logo
DOSSIER : Ces territoires en déclin qui ne se résignent pas
Dossier publié à l'adresse https://www.lagazettedescommunes.com/688342/communication-territoriale-la-chasse-aux-parisiens-est-ouverte/

AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE
Communication territoriale : la chasse aux Parisiens est ouverte !
Françoise Sigot | A la une | France | Publié le 10/07/2020

Dès la fin du confinement, plusieurs villes moyennes et départements ont investi les espaces publicitaires pour vanter leurs atouts. Ils s’offrent ainsi de la visibilité en espérant convaincre des citadins en mal de grands espaces de venir s’installer sur leurs territoires.

com-territoriale-mazamet [1]Alès invite à profiter de son « bon air », Evreux veut séduire « pour un week end ou pour la vie » Mazamet propose aux citadins de se « déconfiner pour toujours », en Saône et Loire, le Département met en avant l’argument touristique en espérant susciter l’envie de rester.

Depuis quelques jours, les invitations des collectivités à se mettre au vert se multiplient. A grand renfort de campagnes de communication dans la presse, le métro parisien et sur les réseaux sociaux, les villes moyennes et les départements rivalisent d’arguments pour tenter de séduire des citadins éprouvés par le confinement.

« Il s’agit de communication politique, plus que de marketing territorial », analyse Christophe Alaux, directeur de la Chaire Attractivité & Nouveau Marketing Territorial à l’Université D’Aix Marseille. « Le meilleur dispositif pour l’attractivité résidentielle est de faire du sur mesure en accompagnant les besoins, soit le juste opposé du 4×3 dans le métro », ajoute-t-il.

com-arles [3]

L’universitaire ne cloue pas néanmoins tous les espoirs au pilori. « Ces campagnes peuvent être un point de départ. Les territoires qui seront capables d’y ajouter des démarches construites et pérennes pour accompagner des personnes souhaitant s’installer chez eux ont une carte à jouer ».

Agir vite

Pour beaucoup, les démarches construites attendront, car l’heure est à l’urgence. « Nous voulons d’abord sauver la saison touristique, mais in fine il s’agit bien de donner envie à des citadins de rester vivre dans notre département », explique Elisabeth Roblot, vice-présidente du Conseil Départemental de Saône et Loire, chargée du tourisme et de l’attractivité du territoire.

Opportunisme

L’urgence est aussi de saisir des opportunités financières et de profiter de la fenêtre de tir post Covid. « Nous avions l’objectif de faire venir des parisiens depuis plusieurs années. Nous avons notamment lancé des programmes de logements neufs et la rénovation de notre centre-ville en partie pour cela. Il est vrai que la crise a accéléré les choses », explique Guy Lefrand, maire (LR) d’Evreux. La cible de ces campagnes est elle aussi la même pour tous : les urbains, spécialement les familles, las de vivre dans quelques dizaines de mètres carrés sans extérieur.

com-evreux [4]

Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

« Ici, il est facile de trouver une maison avec piscine pour 200 000 euros », fait valoir Solène Mabille, chargée de communication à la ville de Mazamet. L’autre point commun de ces opérations de communication est à aller chercher du côté de la recette. « Nous avons tout fait en interne », se félicite le maire d’Evreux qui dit avoir déboursé « 65 000 euros en tout » de la création de la campagne à son affichage en bordure de périphérique et dans deux titres de presse quotidienne nationale.

Le Conseil Départemental de Saône et Loire à lui investi 310 000 euros pour une semaine d’affichage dans le métro parisien, des spots télé et radio et des encarts dans la presse quotidienne régionale. Quant à la ville d’Alès, qui martèle qu’elle « ne manque pas d’air » dans les couloirs du métro de Paris, son premier adjoint avoue avoir saisi « l’opportunité de tarifs défiant toute concurrence ».

Premiers retours

Le temps dira si ces menus engagements financiers sont couronnés de succès. Mais à en croire les collectivités qui vantent leurs atouts, quelques marques d’intérêt sont déjà là. Ainsi, la mairie de Mazamet assure avoir reçu plusieurs appels de personnes cherchant à en savoir plus sur la ville. « Les agents immobiliers nous font aussi part de plusieurs sollicitations de personnes ayant vu notre campagne de communication », assure Solène Mabille. Un premier pas, mais sûrement pas le bout du chemin. « Cette campagne met la lumière sur notre territoire. Nous en avons prévu d’autres, car nous avons d’autres atouts à faire valoir et l’attractivité ne se joue pas sur quelques semaines d’affichage », note Chritophe Rivenq, premier adjoint (LR) d’Alès. Dans la sous-préfecture du Gard comme ailleurs, le deuxième temps devrait être plus ciblé sur l’attractivité économique, car même si ces villes moyennes misent sur le développement du télétravail, l’offre d’emploi locale est décisive pour convaincre.

« Nous avons 60 hectares de foncier à commercialiser pour des entreprises », annonce à cet effet Guy Lefrand. Reste un dernier enjeu et pas des moindre. Parfaitement conscients qu’ils ont une carte à jouer au lendemain de la crise, ces territoires sortent de l’anonymat avec la ferme intention d’être vus par la population, les acteurs économiques, mais aussi les pouvoirs publics. « Notre message s’adresse aussi à nos dirigeants, car le temps des territoires de taille moyenne est arrivé », assure Christophe Rivenq.

POUR ALLER PLUS LOIN