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AGRICULTURE
Le boom des ruches en ville, une menace pour la biodiversité
Olivier Descamps | actus experts technique | France | Innovations et Territoires | Publié le 06/07/2020 | Mis à jour le 30/06/2020

Devenues des sanctuaires pour des abeilles domestiques malmenées par l’agriculture intensive, les villes accueillent un nombre croissant de ruches. Parfois jusqu’à l’excès.Des communes commencent à entendre le message des écologues et à encadrer l’activité apicole, pour protéger d’autres pollinisateurs, telles les abeilles sauvages. Faute d’outils adaptés, difficile d’agir au-delà de l’espace public. La végétalisation reste le meilleur moyen de mettre tout le monde d’accord.

Des abeilles en ville [1]

L’homme n’y va jamais avec le dos de la cuillère. Et depuis quelques années, collectivités, apiculteurs amateurs et entreprises n’arrêtent plus d’installer des ruchers en ville. Les colonies d’abeilles y trouvent l’air plus frais, en particulier dans les communes qui limitent l’usage des tondeuses et qui ont banni les pesticides plus tôt que les autres. Les jardins publics sont devenus des refuges de biodiversité pour des insectes qui, en milieu rural, sont décimés par la monoculture intensive. A vouloir bien faire, n’est-on pas allé un peu loin dans certains territoires ?
Peut-être, si l’on en croit la difficulté qu’ont désormais d’autres insectes pollinisateurs à trouver les ressources florales dont ils ont besoin pour s’alimenter. « Introduire une espèce dans un écosystème n’est jamais anodin », souligne Benoît Geslin, enseignant-chercheur à l’Institut méditerranéen de biodiversité et d’écologie marine et continentale. Attention, donc. D’abord érigée en sentinelle de l’environnement, l’abeille à miel ne doit pas devenir un nouveau symbole de la monoculture. En ville cette fois-ci.

Même dans les territoires qui commencent à prendre conscience du problème, parler d’un virage à 180 degrés serait exagéré. « L’enjeu est de trouver un équilibre », note Marylin Molinet, conseillère déléguée à la biodiversité sortante à Metz (116 400 hab.). Pour cela, il faut intégrer le fait que l’abeille domestique est une espèce parmi d’autres. Il en existe 970 en France, 20 000 dans le monde. L’extrême majorité d’entre elles sont solitaires ou pseudo-socialisées : elles partagent le même habitat mais sans division du travail. Moins bien organisées par conséquent que les colonies de plusieurs dizaines de milliers d’individus qui peuplent les ruches et communiquent parfaitement quand elles découvrent une ressource mellifère abondante.

À chaque quartier sa stratégie

Sur le papier, le combat semble déloyal. Dans les faits, « méfions-nous des conclusions hâtives. En écologie, il faut utiliser les bons mots. Ce que l’on a prouvé, c’est que lorsqu’il y a beaucoup de ruches, on trouve moins d’espèces sauvages qui viennent butiner. Le lien de cause à effets doit être étudié », insiste Benoît Geslin.

Plusieurs écologues s’y attellent. Mais si la rigueur scientifique est une chose, la politique publique en est une autre. Et en attendant des recherches plus poussées, il y a urgence à prendre des décisions. L’autorégulation devrait faire une part du travail puisque les apiculteurs ont eux-mêmes pris conscience que les rendements avaient tendance à plafonner quand ils sont trop nombreux. Cela ne suffira pas. A Paris (2,19 millions d’hab.), en particulier, on estime que la densité est de dix ruches au kilomètre carré, quand la moyenne nationale s’établit à 2,5, un seuil qu’il paraît raisonnable de ne pas dépasser.

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