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DOSSIER : Pourquoi et comment les collectivités doivent lutter contre les nitrates ?
Dossier publié à l'adresse https://www.lagazettedescommunes.com/69240/bonne-pratique-carentoir-morbihan-boise-34-hectares-autour-de-son-captage-deau/

Bonne pratique : Carentoir (Morbihan) boise 34 hectares autour de son captage d’eau
Stéphanie Stoll | Dossiers d'actualité | Publié le 11/07/2011 | Mis à jour le 12/07/2011

Chargé de 80 à 90 mg de nitrate par litre d’eau, le captage du Siloret à Carentoir (Morbihan) a fermé en 1993. Deux ans plus tard, le syndicat intercommunal boisait 22 hectares, puis encore 12 hectares entre 2007 et 2010. Récit d'un long combat pour l'ouverture d'un captage d'eau.

En 1989, fraîchement élu à la présidence du Syndicat intercommunal d’alimentation en eau potable (SIAEP) de Carentoir et sa région (Morbihan, sept communes (1) [1], 4600 abonnés), Noël Rocher n’ignore pas les dépassements du captage du Siloret en taux de nitrates. Agriculteur, il sait aussi que l’éleveur laitier de la ferme qui jouxte la source, prépare sa retraite. « Sans le brusquer, d’abord sur le ton d’une boutade, je lui ai proposé que le syndicat rachète ses terres, » se souvient Noël Rocher qui imagine boiser la zone.
En 1990, le SIAEP acquiert donc 21 hectares autour de la source et se met en relation avec l’Office national des forêts (ONF) pour faire approuver le passage des parcelles concernées par le boisement en régime forestier. Les eaux captées dans les sous-sols forestiers sont en effet connues pour leur faible teneur en nitrates :

d’après une étude de l’INRA en 1997 (2) [2].

Jusqu’à son départ effectif en retraite, l’éleveur laitier exploite les terres en prairies et en céréales.
En 1993, le SIAEP ferme le captage du Siloret dont le taux de nitrates atteint 74 mg/l (et même 92 mg/l un an plus tard).
L’ONF boise la zone lors de l’hiver 1994-1995. Après avoir labouré les champs, on y plante densément du chêne et du charme ainsi que du cèdre de l’Atlas et quelques fruitiers (noyers, merisiers). Un chemin de randonnée de 800 mètres et un parking de 400 m2 sont aménagés. Afin d’éviter la concurrence des graminées et de faciliter la croissance des jeunes arbres, ceux-ci sont protégés par des bandes de plastique noir, larges d’un mètre.

Les premiers résultats ne se font pas attendre. Au printemps 1995, le captage du Siloret affiche un taux de nitrates de 116 mg par litre ! « Etant agriculteur, je savais que ça allait passer, commente Noël Rocher. Comme le captage était à l’arrêt, cela se savait peu. Et les membres du SIAEP m’ont fait confiance, d’autant plus que les ingénieurs du Syndicat départemental de l’eau (SDE) ont convenu que c’était normal. » Les arbres croissent et enfin, fin 2005, les prélèvements du Siloret affichent un taux de nitrates de 40 mg/l, inférieur à la norme européenne.

«Les effets du boisement sur les nitrates sont progressifs et maximaux au bout de 8 à 10 ans, précise Hervé Gombault, chef de projet boisements à l’ONF. Ensuite, même si les arbres grossissent, il n’y a plus de diminution».  
Si on constate une chute du taux de nitrates dans les années qui suivent les boisements, cette baisse n’est corrélée ni à la surface boisée, ni à l’âge du boisement.
En cette fin d’année 2005, à Carentoir, les élus envisagent l’achat et le boisement de nouvelles terres ainsi que la réouverture du captage. Mais dès 2006, les taux de nitrates repassent le seuil de 50 mg/l.

En 2007 et 2009, deux nouveaux boisements sont entrepris sur deux lots de parcelles (dont l’une a fait l’objet d’échange avec un exploitant), de 6,9 et 6,3 hectares.
Les projets suivent désormais les préconisations de l’Agence de l’Eau Loire-Bretagne et l’ONF (3) [3].
Le labour n’est permis que sur 40% de la superficie et la pose de bâches en plastique est exclue. « Ce protocole est moins favorable à la croissance des arbres qui souffrent de la concurrence des graminées, observe Hervé Gombault. Mais la bâche en plastique a un coût environnemental énorme ! »
A Carentoir, personne n’aime ces bâches, pourtant discrètes sous les feuilles mortes. Mais personne n’est encore disposé à investir (4000 euros à l’hectare d’après l’ONF) pour retirer, évacuer et traiter les plastiques.

Autre revers, lié au succès du premier boisement : l’accroissement de la biodiversité nuit à la pousse des arbrisseaux grignotés par les petits rongeurs et les chevreuils.
Enfin, l’ONF organise maintenant, au profit du SIAEP, la commercialisation sur pied de jeunes arbres afin de procurer du bois de chauffage bon marché aux particuliers. « Notre objectif est la qualité de l’eau en nuisant le moins possible à l’agricultures, se satisfait M. Rocher. Les élus et les agriculteurs doivent coopérer pour que les obligations et les activités des uns ne gênent pas celles des autres. » Il n’est pas encore prévu de rouvrir le captage ; en 2012, une nouvelle usine devraient procurer, à partir de deux forages sur le site, 1000 m3 d’eau chaque jour.

Fermeture des captages d’eau sur le bassin Loire-Bretagne : 22% pour cause de pollutions diffuses

L’Agence de l’eau Loire Bretagne a produit en octobre 2008 un document recensant, région par région les fermetures de captages d’eau, et les causes de l’abandon.  
Ce travail a permis de conclure que :

  • 28 % des abandons d’ouvrages sont effectués pour des raisons techniques : insuffisance du débit et/ou dégradation de l’ouvrage, captage improtégeable,
  • 27% pour des raisons administratives : décision de la collectivité, coût de la protection,
  • et 22% pour cause de pollutions diffuses.

La fermeture des ouvrages pour des raisons techniques est davantage observée dans les massifs montagneux, tandis que l’abandon pour pollutions diffuses se retrouve plus fréquemment dans les zones de plaine et de culture.

Bassin Loire Bretagne : les causes des abondons des captages d’eau [4]

REFERENCES


CHIFFRES CLES

Grâce aux subventions  :

  • de l’Agence de l’Eau (30%), 
  • de la région Bretagne (10%) 
  • et du conseil général du Morbihan (50%), 

la seconde opération coûte au syndicat 1823 euros HT à l’hectare.
La précédente, ne bénéficiant pas du soutien départemental, avait coûté 3 755 euros HT à l’hectare à la collectivité.


POUR ALLER PLUS LOIN

Contacts :

  • Syndicat intercommunal d’assainissement et d’eau potable de Carentoir et sa région, tél. 02 99 08 84 07
  • ONF, Hervé Gombault, 02 98 90 84 51 et herve.gombault@onf.fr

Pour préserver son eau, Douai plante une forêt, La Gazette des communes n° 1828, 6 mars 2006