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Violences policières

« Il faut favoriser une vraie police de proximité »

Publié le 09/06/2020 • Par Nathalie Perrier • dans : A la Une prévention-sécurité, Actu prévention sécurité, France

Mucchielli-Laurent
© Claude ALMODOVAR/LA GAZETTE
Alors que la mobilisation bat son plein contre les violences policières, le sociologue Laurent Mucchielli, livre son analyse sur les dérives racistes et réagit aux annonces gouvernementales. Selon lui, le respect mutuel passe par la restauration d'une police de proximité qui permette à la population et aux fonctionnaires de police de se connaître.

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Alors que le gouvernement affiche une volonté inédite de lutter contre les violences policières et le racisme au sein de la police nationale, plusieurs voix s’élèvent pour demander une réorientation des missions de police au profit de la prévention et du dialogue avec la population.

C’est le cas du sociologue Laurent Mucchielli, directeur de recherche au CNRS (LAMES, Laboratoire méditerranéen de sociologie) et auteur d’un récent ouvrage, « La France telle qu’elle est. Pour en finir avec la complainte nationaliste » (Fayard, 2020)

Depuis le 25 mai et la mort de Georges Floyd aux Etats-Unis, les manifestations se multiplient pour dénoncer les violences et le racisme policier. Quelle est votre réaction à ce vaste mouvement de contestation ?

C’est très bien de s’indigner des violences policières commises aux Etats-Unis. Mais sommes-nous capables de faire pareil en France ? Regardez la levée de boucliers qu’a suscité les propos de la chanteuse Camélia Jordana (NDLR : le 23 mai, lors de l’émission « On n’est pas couché », sur France 2, la chanteuse disait : « Il y a des hommes et des femmes qui se font massacrer quotidiennement en France, tous les jours, pour nulle autre raison que leur couleur de peau. » et « Il y a des milliers de personnes qui ne se sentent pas en sécurité face à un flic, et j’en fais partie »). Ses propos étaient évidemment trop émotionnels, mais ils soulèvent un vrai problème. Dire « la police est raciste » est faux, mais dire « la police n’est pas raciste parce qu’elle est républicaine » est faux également. Il faut réfléchir tranquillement à une réalité qui n’est ni blanche ni noire, mais souvent grise.

Quelle est la réalité de ces violences ?

Il n’y a évidemment pas de statistique des violences policières et il est souvent difficile de qualifier les faits. Où finit l’usage légitime de la force et où commence la violence gratuite ? Où finit le hasard malheureux et où commence l’accident provoqué ? Pour rappel, la plupart des émeutes en France font suite à la mort ou la blessure grave de jeunes dans des courses poursuites. Un exemple récent : les tensions, fin avril, entre les habitants de Villeneuve-la-Garenne (Hauts-de-Seine) et la police sont intervenues après un accident (ou pas) impliquant un jeune motard et la police (NDLR : Une enquête a été ouverte par le parquet de Nanterre et l’IGPN a été saisie).

Qu’en est-il du racisme au sein de la police ?

Il y a plusieurs niveaux d’analyse. D’abord, il y a dans la police des personnes qui ont des opinions d’extrême-droite racistes. C’est vrai dans l’ensemble de la société, la police n’y échappe pas. Selon les commissariats et les unités, ces personnes sont plus ou moins nombreuses et se sentent donc plus ou moins légitimes à exprimer ces opinions.

Ensuite, il y a des pratiques discriminatoires sans intention raciste. Les études des sociologues sur les contrôles au faciès sont sans appel. On a beaucoup plus de risques de se faire contrôler quand on est jeune, « noir » ou « arabe », vêtu d’un sweet à capuches, etc. Ceci traduit des préjugés qui font partie du métier de policier de rue, et sont largement indépendants des opinions individuelles. Le fondateur de la sociologie de la police, Dominique Monjardet, l’avait montré : il y a des mécanismes de discrimination qui sont comme intégrés à la socialisation professionnelle. Ce qui les rend très difficile à combattre.

Le 5 juin, le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire pour « injure publique à caractère raciste » et « provocation publique à la haine raciale », suite à la découverte de messages racistes publiés sur Facebook et attribués à des membres des forces de l’ordre…

L’analyse de ces forums de discussion montre effectivement la prégnance des propos racistes. Des études locales ont montré par ailleurs un vote élevé en faveur de l’extrême droite chez les policiers, comme chez les militaires d’ailleurs. Et il faut bien préciser aussi que cela ne concerne pas que les agents de base, ça concerne tout autant la hiérarchie. Encore une fois, ce n’est pas étonnant. La question clef, c’est de savoir quelles sont les conséquences de ces opinions sur le comportement individuel et collectif. On peut y réfléchir en se demandant en sens inverse : qu’est-ce qui peut empêcher les opinions racistes de se traduire par de la discrimination voire de la violence ?

Le racisme imprègne aussi une partie de la société française…

Oui, et au-delà des opinions racistes au sens biologique (contre les Noirs, les Arabes, les Juifs), il y a deux autres problèmes au moins aussi importants. Le premier est le racisme anti-musulman (islamophobie), le deuxième est l’espèce de racisme social que constitue le regard négatif porté globalement sur ce qu’on appelle « les banlieues » dans le débat public.

Au fond, la société française produit globalement de la suspicion sur les habitants de ces quartiers, comme s’il s’agissait de citoyens moins respectables que les autres. Cela ne peut que produire l’idée qu’on peut dès lors se comporter de façon moins respectueuse envers eux. Et cela explique aussi pourquoi certains policiers ne se comportent pas de la même manière selon les personnes qu’ils contrôlent, et selon les endroits dans lesquels ils effectuent ces contrôles.

Que faut-il faire selon vous pour apaiser les rapports police/population ? Comment réagissez-vous aux annonces de Christophe Castaner lundi soir ?

Ce que les politiciens ne semblent pas comprendre c’est que les leçons de morale ou de déontologie ne servent pas à grand-chose, elles calment momentanément les choses mais ne changent rien dans la durée. Pour agir durablement, je pense qu’il faudrait d’abord briser l’omerta en trouvant un moyen pour que les hommes et les femmes qui désapprouvent le comportement de certains de leurs collègues puissent le dire sans avoir peur de passer pour des traitres.

Il faudrait également que les syndicats de police soient capables de sortir de cette posture clanique consistant à défendre systématiquement le « corps policier » contre vents et marées. Ensuite, l’irrespect voire la violence sont toujours facilités par l’anonymat et au contraire contenus par l’interconnaissance.

La police de proximité a toujours atténué ces tensions. Des deux côtés d’ailleurs. Car le jeune qui a été mal traité par des policiers sera à son tour maltraitant envers les policiers par la suite. C’est ce cercle vicieux de la vengeance et de la violence qu’il faut briser par le dialogue et l’interconnaissance qui fabriquent en retour du respect mutuel. Malheureusement, la police de proximité ne s’est toujours pas remise du traumatisme de 2002, quand Nicolas Sarkozy a en substance dit aux policiers qu’ils n’étaient pas là pour discuter mais pour interpeller. Et nous avons tous constaté avec le mouvement des gilets jaunes que cela ne concernait pas seulement la sécurité publique mais aussi le maintien de l’ordre.

Justement. La PSQ, lancée en 2008, est censée être cette police de proximité destinée à « renouer les liens entre la police et la population »…

Ce n’est pas le cas. On a fait des aménagements dans le management des effectifs, mais on n’a pas vraiment changé la doctrine ni la façon de travailler.

Les polices municipales s’autoproclament souvent « vraie police de proximité », en lien quotidien avec les habitants. Elles sont aujourd’hui en plein essor et se voient de plus en plus confiées des missions judiciaires. Ce glissement ne risque-t-il pas de peser sur leurs relations avec la population ?

 L’évolution n’est pas rassurante. En théorie, la police municipale a devant elle un boulevard pour être la vraie police de proximité, au contact quotidien et prolongé avec la population. Mais en pratique elle se développe de plus en plus en imitation des nationales avec une course à l’armement, le travail de nuit, l’enfermement dans les voitures au lieu des patrouilles à pieds… Du coup, cela dépend de plus en plus des consignes données par les maires et des recrutements qui sont faits tant au niveau des chefs de police que des agents de base. En quelques années, une culture de la proximité peut disparaître et une situation bien gérée peut devenir tendue.

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Commentaires

« Il faut favoriser une vraie police de proximité »

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Duzanski

10/06/2020 02h51

Bonjour Monsieur,
Par le biais de ce mail, je souhaitais vous répondre. Je suis BCP (issue du concours), MMA en police municipale. J’ai 20 d’expérience dans la corporation. Je suis actuellement en poste dans une commune de 93000 habitants dans le sud-est. J’ai 53 ans et je suis d’origine étrangère de par mon père.

A la lecture de votre article comme tant d’autres, je n’arrive toujours à comprendre le concept de la police de proximité ! Vous ne donnez aucune exemple. Je vous rappelle que le législateur a écrit en grande lettre »POLICE et municipale en plus petit. Avant la déviance démagogique des politiques à partir des années 1990, « Municipale » dans Police Municipale indique une notion de territoire et c’est tout ! Après la politique a fait le reste comme les maires l’ont reconnu beaucoup plus tard. Les pouvoirs publics nous interdisaient d’entrer dans les cités à titre d’exemple. PM était synonyme d’aucun travail.

Qu’entendez vous par proximité ? J’ai participé à quelques expériences de prévention (les motos de cross, l’ouverture de salle de sport, de terrain de sport, des femmes battues, de ne plus faire des refus d’obtemprérer par exemples). A chaque fois cela a été un échec retentissant. Il ne faut pas embaucher des PM mais alors peut-être des éducateurs sociaux, sportifs etc…Je n’ai jamais constaté une très grande réussite de leurs actions. Le résultat a été plutôt limité.

Ensuite, ce n’est pas parce que vous portez un uniforme que vous ne pouvez pas faire preuve de discernement. Des racistes, il y en a partout et à tous les niveaux. Il faut les sanctionner très très lourdement. Dites-moi, Monsieur, comment je fais devant une verbalisation, une intervention qui tourne mal, pour interpeller un individu qui ne se laisse pas faire ? D’autant que certaines communes par refus idéologique, refuse d’équiper les PM d’armes intermédiaires. Là aussi, je vous rappelle que le fait de porter une arme, ne vous empêche pas de faire preuve de pédagogie. Expliquer moi comment je fais quand des familles dans des cités qui veulent dormir tranquillement , font appel à nos services pour faire partir des jeunes du hall d’entrée et ce plusieurs fois dans la vacation qui cherche qui ?

Pourquoi vous parlez du jeune qui cherche à se venger du policier car celui-ci l’a malmené en dehors de tout cadre légal ? Et pourquoi pas l’inverse ? C’est à dire que c’est le jeune qui harcèle le policier qui cherche à faire son travail !
La prévention comme en entreprise doit se mesurer tant sur le plan des résultats que sur le plan financier. Et il ne faut pas avoir peur de nomme les choses. Par exemple, comme dans tous les pays du monde, un immigré va en baver et cela sur plusieurs génération avant de devenir pour nous un vrai « Gaulois ». Je vous invite à vous renseigner sur les droits des immigrés des années 30. Nous sommes loin des conditions de vie actuelle de la majorité des immigrés. J’ai également tenté pendant 2x 6 mois sur des territoires différents avec 2 PM différents des expériences de police de proximité. Ces personnes, sous couvert du maire, se gargarisait de régler les problèmes et d’être une source d’information pour les forces étatiques. Les résultats ont été nuls. Cela relevait plus de la fainéantise, de la démagogie personnelle et politique. Le seul résultat a été de donner une image pitoyable de nos missions.
J’ai démontré par des grilles d’évaluation que lors d’une verbalisation (action répressive), à pieds, en voiture, en VTT, cela nous a permis de prendre contact avec un nombre de personnes très diversifié (touriste, renseignements locaux sur les bus etc….). De nombreux maire appelle la police de proximité en fait une police « qui brûle du Gaz-oil ». Combien de maire m’ont refusé des projets basés sur la prévention, combien de maires m’ont interdit de patrouiller à pieds dans les cités.

Enfin, vous ne pouvez nier le fait que l’Etat est obligé de renforcer sans arrêt son pouvoir de verbalisation. Juste le dernier exemple : Nous n’arrivons pas à éradiquer les portables au volant. Et pourtant je ne compte plus les campagnes TV, presse etc….Il a du renforcer la sanction de cette infraction. Et regardez pour les EPM (trotinettes)….Le législateur a du réglementer ce véhicule. Un autre exemple ? Les déchets…les masques, les mégots etc…nous allons passer à 135 euros.

A une époque où la PM occupe le terrain, l’administré fait de plus en appel à nos services. Nous rencontrons de plus de situations compliquées. Le police baching nous concerne. Le public ne fait plus de différence entre la PN et la PM. Alors peut être que cette police démagogique et non pas de proximité peut se faire dans des petits villages

Voilà, je suis ouvert et prêt à tester à certaines de vos solutions.
Vous remercie
M. DUZANSKI Eric
0624691867

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