet article fait partie du dossier

Requalification des friches urbaines : enjeu majeur pour les collectivités

« Il y a à Monceaux-les-Mines [Saône-et-Loire] une friche d’un hectare en plein cœur de ville mais les coûts de dépollution des sols bloquent tout projet de requalification », raconte Rollon Mouchel-Blaisot, direction du programme Action cœur de ville. En effet, dépolluer les sols peut se traduire par une hausse du prix du foncier de 25 %. Un budget d’autant plus difficile à assumer pour une ville moyenne où le marché est détendu, et même parfois rédhibitoire. « Des projets sont bloqués à cause de cela », explique le chef d’orchestre d’Action cœur de ville.

La friche en novembre 2007

La friche en novembre 2007

Financer les projets de requalification

La mise en place du fonds friches, doté de 300 millions d’euros, dans le plan de relance annoncé par le Gouvernement début septembre, « devrait permettre de couvrir le coût de la dépollution et ainsi débloquer des projets. Il ne s’agit pas de financer l’ensemble des projets de requalification », assure Rollon Mouchel-Blaisot. Raison pour laquelle le montant de l’enveloppe lui semble adapté : « La somme est suffisamment significative pour amorcer la pompe. » Le Gouvernement espère pouvoir financer ainsi 230 sites répartis sur 9 000 hectares dans l’Hexagone. En France, chaque année, ce sont 20 000 hectares qui sont artificialisés.

Ce fonds s’articule avec d’autres dispositifs qui dessinent les contours d’une politique globale autour des friches et du foncier avec en ligne de mire trois objectifs : l’objectif zéro artificialisation nette fixé par la loi Biodiversité de juillet 2018, la densification du tissu urbain et la revitalisation des centres-villes. À l’échelle locale, le recyclage du foncier dessine une stratégie territoriale qui se marie aux enjeux de revitalisation des centres-villes, en particulier dans les villes moyennes. « Si on veut installer des habitants et des commerces en ville, il faut lutter contre l’anarchie commerciale en périphérie. Il faut être plus compétitif que la construction de zones pavillonnaires périphériques », résume le directeur d’Action cœur de ville. Il faut travailler l’imaginaire et réduire les écarts, souligne Boris Ravignon, maire de Charleville-Mézières et président de la communauté d’agglomération Ardenne Métropole : « Le désir d’être propriétaire c’est une maison avec un terrain en zone pavillonnaire, donc de l’artificialisation. L’enjeu est de rendre les centres-villes désirables et de combler l’écart de coût entre la construction d’un logement neuf et celui d’une rénovation sur de l’ancien ».

Réaliser un inventaire des friches

Pour concevoir une stratégie à l’échelle du Scot, afin d’obtenir une cohérence territoriale, il est nécessaire de savoir où l’on met les pieds. En l’occurrence de réaliser son inventaire des friches. L’outil Cartofriches du Cerema aide à sa réalisation ; celui de l’Ademe, Bénéfriches, permet de mesurer les bénéfices socio-économiques et environnementaux de tel ou tel projet de requalification et de les comparer. Par ailleurs, le Laboratoire d’initiatives foncières et territoriales, le Lifti, propose des référentiels pour faciliter le recensement des données relatives aux friches françaises. Et tout cela s’articule avec le groupe de travail sur la réhabilitation des friches créé par la secrétaire d’État, Emmanuelle Wargon, en juin dernier.

La fabrique de la friche

Historiquement, les friches apparaissent avec la désindustrialisation et les fermetures d’usines. Désormais, elles sont aussi commerciales, militaires, administratives ou encore routières. « Par exemple, un palais des congrès n’est plus aux normes acoustiques, alors on en construit un autre, avec un plus grand parking », illustrait Arnaud Leroy, P-DG de l’Ademe lors de journées techniques sur la réhabilitation des friches organisées mi-septembre. Engagé dans une telle démarche, Boris Ravignon raconte : « Depuis un an, dans le Grand Est, on s’inscrit dans l’objectif du zéro artificialisation nette. Le travail est lancé dans un premier temps à l’échelle du Scot, ensuite il descendra à l’échelle du PLU ».

L’inventaire est une première étape mais ensuite vient la stratégie territoriale : que faire de ces friches ? Des logements, des commerces, des sites naturels ? « Comment transformer des sites bétonnés en sites naturels ? Il y a là un vrai sujet et un manque de réponses », soulève l’élu. Construire la ville sur la ville exige une ingénierie complexe et sollicite des budgets qui peuvent s’avérer mal maîtrisés du fait du coût de la dépollution. Pour celui qui a été à la tête de l’établissement public foncier du Nord-Pas-de-Calais durant vingt ans, il faut « des retours d’expérience sur les opérations de recyclage pour que les acteurs s’approprient les process. Aujourd’hui, ils sont très atomisés et loin de pouvoir constituer un fichier national des opérations de requalification de friches », explique Marc Kaszynski, qui a fondé le Lifti.

Gestion décentralisée

La région Auvergne-Rhône-Alpes ouvre la voie avec son IDFriches qui recense les projets sur son territoire. Pour mener des opérations pertinentes dans une perspective de ville durable, il faut réussir à « regarder le foncier à 360 °. Il est nécessaire d’envisager des usages sous tous leurs aspects : sociaux, économiques, environnementaux. Il n’y a pas que le logement ! », assure Marc Kaszynski. « Il y a de la demande pour transformer des friches en espaces verts, c’est une réponse aux problèmes des îlots de chaleur urbains. Il n’est pas pertinent de minéraliser avec des îlots de logements ou de bureaux climatisés. Il faut éviter cette logique-là », pointe Arnaud Leroy.

Le fonds friches doit débloquer des projets en attente de financement. « Sa gestion doit être décentralisée pour être efficace. Si ça passe par un appel à projets, les délais seront trop longs », assure Rollon Mouchel-Blaisot. Les modalités ne sont pas encore gravées dans le marbre mais le Gouvernement a déjà posé des jalons. Les 300 millions d’euros se répartiront entre des appels à manifestation d’intérêt nationaux et des fonds régionaux contractualisés via les contrats de projets État-régions.

Des inventaires incomplets

Comment identifier une friche sur le territoire en l’absence de fichier dédié ? Le fichier national Basol est le premier mobilisé. Il recense les sites et sols pollués ou potentiellement pollués. Deuxième étage : le fichier Basias, un inventaire des anciens sites industriels et activités de service. Ces deux bases de données sont pertinentes pour dénicher des friches nées de la désindustrialisation. Pour autant aujourd’hui, l’apparition des friches se trouve dans les logements et commerces vacants. Cette fois, le critère de la pollution des sols ne fonctionne pas. Raison pour laquelle des inventaires locaux ont vu le jour. L’outil Cartofriches mis en ligne cet été par le Cerema compile ces trois sources d’information. Il propose aux collectivités une grille d’éléments à compléter pour qu’elles puissent réaliser leur propre inventaire, tout en alimentant cette base de données nationale.

Ce dossier se poursuit avec l’entretien de Marc Kaszynski, fondateur du Laboratoire d’initiatives foncières et territoriales innovantes.

Dossier
Commentaires

0  |  réagir

Ajouter un commentaire

Ce champ est obligatoire

Ce champ est obligatoire

Ce champ est obligatoire

Conformément à la loi "Informatique et libertés" du 6 janvier 1978, vous pouvez accéder aux informations vous concernant, les rectifier ou vous opposer à leur traitement et à leur transmission éventuelle à des tiers en écrivant à : Groupe Moniteur - Antony Parc 2, 10 place du Général de Gaulle, La Croix de Berny – BP 20156, 92 186 Antony Cedex ou en cliquant ici.

L'actu Technique

Offre découverte 30 jours gratuits !

dernières offres d’emploi

Formations

Evènements

services

Thèmes abordés

Prochain Webinaire

Éradication du SARS-CoV-2 : le robot tueur qui décontamine l’air et les surfaces

de UV FLASH SERVICES

--
jours
--
heures
--
minutes

menu menu

Club Techni.Cités : l'information pour les techniciens de la FP