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Aménagement du territoire

Alain Cluzet : « Les mégalopoles ne sont pas l’avenir de la planète »

Publié le 04/09/2020 • Par Jean-Baptiste Forray • dans : Actu ingénierie publique, France

alain cluzet
fabien calcavechia
« Monoculture mondiale en rupture avec les identités locales » et « impact environnemental insoutenable » : le DGS de Courbevoie et urbaniste Alain Cluzet brosse un tableau sans complaisance des grandes concentrations urbaines. Dans son essai « Les mégalopoles, malades de la globalisation », il s'attaque particulièrement aux villes-entreprises offshore portés par les géants du numérique. Entretien garanti sans langue de bois.

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Patron des services de la partie Est du Manhattan français, Courbevoie, Alain Cluzet n’est pas un DGS comme les autres. Dès qu’il a un moment de libre, cet urbaniste de métier court les mégalopoles. Un jour à Lagos, un autre à Singapour. Alain Cluzet connaît la fabrique de la ville sous toutes ses facettes. Il a débuté dans la carrière à la direction départementale de l’équipement de Seine-et-Marne où il était en cheville avec Eurodisney. Pour répondre au cahier des charges du mastodonte yankee, il lui a fallu revoir le code couleur des municipalités voisines du royaume de Mickey ou enterrer un château d’eau pour ne pas faire de l’ombre à la demeure de La Belle au bois dormant, comme ile racontait l’an dernier à l’occasion d’un portrait publié dans La Gazette.

De Saint-Etienne, ville en renaissance après la casse industrielle des années 1970, à Saclay, La Mecque de la recherche nationale, il a eu bien des terrains de jeu. Auteur d’essais sur le Grand Paris et la ville libérale, Alain Cluzet s’attaque maintenant aux mégalopoles, malades de la globalisation ? dans un livre fouillé et alerte (Les mégalopoles, malades de la globalisation ? Editions Infolio). « Croissance économique sans impact territorial, monoculture mondiale en rupture avec les identités locales, impact environnemental insoutenable » : son tableau est implacable.

Pourquoi « big is beautiful » reste un dogme un peu partout dans le monde ?

Pour des raisons idéologiques, mais aussi culturelles et cultuelles, la hausse de la population est assimilée à la bonne santé et à la croissance de l’économie. Les pays avec une démographie faible et vieillissante, sont considérés comme en déclin. Le Japon et l’Allemagne démontrent pourtant exactement le contraire. Il est temps de s’interroger sur la multiplication par cinq de la population humaine en un siècle. Aucune espèce animale ne pourrait encaisser un tel choc.Comment se traduit cette explosion de la population ?

A Lagos, où la croissance démographique atteint 500 000 habitants par an, les rues centrales sont surpeuplées, victimes de bouchons… piétonniers. La circulation y est totalement bloquée pendant des heures. Il faut parfois plusieurs semaines aux camions pour atteindre le port. Dans le même temps, Lagos bâtit une ile artificielle de 10 km2. Une enclave de la globalisation qui copie Dubai. Mais que pèse Lagos, 20 millions d’habitants aujourd’hui, 80 millions à la fin du siècle nous disent les démographes, face à Francfort et San Francisco, moins d’un million chacune ? Contrairement à ce que les pouvoirs publics défendent, ce n’est pas un problème s’il n’y a plus de mégalopole européenne dans le top 30 mondial. La croissance ne se résume pas à la taille de la population. Les mégalopoles ne sont pas l’avenir de la planète.

Qu’en est-il en France ?

La croissance démographique reste aussi la doxa comme dans le Grand Paris où les documents officiels prétendent qu’il faut gagner deux millions d’habitants dans les 20 ans pour maintenir l’attractivité internationale. L’idée de tout accumuler dans les métropoles fait fi des problèmes d’environnement, de pollution, de congestion. Si les mégalopoles ont vocation à concentrer les grandes fonctions internationales, pourquoi ne délèguent-elles pas les activités productives à un réseau de villes moyennes ?

Dans quel domaine l’Ile-de-France pourrait-elle s’appuyer sur ses voisins ?

Je songe à l’industrie, automobile notamment, qui consomme beaucoup de foncier. Hélas, Paris, qui concentre au total 30 % du PIB national, chiffre record dans le monde, demeure coupée de son territoire, contrairement à Toulouse dont l’industrie aéronautique s’appuie sur les villes petites et moyennes de l’ancienne région Midi-Pyrénées. Les gens d’Orléans qui vont travailler dans la capitale apportent certes une poignée de dividendes à leur commune, mais l’essentiel de la dynamique économique va toujours dans le sens de Paris. Les villes à la frontière de la mégalopole, comme Evreux, Etampes ou Creil sont aujourd’hui très fragilisées. Et ce n’est pas le post COVID qui enrayera à lui seul cette tendance lourde.

Certaines régions ont-elles encore un avenir dans la mondialisation ?

Aux ruraux et périurbains de l’autre France, on rappelle régulièrement ce qu’ils coûtent en aides sociales. Ils se retrouvent dans la situation des agriculteurs de la PAC, autrefois fiers de leur métier et de leur indépendance, aujourd’hui payés pour maintenir des terres en jachère ou subventionnées.

Dans le même temps, les prix du logement explosent à Paris…

Cette envolée des prix est un avatar de la globalisation, certainement pas un atout. Elle se traduit par des hôtels-capsules à Tokyo ou des « logements-cercueils » à Hong-Kong. Il ne faut donc surtout pas se flatter que Paris figure désormais parmi les villes les plus chères au monde. Les classes moyennes n’y ont plus leur place. A l’instar des autres métropoles, la capitale semble condamnée à ne construire que pour les deux aimants de la mondialisation.

Quels sont-ils ?

A une extrémité, les investisseurs internationaux, les hedge funds, font de juteux placements immobiliers sans même s’astreindre à occuper ou à louer les logements. Le taux de vacance atteint 17 % dans la capitale. A une autre extrémité, le développement du logement très social et du droit au logement opposable renforce les ghettos constitués de naufragés de la mondialisation attirés par les lumières des mégalopoles. Des gens venus parfois des endroits les plus reculés du globe qui, avec leur smartphone, désormais omniprésent sur la planète, sont en liaison permanente avec une culture mondiale portée par les grandes métropoles. Pendant ce temps-là, les « petits blancs » fuient ces quartiers pour se réfugier en Seine-et-Marne dans un pavillon à bas coût. Les classes moyennes sont également évincées de la capitale et de ses abords, y compris ceux qui occupent des fonctions essentielles à son bon fonctionnement : techniciens, infirmières, enseignants. Durant vingt ans, le logement intermédiaire n’a plus été développé. Heureusement, cela repart.

Le risque n’est-il pas aussi que Paris se transforme en ville-musée ?

Ce risque est immense. On a vu les difficultés à construire des tours comme la Tour Triangle. Le tourisme est le nouvel horizon parisien avec 20 millions de visiteurs étrangers par an mais c’est du mauvais cholestérol. Il ne faudrait pas que cela devienne la même chose de visiter le Louvre et Disneyland. Venise est totalement nécrosée. On a dû installer de vulgaires portiques de cinéma devant la plus majestueuse des villes patrimoniales pour limiter l’afflux. Venise a ainsi rétabli l’octroi qui avait été abandonné à son apogée. Barcelone, de son côté, a bloqué la construction de toute nouvelle structure hôtelière. Paris n’échappera pas à ce mouvement. Il faudra sans doute bientôt y délivrer des permis touristiques de 1 à 8 jours…

Les mégalopoles sont-elles encore gouvernables ?

Une mégalopole, comme celle de Washington à Boston, s’étend tellement qu’elle ne peut être gouvernée par une entité administrative viable sur un périmètre stabilisé. Au cœur de cette conurbation, New York est de plus en plus engoncée dans une métropole tentaculaire dont elle n’a aucune clé de gestion, répartie sur trois Etats et dont la planification ne fait l’objet que d’une prospective par une société de bienfaisance, la Regional Plan Association. Qui va payer la rénovation d’infrastructures vieillissantes, notamment les transports ?

Le Grand Paris ne souffre-t-il pas aussi d’un problème de gouvernance ?

Je suis dans l’administration, mais je ne suis pas un bureaucrate. Le Grand Paris est parasité par la concurrence de structures qui dépensent une énergie folle pour des impacts relatifs. Mais le big-bang territorial est un leurre. Il ne répond pas au besoin de cohésion dans une société éclatée, ni aux impératifs d’attractivité internationale pour préserver notre niveau de vie et la protection de l’environnement. Plutôt que de se focaliser sur de multiples schémas comme un énième schéma directeur de la région Ile-de-France qui mettra dix ans à être élaboré et sera déjà périmé avant d’être mis en œuvre, il faut accorder la prime aux projets qui font sens, comme le Grand Métro.

Existe-t-il un modèle urbain harmonieux ?

L’Allemagne repose sur des réseaux intelligents de villes, comme celui des cités hanséatiques au nord du pays. Hambourg est la plateforme maritime du pays. Francfort, siège de la Banque centrale européenne, est son poumon financier tout en étant faiblement peuplée (800 000 habitants), peu congestionnée, peu polluée et rattachée au monde par l’un des hubs aéroportuaires les plus compétitifs. Berlin, redevenue la capitale de l’Allemagne, n’a cherché à attirer aucun siège social des vingt plus grosses entreprises du pays qui, contrairement à notre centralisme, sont réparties harmonieusement sur l’ensemble du territoire.

De quelle manière la France peut-elle s’inspirer de cet exemple ?

Le droit à la différenciation peut être un moteur de la spécialisation territoriale. C’est ce que fait déjà Toulouse avec l’aéronautique et Grenoble avec les nanotechnologies. Hélas, les concurrences territoriales sont encore trop nombreuses. Distantes de 60 kilomètres, Saint-Etienne et Lyon se tournent le dos. Quand l’une développe son activité de design, l’autre fait de même. Idem quand il s’agit de construire un zénith. Dans le Grand Paris, la spécialisation portée à la fin des années 2000 par le secrétaire d’Etat à la région-capitale Christian Blanc, n’a, hélas, pas pu atteindre sa cible. Ainsi, La Défense avait vocation à se consacrer à la finance et au conseil, pas à la pharmacie qui devait être réservée au secteur de Villejuif. Cela ne s’est pas déroulé de cette façon. Résultat : l’agence européenne du médicament a été implantée à Amsterdam.

La métropolisation n’est-elle pas, avant tout, synonyme d’uniformisation ?

Il y a une uniformisation cosmopolite des métropoles, au sens grec. C’est l’idée qu’il y a un individu mondial qui doit être le même aux quatre coins de la planète. Quand il était maire de Londres, Boris Johnson se flattait que l’on puisse passer une journée dans le métro de Londres sans parler anglais. Avec ses Pakistanais, Indiens et Hong-Kongais, Londres s’affirme davantage comme la capitale du Commonwealth que de la Grande-Bretagne. Elle est le laboratoire de la métropole mondialisée ouverte à l’art contemporain, à la mode et au mouvement permanent, sans préserver de culture locale. Le Brexit en a été la sanction. Je ne crois pas que les Etats-Nations soient morts et que les métropoles doivent être la seule échelle intra-européenne. Quand les naufragés de la mondialisation arrivent porte de La Chapelle, il faut bien un Etat qui répartit ces populations dans d’autres villes.

Le triomphe des grands groupes du web ne fragilise-t-il pas aussi les vieilles nations ?

9 des 10 premières sociétés mondiales sont dans le domaine du numérique. Elles développent une pensée libertarienne en dehors du cadre étatique traditionnel. Elles veulent coloniser d’autres planètes plus qu’habiter la nôtre. Il s’agit pour elles, dans l’idéal, de constituer des bases offshore, hors-sol, avec des barges en plein océan où elles ne paieront pas le moindre impôt et pourront se déplacer au gré des projets. C’est la matrice de Singapour et Dubai. Des villes gérées comme des entreprises, coupées de pays et qui gagnent leur croissance sur la mer. Dubai, nouveau Disneyland de la mondialisation, a construit la plus haute tour de la planète, 820 mètres de haut, par laquelle on ne peut accéder que par un méga centre commercial de 1 200 boutiques. L’offre hôtelière a doublé en vingt ans. En attendant la prochaine « world tower » qui dépassera 1 kilomètre… Singapour, premier aéroport mondial et deuxième port mondial, est, elle, présentée comme une ville verte avec l’introduction de 300 000 arbres, le développement de l’énergie solaire et une gestion drastique de l’eau. C’est oublier que sa consommation électrique a été multipliée par quatre et que son extension physique, déjà un tiers en 25 ans, a été permise par l’importation par tankers de sable de Malaisie au mépris des règles environnementales internationales. Ce Leviathan présente en fait l’un des pires bilans-carbone de la planète…

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