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SÉCURITÉ
Sécurité à Grenoble : vive passe d’armes entre Gérald Darmanin et Eric Piolle
Séverine Cattiaux | A la Une prévention-sécurité | Actu prévention sécurité | France | Publié le 31/08/2020 | Mis à jour le 01/09/2020

Dans un courrier cinglant, peu habituel et particulièrement interventionniste, le ministre de l’Intérieur Gérard Darmanin fustige les défaillances de la police municipale grenobloise. Tandis que le maire de Grenoble Eric Piolle s’émeut de ces critiques et les condamne, la voix syndicale, avec des nuances, trouve, bienvenu, ce coup de semonce ministériel.

Darmanin [1]

Une police municipale en sous-effectif, pas suffisamment équipée, qui n’assume pas ses responsabilités dans la lutte contre la délinquance et le trafic de drogue. C’est en substance ce que le ministre de l’Intérieur assène dans une missive de deux pages rendue publique sur twitter et qui s’adresse au maire écologiste de Grenoble, Eric Piolle.

Ces reproches peu orthodoxes de la part d’un ministre au regard de la libre administration des collectivités, font suite aux propos peu flatteurs tenus la veille par l’édile grenoblois. Ce dernier avait taxé d’ « opération de communication » une intervention des forces de l’ordre menée dans le quartier Mistral. La dite intervention ayant été organisée suite à la diffusion de vidéos sur les réseaux sociaux montrant des dealers cagoulés et armés, en plein jour, sur un point de vente dans ce quartier.

« Nous sommes dans le haut de la strate des villes françaises »

Gérald Darmanin a visiblement beaucoup de mal à entendre que le maire de Grenoble argue toujours un manque d’effectifs de la police nationale pour expliquer l’état d’insécurité qui règne à Mistral. Le ministre rappelle que l’Etat a largement augmenté le nombre de policiers nationaux, de 54 agents entre 2015 et 2020, et qu’il ne ménage pas ses moyens pour enrayer le phénomène de la délinquance. Interviewé, vendredi 28 août, sur BFM TV, Eric Piolle convient des efforts de la police nationale, mais n’en démord pas, les effectifs de la police natinale demeurent toujours en deçà de ce qu’ils étaient avant que Nicolas Sarkozy démantèle la police de proximité, fustige le maire de Grenoble.

En fait, pour Gérald Darmanin, c’est à Grenoble désormais de balayer devant sa porte. Le problème vient bien du « niveau particulièrement bas d’investissement de [la] municipalité [de Grenoble] dans la sécurité » martèle le ministre. Pour étayer cette assertion, Gérald Darmanin compare les effectifs de la police municipale de Grenoble, à ceux de Nice, et le ratio agent par nombre d’habitants. Résultat sans appel : on compte un agent pour 1580 habitants à Grenoble, contre un agent pour 550 habitants à Nice. Une comparaison qui n’a pas de sens,  réfute le maire de Grenoble, qui lui considère d’autres chiffres et critères : « Nous sommes dans le haut de la strate des villes françaises en termes de ratio de policiers. Et nous avons une police municipale formée, structurée, avec une doctrine » déclare Eric Piolle.

Mettant son nez dans les affaires communales comme rarement le fait un ministre, Gérald Darmanin s’en prend également dans son courrier à l’idéologie anti-armes à feu des écologistes et à leurs réticences vis-à-vis de la vidéosurveillance.

« Coup de pied donné dans la fourmilière »

Alors que Maud Tavel, adjointe à la tranquillité de Grenoble dénonce « un courrier écrit à la hâte, contenant beaucoup d’erreurs », les représentants syndicaux de la police municipale sont loin de donner tort au ministre. Le syndicat FO applaudit « ce coup de pied donné dans la fourmilière » et souscrit aux manquements identifiés par le ministre. Sur la vidéosurveillance, Force Ouvrière concède que le maire a fini par « se décider à prendre soin du parc de vidéo pour au moins l’entretenir».  Pour autant, la ville ne dispose toujours pas d’un « vrai centre de supervision comme on le connaît à Lyon ou à Nice » tacle le syndicat.

La CFDT prend davantage de distance vis-à-vis des critiques énoncées par le ministre. « Il faut bien remettre les choses à leur place, la police municipale fait d’abord de la tranquillité publique, ce n’est pas notre travail d’aller faire du Stup’ dans les quartiers, proteste Diega Trupia, représentante de la CFDT et policière municipale. C’est facile de jeter la faute sur la police municipale, poursuit-elle, mais on ne fait qu’exécuter nos prérogatives (…) ». Des prérogatives édictées par Eric Piolle, maire EELV de Grenoble depuis 2014 et réélu, et qui sont la sécurisation et la tranquillité de l’espace public.

« On ne fait pas le poids face à de la petite et moyenne délinquance »

Pour le premier magistrat de la ville, la police municipale n’a pas à se substituer à la police nationale, et nul besoin donc qu’elle soit dotée d’armes létales. A Grenoble, les policiers municipaux sont pourtant nombreux à réclamer une arme à feu, tout comme la plupart des syndicats.  Sous la pression du service et des représentants syndicaux, les policiers municipaux ont finalement obtenu des pistolets à impulsions électriques très récemment, en début d’année.  « Même si notre direction fait en sorte qu’on n’ait pas des missions trop dangereuses, l’uniforme quel qu’il soit est de plus en plus, une cible pour des délinquants» s’inquiète Diega Trupia.

«Notre rôle n’est pas de lutter contre le grand banditisme, mais on ne fait pas le poids face à de la petite et moyenne délinquance, témoigne un policier municipal, sous couvert d’anonymat. Je rappelle que nous avons le devoir d’apporter assistance à toute personne en danger. Oui, mais comment fait-on face à un énergumène armé » questionne-t-il. Autre effet négatif de la politique anti-arme à feu du maire EELV : elle tend à dissuader les jeunes policiers de postuler à la Ville de Grenoble, même si «  la ville met tout en oeuvre pour rendre ses postes attractifs » concède la représentante de la CFDT.

Pas de police municipale dans les quartiers, la nuit

La police municipale de Grenoble compte une centaine d’agents dans ses rangs. Un effectif suffisant aux yeux du maire de Grenoble. Moins pour les syndicats. Car, au bout du compte, une quarantaine d’agents seulement se retrouvent sur le terrain durant la journée, une fois ôté le nombre des agents au repos, ceux en formation, les agents dans les bureaux, l’encadrement. Et la nuit ? Les agents rentrent-ils tous au bercail, comme l’affirme le ministre dans son courrier ? Sur ce point, les informations de Gérald Darmanin manquent de précision. Dans les faits, deux brigades patrouillent jusqu’à 3h30, soit une quinzaine d’agents, grand maximum. Leur zone d’intervention est du reste cantonnée au centre-ville et au nord de Grenoble. « On a beaucoup de travail en centre-ville, et on ne va pas déshabiller Paul pour habiller Jacques » lance Diega Trupia. Ne disposant ni des effectifs, ni des moyens d’intervention adéquats, la police municipale de Grenoble ne s’aventure ainsi pas dans les quartiers sensibles, la nuit. Même durant la journée, la consigne est d’éviter le quartier Mistral, pourtant gangrenée par l’insécurité. La police municipale n’y fait une apparition qu’en matinée. Et ce pour verbaliser le stationnement abusif et procéder à l’enlèvement de véhicules par la fourrière. Et elle ne s’y rend qu’accompagnée par la police nationale.

Le président de la région, Laurent Wauquiez, s’immisce dans la polémique

Nouveau rebondissement dans la polémique sur la police municipale de Grenoble, Alors que le ministre de l’Intérieur et le maire écologiste se livrent à un bras de fer, le président (LR) de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez, s’est invité dans le débat. Dans un courrier adressé à Eric Piolle et révélé par France bleu, l’élu régional, appelle à « sortir des postures où, entre l’État et la municipalité, chacun se défausse de ses responsabilités sur l’autre», tout en précisant « qu’il faut agir» contre la montée de violences.

Surtout, Laurent Wauquiez va jusqu’à proposer une aide financière d’ampleur pour équiper la ville. «Nous pouvons financer le développement d’un réseau de vidéoprotection plus efficace et mieux réparti afin de lutter contre l’insécurité sur l’ensemble de la ville. Je suis prêt à travailler sur un plan de deux millions d’euros » comportant également le financement d’un centre de supervision urbain. Une proposition qui ne risque pas de séduire Eric Piolle, qui n’a jamais caché son désintérêt pour une technologie selon lui aussi coûteuse qu’inefficace.

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