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[Opinion] Politiques culturelles

Culture et grand âge : l’État fait preuve d’incivisme

Publié le 07/07/2020 • Par Auteur associé • dans : Actualité Culture, France, Opinions

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© Lightfield Sutdios - Adobestock
Essayiste, président de Cémaforre, le pôle de ressources sur la culture et le handicap, et porte-parole d'Agapé, collectif pour les droits culturels et le vivre ensemble, André Fertier dénonce l'oubli dans lequel vivent des centaines de milliers de personnes âgées dépendantes. Cet oubli se traduit, entre autres, par la perte de leur citoyenneté culturelle. Situation à laquelle André Fertier appelle à remédier.

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André Fertier

André Fertier

Président de Cémaforre et porte-parole d'Agapé

Quel choix de société et de politiques culturelles en faveur des personnes âgées voulons-nos pour le monde d’après ? Alors que le Parlement va examiner le projet de loi « grand âge et autonomie » et que des nouvelles équipes municipales vont être installées, saura-t-on tirer les enseignements de ce qu’ont révélé la crise du Covid et certains événements des dernières années sur les moeurs de notre société à l’égard des personnes âgées ?

Conditions de vie concentrationnaires

Dans la 6e puissance économique du monde, pays dit des Droits de l’Homme, il a été annoncé, par divers biais, courant janvier quelques semaines après le début de la pandémie, que les personnes âgées des Ehpad, des services gériatriques et en hospitalisation à domicile ne pourraient pas être prises en charge par les Samu, les services d’urgences et de réanimation. Ce n’est que le 21 mars que le nouveau ministre de la santé, Olivier Véran a ordonné aux ARS de mettre en place une filière gériatrique afin que ces personnes puissent être soignées. De plus, de graves dysfonctionnements ont été constatés dans l’organisation des mesures barrières pour les Ehpad, qui ont mis en danger des personnels et des malades.

Malgré la mobilisation et le dévouement exceptionnel de personnels soignants, de nombreuses personnes âgées sont décédées prématurément et dans de grandes souffrances, n’ayant eu accès aux sédatifs appropriés. Cette crise ravive dans les mémoires les 15000 décès lors de la canicule de 2003 faute d’anticipation, et apporte un éclairage médiatique sur les conditions de vie concentrationnaires réservées à une part importante de la population âgée. Le bilan humain de mauvais choix politiques et de nombreux dysfonctionnements se compte depuis des années en milliers de morts et en fins de vies épouvantables et indignes pour environ un million de personnes âgées.

Nos vieux, nos aînés ont été oubliés

Enfin, tout un symbole, les premiers cas de Covid-19 ont été signalés début janvier 2020, et il a fallu attendre le 2 avril pour que les morts liés à ce virus dans les Ehpad soient pris en considération dans les chiffres annoncés tous les soirs par le directeur général de la santé, Jérôme Salomon. Durant des mois, des personnes âgées, nos vieux, nos aînés, ont été oubliés. Même si les chiffres les concernant n’étaient pas disponibles, il eut pourtant été facile de le signaler de manière à ne pas occulter l’existence de ces décès.

Il est permis de se demander, si dans l’esprit de certains, les résidents d’Ehpad ne faisaient plus tout à fait partie de la communauté nationale, peut-être même de la communauté humaine. S’ils n’existaient pas parmi les morts énoncés, c’était sans doute que déjà, ils n’existaient que bien peu parmi les vivants.

10 milliards d’euros nécessaire pour la dépendance

En France, les pouvoirs publics demeurent depuis des décennies dans l’inertie devant la situation des personnes âgées malgré les alertes successives. Déjà, lors de la canicule de 2003 des centaines de morts étaient enterrés dans des fosses communes sans quiconque pour les accompagner, n’ayant plus aucune attache familiale ni amicale ; leurs condtions de vie indignes ont été dénoncées lors du mouvement des gilets jaunes en 2018 et 2019 par des aides-soignantes, et via des rapports dont celui du Comité consultatif national d’éthique avec son Avis n°128 de 2018 « Quel sens à la concentration des personnes âgées entre elles dans des établissements dits d’hébergement ? ».

En France, les présidents de la république les uns après les autres ont tous annoncé un grand chantier national sur le grand âge, chantier sans cesse reporté. Selon la plupart des spécialistes, environ 10 milliards d’euros seraient nécessaires pour faire face au défi de la dépendance, 10 milliards introuvables depuis si longtemps, alors qu’en quelques jours le gouvernement a su en trouver des centaines pour soutenir l’économie en danger. Pourtant gouverner, n’est ce pas faire des choix, des choix de société ?

Le culte des ancêtres et le respect des aînés ont fait la grandeur des civilisations. Pourtant en France, force est de constater que des centaines de milliers de personnes âgées sont parquées, oubliées et même parfois sacrifiées. Comment accepter que, pour ce monde d’après, perdure cette culture française ?

Faible mobilisation des services publics de la culture

Selon le bilan de l’enquête CSA/Petits Frères des pauvres de 2017, 300 000 personnes âgées sont en état de mort sociale et 900 000 en situation de grand isolement relationnel. Ces constats sont à rapprocher des résultats d’études du ministère de la Culture qui montrent la très faible mobilisation des services publics de la culture en direction des personnes âgées, les inégalités de traitement et les discriminations culturelles qu’elles subissent.

De ce fait, il est très inquiétant de constater que le rapport de Dominique Libault et celui de Jérôme Guedj commandités dans la perspective du Projet de loi Grand âge et autonomie ne questionnent aucunement les politiques culturelles et que le Ministre de la Culture, Franck Riester, n’ait fait aucune déclaration sur ce projet de loi.

L’isolement culturel et la mort sociale de centaines de milliers de personnes âgées interrogent les politiques sanitaires, sociales et médico-sociales engagées, mais aussi l’absence atterrante de politiques culturelles et de l’éducation populaire inclusives à leur égard.

Principe constitutionnel de continuité et d’adaptabilité du service public

Cette mise à l’écart de vastes populations dites vulnérables résulte notamment de la non-application du principe constitutionnel de continuité et d’adaptabilité du service public dans ce domaine de la culture au sein des 7200 Ehpad.

Il s’en suit que dans ces institutions les personnes âgées ont éventuellement pour quelques unes d’entre elles accès à des activités d’arts plastiques, de chant, de danse, mais portées par des personnels de l’Ehpad et des aidants, et non par des professionnels des services culturels et de loisirs situés à proximité. Certes, quelques rares résidents bénéficient de sorties culturelles et çà et là de beaux projets souvent grâce à des artistes intervenant ponctuellement.

Mais comment sont rendus possibles l’accès à des nourritures culturelles au quotidien, l’information via les médias radiophoniques, télévisuels, internet, ainsi que le maintien et le développement de liens sociaux, pour l’ensemble des résidents et non pas pour seulement une poignée d’entre eux ? Il est tout à fait possible d’aménager un environnement capacitant permettant de dépasser les handicaps pour accéder aux pratiques culturelles et de loisirs avec l’apport des nouvelles technologies et les compétences des professionnels de la culture associées à celles des personnels des Ehpad.

Mais sur 1 million et demi de professionnels de la culture que compte ce pays, dont ceux des espaces publics numériques, combien interviennent en Ehpad et aux côtés des services de l’aide à domicile dans le cadre d’une collaboration pérenne et structurée ?

La grandeur de la culture française : Ehpad et services gériatriques ne disposent en général que d’un seul animateur pour cent personnes âgées souffrant de multiples handicaps, aidé de quelques bénévoles et soignants débordés. Et ce, sans le soutien d’un dispositif institutionnel organisant la continuité du Service public de la culture par des coopérations avec ses établissements.

Des centaines de milliers de vieux déchus de leur citoyenneté culturelle

En France, on applique le principe de la Courbe d’Emilienne du nom de cette femme âgée qui s’est laissée mourir à la fermeture brutale de l’atelier où elle venait peindre régulièrement dans son dernier lieu de vie à l’AP-HP. Ce principe est simple : plus vous êtes touchés par des pertes d’autonomie, moins vous sont mis à disposition les moyens publics matériels et humains de la culture. Et à un stade extrême, vous ne bénéficiez plus de quoi que ce soit. Les vieux encore valides ont accès à des offres d’activités dont celles des clubs séniors. Mais à mesure qu’ils entrent dans la perte d’autonomie, ils sortent du champ de vision des responsables des politiques culturelles et de l’éducation populaire. Ils sont peu à peu déchus de leur citoyenneté culturelle.

Pour une conférence nationale culture, grand âge et autonomie

« La Nation garantit l’égal accès de l’enfant et de l’adulte (…) à la culture. » (Préambule de la Constitution de 1946 repris dans celle de la Vè République) mais l’État et les collectivités, ayant la responsabilité de l’effectivité des droits culturels, déchoient des centaines de milliers de vieux de leur citoyenneté culturelle.

Pour garantir des conditions de vie dignes aux personnes âgées, il nous faut rompre avec une approche essentiellement médicale et paramédicale et méditer cette pensée de Charles Gardou tirée de son livre La Société inclusive : « Soignés par tous ils peuvent mourir de n’exister pour personne. » Interrogeons nos choix de société en termes de Vivre ensemble et de culture partagée.

À cet effet, pour que les problématiques soulevées ci-dessus soient prises en considération dans les débats parlementaires à venir, Pourquoi ne pas convoquer une Conférence nationale culture, grand âge et autonomie afin de donner également aux politiques culturelles et d’éducation populaire toute leur place pour un monde d’après plus digne à l’égard des personnes âgées ?

Voilà qui serait utile à la refondation de notre vision et de nos pratiques du vivre ensemble.

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