[La série de l'été] Mobilité

Des experts pour lever les freins à la pratique du vélo

| Mis à jour le 24/08/2020
Par • Club : Club Techni.Cités

Depuis 2005, Copenhague a investi 1,6 milliard d'euros en faveur du vélo, construisant notamment une piste cyclable aérienne qui traverse la ville.

U.BACH

Les maires élus pour une nouvelle mandature de 6 ans seront confrontés aux enjeux de l’organisation de leur ville ou commune et de considérations environnementales. Cet été, pendant 5 semaines, nous vous proposons de (re)lire des articles de Techni.Cités liés à ces thématiques. La première semaine est consacrée à la mobilité avec, aujourd'hui, le plan vélo à l'échelle locale.

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Les ERP face au défi de la mise en accessibilité

Par Amélie Kolk

La finalité du plan Vélo national lancé en octobre 2018, et dont les objectifs ont été repris dans la loi d’orientation des mobilités en novembre 2019, est clair : lever les freins à la pratique du vélo partout en France et parvenir à tripler sa part dans la mobilité du quotidien d’ici à 2024. « Pour mettre en œuvre la transition cyclable, le rôle des collectivités est essentiel », estime Olivier Schneider, président de la dynamique Fédération des usagers de la bicyclette (FUB), qui a édité récemment un « Baromètre des villes cyclables » auquel 768 communes de France ont répondu, une participation en forte hausse par rapport à l’édition de 2017.

Si l’intérêt pour le vélo s’est confirmé pendant la campagne des Municipales, où de nombreux candidats l’ont mis en première ligne de leurs programmes, il reste encore beaucoup à faire pour développer un véritable « système vélo » sur l’ensemble du territoire. « Par « système vélo » on entend un réseau cyclable continu, sécurisé et homogène, une signalisation adaptée, le développement du stationnement, des ateliers de réparation, une réglementation permettant une bonne cohabitation avec les autres modes de transport et de la sensibilisation pour encourager les pratiques », décrypte Antoine Coué, chargé d’études à Vélo et territoires, un réseau de collectivités mobilisées pour construire la France à vélo en 2030. Au cœur de ce cap stratégique : achever les schémas vélo au profit de l’équilibre des territoires.

Phase d’accélération

Mais pour y parvenir, il faut d’abord savoir où en sont les premières concernées. En 2019, l’association Vélo et territoires a donc conduit une grande enquête qui recense les aménagements, les équipements et les politiques cyclables de 523 collectivités françaises – régions, départements et établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) à fiscalité propre. Résultat : si les régions et les départements sont, de manière générale, assez bien dotés en moyens humains dédiés au vélo, seuls 56 % des EPCI interrogés disposent d’une stratégie de planification et plus rarement d’un référent vélo à temps plein, en particulier dans les territoires les moins peuplés.

Consciente de ces enjeux, dans la foulée de l’annonce du plan Vélo, l’Ademe a lancé dès octobre 2018, un vaste appel à projets et un programme d’action baptisé Avelo. Objectif : inciter les territoires les moins denses à s’investir sur le développement des mobilités actives. Soutien aux stratégies d’aménagement cyclable via le financement d’études, aide au développement et financement de l’ingénierie territoriale sont désormais proposés aux 227 territoires lauréats.

« La plupart de ces territoires sont novices ou en phase d’accélération de leur politique vélo », souligne Claire Schreiber, responsable du programme Avelo à l’Ademe. « En plus de les soutenir financièrement, ce programme leur permet de se former et d’échanger avec d’autres territoires pour bénéficier de l’expertise collective et créer des synergies ».

Avec un impératif dans la mise en œuvre des politiques : la transversalité. « Les moyens humains dédiés au vélo doivent proposer un schéma directeur structuré et inclusif : cela sous-entend d’y associer toutes les pratiques », reprend Antoine Coué. Selon lui, si la petite reine a été longtemps intégrée aux plans d’action touristique des départements et des régions, les temps ont changé. « Le vélo ne peut plus être lié qu’au tourisme, il se raccroche aux besoins de mobilité du quotidien même si un itinéraire vélo, lorsqu’il est bien fait, convient aux deux usages : touristique et utilitaire ».

Se coordonner avec les équipes opérationnelles

Un des enjeux est donc de savoir positionner le service dédié au vélo dans l’organigramme de la collectivité en fonction de cette nécessaire transversalité. Au conseil départemental de Loire-Atlantique, pionnier en matière de politique cyclable, le choix est fait depuis longtemps. « Le fait d’être intégré au service des infrastructures est facilitateur pour nous », explique Valérie Brehier-Jaunâtre, responsable de la mission vélo au département de Loire-Atlantique.

En poste depuis 1999 et à la tête d’un service de cinq personnes (dont deux demi-postes consacrés à la voirie), sa mission consiste aujourd’hui à piloter le dernier plan d’action voté en 2017, « Loire Atlantique à vélo », doté d’un budget de 20 millions d’euros et d’un objectif d’aménagement de 30 km de pistes cyclables par an.

Et, pour cela, elle n’est pas toute seule. « En travaillant au quotidien avec le service en charge des études techniques, les services travaux et ouvrages d’art, le pôle responsable de la concertation et le service des routes, il nous est possible de déployer notre politique cyclable de façon cohérente et de se coordonner avec les équipes opérationnelles dans nos territoires », explique Valérie Brehier-Jaunâtre.

Le cœur de son travail consiste donc en l’animation des équipes, la mise en place de la concertation avec les communes et la gestion de projet. « Je travaille avec les pôles tourisme, sport, sécurité routière… », détaille-t-elle. Autre intérêt de ce métier à ses yeux : « Je suis beaucoup sur le terrain : il est indispensable de bien connaître nos communes pour pouvoir discuter des tracés des pistes avec les élus et les propriétaires fonciers en toute connaissance de cause ».

Aide technique nécessaire

Avec une formation à Bac + 5 en aménagement du territoire et un parcours de responsable de service urbanisme, elle atteste que l’expertise technique est essentielle dans sa fonction : qualité de chaussée et de revêtement, signalisation, sécurité, entretien et maintenance sont au centre des problématiques qu’elle gère quotidiennement.

Pour Valérie Brehier-Jaunâtre d’ailleurs, l’essentiel des besoins pour demain réside dans cette expertise pour venir en aide aux territoires ruraux et périurbains. « Parfois certains projets sont bloqués dans les communes par manque de temps et d’ingénierie », explique-t-elle. « Pour que les nouveaux schémas directeurs vélos soient mis en place, il est indispensable d’aider les territoires à réaliser les nombreuses études techniques préalables ».

3 questions à Wilfried Braud, responsable mobilité à la communauté de communes Erdre & Gesvres (Loire-Atlantique)

Quelles sont vos missions ?

Quand je suis arrivé en 2005, je m’occupais uniquement du transport scolaire en lien avec le département, et puis le poste a évolué. Notre communauté de communes est devenue autorité organisatrice du transport de proximité. Aujourd’hui je gère, en plus du transport scolaire, le transport à la demande et la mise en place de la politique vélo, qui occupe désormais 50 % de mon temps. Pilotage de la stratégie mobilité durable, aménagement d’itinéraires cyclables d’intérêt communautaire en lien avec les communes et gestion de notre nouveau service de location de vélos électriques constituent l’essentiel de mes missions.

Comment votre service dédié au vélo est-il organisé ?

Sur la stratégie vélo, nous sommes deux équivalents temps plein, ce qui est assez rare pour une communauté de communes de 60 000 habitants. Ma collègue conseillère en mobilité a été embauchée l’an passé – au grade d’ingénieur territorial – dans le cadre du programme Avelo de l’Ademe. Elle s’occupe de la promotion de la mobilité durable, des projets d’offres de services, du suivi et de l’évaluation du plan global de déplacement. Par ailleurs, nous travaillons en lien avec un géomètre-expert et un dessinateur-projeteur pour le tracé des pistes cyclables, avec les agents techniques ainsi qu’avec des bureaux d’études extérieurs.

Vous êtes également formateur en politique cyclable. Selon vous, quels sont les besoins actuels en expertise dans les collectivités ?

J’en vois deux principaux. Le premier besoin c’est l’expertise technique, ou la capacité à travailler en lien avec cette expertise. Par exemple, notre schéma directeur voté en 2017 prévoit la construction de 60 km de pistes sur dix ans, dont 15 km en site propre. Cela nécessite de l’acquisition de foncier, de la négociation et un travail étroit avec les cabinets d’experts chargés des études pré-opérationnelles. L’autre besoin concerne le développement des usages. Pour que les habitants de nos communes remplacent leur voiture par un vélo pour leurs déplacements quotidiens, il faut faire un travail de fourmi sur le terrain, en commençant par la sensibilisation dans les écoles.

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