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Ville intelligente

Google city à Toronto : « J’aurais adoré voir ce quartier fonctionner, mais détesté y habiter »

Publié le 15/05/2020 • Par Laura Fernandez Rodriguez • dans : France

jacques-priol-google-toronto
DR
C’est un revirement pour le moins inattendu : Sidewalk Labs, filiale d’Alphabet, maison-mère de Google, a fait savoir le 7 mai qu’elle renonçait à son projet d’aménagement d’un quartier de Toronto, sur lequel elle planchait depuis plus de deux ans et pour lequel elle avait investi 50 millions de dollars. Jacques Priol, fondateur du cabinet Civiteo et consultant pour la ville de Toronto dans ce dossier, revient sur les raisons véritables de cette décision et en tire les leçons pour imaginer des villes intelligentes plus démocratiques.

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Cet article fait partie du dossier

Smart city : les clés de la ville intelligente

50 millions de dollars et puis s’en va. Dans un billet publié sur Medium le 7 mai, Daniel Doctoroff, DG de Sidewalk Labs, est revenu sur les raisons qui ont finalement conduit Google à abandonner un projet d’aménagement de cinq hectares d’un quartier de Tonroto, qui suscitait par ailleurs une forte défiance chez certains Torontois.

Les motifs avancés par Doctoroff sont principalement imputables à la crise actuelle et ses répercussions sur le marché immobilier de la Ville, rendant le projet difficilement viable sans devoir renoncer à des aspects essentiels selon lui. Jacques Priol, fondateur du cabinet Civiteo et consultant pour la ville de Toronto dans ce dossier, a fait le point pour la Gazette sur cette décision.

Quel a été votre lien avec le projet entrepris par Google pour aménager un quartier de Toronto ?

En tant qu’expert de la gestion des données publiques notamment dans le cadre des smart city, j’ai participé à un certain nombre d’étapes du projet, et notamment des temps de consultation et de concertation, de façon bénévole.

Google m’a sollicité pour tester certains aspects du projet en France, et notamment un dispositif conçu pour le projet de Toronto, et destiné à informer les citoyens sur l’utilisation de leurs données. J’ai refusé leur proposition, et j’ai ensuite été approché par l’entreprise Open North, travaillant avec la ville de Toronto pour aider la ville à définir sa propre doctrine en matière de gestion des données personnelles, de sorte à ce qu’elle puisse l’imposer à tous les opérateurs sur son territoire, y compris à Google sur ce quartier de Quay Side. Je publie enfin le livre  « Ne laissez pas Google gérer nos villes », aux éditions de l’Aube, qui paraîtra prochainement hors commerce du fait de la situation actuelle.

Quelle est votre analyse des raisons véritables qui ont conduit Google à abandonner ce projet ?

Il faut savoir lire entre les lignes et aller au-delà du motif officiel. Dans ce communiqué, Sidewalk Labs indique que les conditions économiques n’étaient pas réunies pour pouvoir rentabiliser le projet sur 5 hectares ; sachant que leur proposition sur 77 hectares avait été refusée par Waterfront Toronto, l’autorité locale (1) chargée de se prononcer sur le projet. Leur modèle n’aurait sûrement pas été viable sur 5 hectares… même sans la crise. Google avait déjà dépensé 50 millions de dollars dans la conception de ce projet de quartier intelligent en deux ans de travail ! La question des données personnelles est aussi très importante : elle a fait polémique du début à la fin du projet, malgré le cadre très contraignant imposé à Google. La population n’a pas confiance en Google pour gérer des données personnelles, et on voit mal comment ils auraient pu résoudre ce problème. Donc peut-être que le projet aurait pu être validé par Waterfront Toronto en juin prochain, mais à des conditions tellement contraignantes que Google n’y aurait pas trouvé son compte. De ce point de vue, la crise provoquée par le Coronavirus leur offrait le prétexte de partir.

Qu’aurait-il fallu pour que Google y trouve son compte ?

Que le prototype sorte de terre et devienne une vitrine mondiale. Que prenne vie leur modèle de gestion et de gouvernance des données, pensé pour être duplicable dans toutes les cultures. Ils espéraient un prototype à l’échelle 1, et pouvoir le déployer partout dans le monde. Il faut quand même souligner qu’il s’agissait d’un vrai projet urbain, avec des immeubles révolutionnaires dans leur conception, un système de distribution de l’énergie très sophistiqué, tout comme le traitement des déchets, de multiples capteurs IoT… Bout à bout, tout cela formait un concentré d’innovations technologiques, de conception, d’architecture absolument bluffant. Peu d’acteurs sont capables de dépenser 50 millions de dollars pour faire un état de l’art et même plus à l’échelle 1 !

Pour autant, vous avez pris parti et vous estimez que ce n’est pas Google qui doit gérer les villes ?

C’est vrai ; j’aurais adoré voir ce quartier fonctionner en vrai, mais j’aurais détesté y habiter ! J’estime, tout comme une partie des opposants au projet, que ce n’est pas le métier d’un géant du numérique de gérer de grandes fonctions urbaines. Imaginer un quartier, son fonctionnement, les transports, les déchets, ce sont des métiers au temps long. Tandis que Google invente un modèle et le colle quelque part : ils n’ont pas cette notion dans leur culture d’entreprise.

Quels sont les risques inhérents à une telle approche ?

Grâce à leur force de calcul et l’utilisation des données, ils imaginent pouvoir construire à partir de rien un système qui défende l’intérêt général. Or, l’intérêt général doit être décidé par les citoyens, notamment via la politique et les élections ; ce n’est pas à un opérateur privé, aussi brillant soit-il, d’imposer un modèle. C’est donc un problème démocratique. De plus, faire confiance à l’IA et les data pour connaître les comportements humains, les modéliser et même les optimiser ne concourt pas à l’intérêt général. C’est l’exemple de Waze ; faire gagner quelques minutes à des automobilistes individuellement n’engendre pas un gain collectif, il n’y a qu’à voir certaines zones pavillonnaires ou de sorties d’écoles d’un seul coup envahies de voitures. Ou bien, aux Etats-Unis, les études sur Uber et Lyft qui montrent qu’en réalité, en satisfaisant à des demandes individuelles, ces opérateurs ont engorgé la circulation et généré une pollution supplémentaire. Quoi qu’ils en disent, ces géants du numérique, lorsqu’ils investissent, traitent nos comportements d’habitants et de citoyens comme des comportements de consommateurs.

Quel retour d’expérience les collectivités désireuses de se lancer dans ce type de projets peuvent en tirer depuis la France ?

C’est l’un des aspects que j’aborde dans mon livre : il faut être honnête, aucun projet de smart city ailleurs dans le monde et a fortiori en France n’a autant réfléchi à la protection et aux conditions d’utilisation des données que celui-ci. Parce que c’était Google, citoyens, militants, institutions et collectivités ont souhaité mettre des garanties extraordinairement fortes avec des dispositifs sophistiqués n’existant nulle part en France. Nous sommes en retard sur ces civic data trust, cette construction de cadres de confiance et sur l’implication citoyenne dans la gouvernance des villes intelligentes. Nous sommes en train de construire des villes intelligentes qui, si l’on n’y prend pas garde, seront de moins en moins démocratiques. Google avait l’ambition de créer un modèle de ville qu’il aurait pu imposer dans le monde entier ; je crois qu’il faut inventer un contre-modèle, réfléchi au niveau international.

Cet article fait partie du Dossier

Smart city : les clés de la ville intelligente

Sommaire du dossier

  1. Google city à Toronto : « J’aurais adoré voir ce quartier fonctionner, mais détesté y habiter »
  2. Et si la ville intelligente n’était pas connectée ?
  3. Le trottoir, nouvel eldorado de la smart city ?
  4. Les livraisons de l’e-commerce mettent le bazar en ville
  5. La ville de Montréal veut réguler l’intelligence artificielle et se rêve en chef de file mondial
  6. La ville selon Google est-elle transposable en France ?
  7. Innovation : quatrième édition pour Datacity qui va changer d’échelle
  8. Ville intelligente : une modélisation des impacts à affiner
  9. L’information est la matrice de la ville intelligente
  10. Smart city : bientôt une bataille de la donnée
  11. Les villes moyennes peuvent aussi être des villes intelligentes
  12. Ville intelligente : les enjeux du financement de la numérisation des collectivités
  13. Rueil-Malmaison mise sur la blockchain
  14. Construire son smart territoire, intelligemment
  15. Smart city : rassembler les données en vue de piloter la ville
  16. La smart city, du rêve à la réalité
  17. Traiter les données, un défi pour construire les territoires intelligents
  18. Les intelligences de la smart city
  19. Le potentiel d’un territoire révélé grâce aux données
  20. Smart city : les données utilisées doivent être interrogées
  21. A l’étranger aussi, les villes testent et se transforment en laboratoire
  22. Data city : duel public-privé autour de la donnée locale
  23. Data city : A l’heure des data, « l’ubérisation » de l’intérêt général menace
  24. Data city : équipes, outils, budget…, à chaque collectivité son organisation
  25. Les grands moyens pour redynamiser une ville sur le déclin
  26. Data city : « Une nouvelle structure de confiance pour superviser le traitement des données »
  27. La smart city, à quel prix ?
  28. Services urbains numériques : la clé, c’est le partage des données
  29. Smart city : « L’hyper-technicisation laisse peu de place au citoyen »
  30. Les promesses à double tranchant de la ville intelligente
  31. Avec son contrat multiservice, Dijon dessine la ville d’après-demain
  32. Les collectivités locales méconnaissent les métiers du numérique
  33. « Permettre aux collectivités d’avoir accès à des données collectées par des acteurs privés »
  34. Les collectivités désarmées face à Uber et Airbnb
  35. A la recherche du citoyen intelligent
  36. Une smart city de 10 000 habitants, c’est possible et rapidement rentable
  37. La ville intelligente, une big mother en puissance ?
  38. La smart city, ce n’est pas que pour les grandes villes !
  39. La ville numérique : progrès social ou empilement technologique ?
  40. « Il faut rendre la smart city humaine »
  41. « Il faut créer un statut pour les données d’intérêt territorial » – Luc Belot
  42. La Smart city à la recherche de modèles économiques
  43. « La smart city doit être construite avec le citoyen » – Gaël Musquet
  44. La smart city, un concept qui a du mal à éclore
  45. Retour sur investissement : la smart city est-elle une bonne affaire ?
  46. Google, fournisseur officiel de services publics
  47. « Smart water » : comment le partenariat entre Veolia et IBM préfigure l’évolution des services urbains
  48. Maîtriser la donnée, un enjeu central pour la ville intelligente
  49. L’innovation ouverte, un concept au cœur de la ville intelligente
  50. Living Labs : l’innovation par l’usage
  51. Éclairage public : vous avez dit smart ?
  52. Objets connectés : de l’optimisation de coûts aux services de demain (1/4)
  53. Les objets connectés, mais de quoi parle-t-on ?
  54. Objets connectés : « C’est à chaque collectivité de définir les solutions qui lui semblent pertinentes » (4/4)
  55. L’entrepôt de données publiques-privées, prochain graal ou nouvelle usine à gaz ?
  56. Smart city, smart passoire potentielle
  57. Objets connectés : le regroupement des données aide à mieux œuvrer pour le bien commun (2/4)
  58. Pense-bête pour sécuriser sa ville intelligente
  59. Smart city : un portage politique fort pour monter des projets transversaux
  60. Objets connectés : un développement tous azimuts exige des démarches cohérentes (3/4)
  61. Smart city : la formation des agents, un passage obligé pourtant négligé
  62. Smart city : « Réfléchir avec attention, de façon collective et sciemment » aux objectifs assignés à la technologie
  63. La communauté urbaine de Lyon met les données au coeur de sa stratégie smart city

Notes

Note 01 entité regroupant la Ville de Toronto, la province et l’Etat fédéral Retour au texte

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