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[Face-à-Face] Crise sanitaire

Les collectivités vont-elles sauver la France ?

Publié le 15/05/2020 • Par Jean-Baptiste Forray Romain Gaspar • dans : A la une, France

Aurélien Bernier, auteur de "L'Illusion localiste" à gauche et Romain Pasquier, politologue à droite
Aurélien Bernier, auteur de "L'Illusion localiste" à gauche et Romain Pasquier, politologue à droite J.M. Nossant/La Gazette et J. Sevrette/Andia
Le roi est nu. Face à la crise du Covid-19, l'Etat se montre incapable d'assurer son rôle, comme l'illustre sa gestion erratique de l'approvisionnement en masques. Pour autant, les collectivités peuvent-elles prendre sa place pour éteindre l'incendie et relancer une machine économique ? Les politologues Aurélien Bernier et Romain Pasquier en débattent pour « La Gazette ».

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L’un est un spécialiste des régions qui vante les vertus du modèle de santé des Länder allemands. L’autre est un politologue militant qui, dans un ouvrage récent, « L’Illusion localiste » (Editions Utopia, janvier 2020), dénonce « l’arnaque de la décentralisation dans un monde globalisé ». A l’heure où le pays poursuit son déconfinement à pas comptés, Romain Pasquier, directeur de la Chaire Territoire et mutations de l’action de l’action publique à l’IEP de Rennes et Aurélien Bernier confrontent leurs points de vue sur l’action des pouvoirs publics face à la pandémie (*).

La crise du Covid-19 n’est-elle pas aussi une crise du centralisme français ?

Romain Pasquier : En termes de santé publique, la faillite de l’Etat est totale. L’hypercentralisation de la décision au plus haut sommet de l’Etat s’est traduite par des retards sur tous les enjeux majeurs, de l’équipement des hôpitaux aux stratégies territoriales à mener. La marque ultime de ce mode de gouvernement vertical a été le confinement généralisé. Il a été arrêté dans la précipitation, sans prendre en compte les régions très peu touchées par le virus qui auraient pu maintenir une activité de base. Du jour au lendemain, l’économie a été plongée dans un trou noir. La récession en France sera l’une des pires en Europe. Dans le même temps, la mortalité due au Covid-19 est l’une des plus élevées dans notre pays.

Aurélien Bernier : C’est avant tout la crise de l’Etat libéral et d’une ligne « austéritaire » assise sur la réduction des dépenses publiques par tous les bouts. Ce sont les lits d’hôpitaux que l’on a fermés. C’est aussi la désindustrialisation qui fait qu’en France, on n’est plus capable d’assembler un morceau de tissu et deux élastiques pour faire des masques.

Romain Pasquier : Les stocks de masques ont été transférés pour des raisons exclusivement budgétaires aux collectivités et aux entreprises, sans que soit clarifié le rôle des unes et des autres. Dans cette crise, ils resteront, pour l’Etat, comme le sparadrap du capitaine Haddock. N’oublions cependant pas que notre pays a aussi souffert, ces dernières semaines, d’une embolie organisationnelle. Son action a été entravée par un conglomérat d’entités qui ne se sont pas coordonnées, des conseils scientifiques aux agences régionales de santé en passant par Santé publique France et les préfectures.

Aurélien Bernier : Quand j’entends des experts dire que, pour gérer l’après-crise, il suffira d’innovation et de décentralisation, je me dis que c’est un rideau de fumée. On cherche à évacuer le sujet de la casse des services publics. Les territoires ruraux sont abandonnés depuis des années par l’Etat. La politique de métropolisation fait que certains territoires s’en sortent quand d’autres sont à bout. L’Etat n’assure plus la solidarité territoriale et ce ne sont pas les transferts de compétences qui permettront de régler ce problème. La régionalisation ou l’intercommunalité ne remplacent pas des politiques nationales pour rééquilibrer les choses entre des territoires qui s’en sortent plutôt bien dans la mondialisation et ceux qui sont en train de s’effondrer.

L’Etat n’a-t-il cependant pas évolué, accordant désormais davantage de place à la « différenciation territoriale », avec l’apparition des départements rouges et verts ?

Aurélien Bernier : Cela ne change pas grand-chose. Le choix, en France, a été fait de confiner et de déconfiner de la même manière sur l’ensemble du territoire. La gestion de la crise, de toutes les manières, n’est pas forcément liée à l’organisation administrative des pays. En Espagne, pays très décentralisé, le ministère de la Santé a totalement pris les choses en main. J’ajoute qu’un Etat centralisé peut très bien choisir de distinguer différents types de territoire et d’appliquer des mesures distinctes en fonction des départements, des régions, des zones, suivant des critères sanitaires.

Romain Pasquier : Je crois, malgré tout, que les départements verts et rouges sont une façon de renouer le dialogue avec les collectivités locales. Un grand classique. Lorsque l’Etat perd pied, hier avec les « gilets jaunes », aujourd’hui avec la crise sanitaire, il en appelle aux élus locaux qui, au passage, ne l’ont pas attendu pour agir et commander des masques ou organiser des petites filières pour installer du plexiglas dans les commerces. C’est le retour du couple préfet-notable, pointé par Michel Crozier à la fin des années 60. Malgré une fragmentation communale unique au monde, cette courroie de transmission fonctionne sur le strict plan de l’ordre public. C’est grâce à la double casquette des maires, qui sont à la fois officiers de police judiciaire et présidents d’exécutif local. En revanche, ce couple n’est plus du tout adapté pour relancer la machine. Les préfets connaissent assez mal l’économie locale et les maires interviennent à une échelle trop petite. Les intercommunalités et les régions sont les mieux placées pour investir massivement. Ce serait une petite révolution copernicienne.

Aurélien Bernier : A partir de constats justes pour ancrer le développement économique dans les territoires, on arrive à faire quelque chose de pervers. Car, pendant ce temps-là, les politiques libérales continuent au niveau de l’Etat et de l’Europe. Les vraies décisions en matière d’économie ne se prennent pas du tout localement. Mais les collectivités se font concurrence pour attirer les entreprises, les habitants. Il y a une compétition territoriale terrible. Le marketing territorial a complètement explosé ces dernières années parce que les territoires cherchent à attirer les investisseurs.

Mais l’Etat est-il prêt à donner la main aux pouvoirs locaux ?

Romain Pasquier : Les collectivités risquent de se heurter à une bureaucratie tatillonne qui se manifeste ces dernières semaines par des trains d’ordonnances à n’en plus finir. On l’a bien vu dans un autre domaine : l’école, avec un protocole sanitaire ultraprécis de 63 pages. La tentation est toujours grande, du côté du gouvernement, de transformer les collectivités en simples opérateurs de service public. Mais les maires ne se laissent pas faire. Ils disent « non » à certaines réouvertures d’école et à la fermeture généralisée des plages décidée à des centaines de kilomètres de chez eux. Le combat n’est pas terminé. Quand Anne Hidalgo veut rouvrir les parcs et jardins pour donner davantage d’espace à la population, elle subit un veto du ministre de la Santé. L’Etat n’a toujours pas intégré que les élus locaux et les collectivités pouvaient incarner le service public et les pouvoirs publics. Le spectacle que donne l’organisation à la française dans cette crise est à proprement parler édifiant.

Aurélien Bernier : Nous avons, dans cette crise, des collectivités « rustines » qui essayent, avec énormément de mérite et d’attachement à la notion de service public, de compenser ou d’amortir le désengagement de l’Etat. Du coup, elles font du social, mais avec des moyens souvent limités et des résultats qui ne sont pas au rendez-vous.

Les collectivités ne marquent-elles pourtant pas des points aux yeux de l’opinion ?

Aurélien Bernier : On est dans une crise sanitaire. Du fait de leurs compétences, les communes, les départements et l’Etat se retrouvent sur le devant de la scène. C’est assez logique.

Romain Pasquier : Les communes, les intercommunalités, les départements et les régions sont beaucoup plus réactifs que l’Etat. Très tôt, ils ont pris les devants pour équiper la population en masques. L’Etat s’est révélé un mauvais logisticien et souvent un mauvais payeur. Il est même allé jusqu’à court-circuiter les collectivités sur les tarmacs des aéroports où était livré le matériel.

La crise n’a-t-elle pas accru les inégalités territoriales ?

Aurélien Bernier : Pour l’instant non, car les zones les plus pauvres, les plus rurales, sont moins touchées par l’épidémie. Mais quand la question sanitaire sera réglée, on se trouvera dans une crise économique qui s’annonce violente. La concurrence entre collectivités risque d’être pire. En Espagne, par exemple, on a déjà eu affaire à des discours presque sécessionnistes avec des régions qui ont demandé l’autorisation de fermer leurs frontières. Dans un contexte de crise économique, le chacun pour soi va être assez terrible. Sauf bouleversement politique à la suite de mouvements sociaux, il ne peut pas y avoir de réelle solidarité territoriale dans ce cadre libéral.

Romain Pasquier : Les collectivités métropolitaines dépensent déjà souvent plus que les autres dans le domaine de la santé, c’est vrai. Mais redisons-le : elles sont aussi plus touchées par le virus que les territoires où l’habitat est plus dispersé. Leur action en matière de santé publique mérite d’être saluée. Plutôt que de déployer des inspecteurs généraux des affaires sanitaires et sociales, les métropoles regardent les expériences qui ont permis de casser les chaînes de contamination grâce à des tests, dans le land de Bavière ou en Vénétie italienne, par exemple. Plus que le système fédéral qui a montré ses limites aux Etats-Unis et en Belgique, c’est le modèle territorialisé de santé publique qui permet de mener les stratégies les plus proactives contre le Covid-19.

 

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