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DÉCONFINEMENT
«Cette crise révèle à quel point les villes sont indispensables en matière de santé»
Véronique Vigne-Lepage | France | Publié le 13/05/2020

Les communes et leurs partenaires ont un rôle central à jouer pendant la période de déconfinement, assure Marianne Auffret, vice-présidente de l'association Elus, santé publique et territoires. Egalement adjointe à l'urbanisme et à la santé du 14e arrondissement de Paris, elle milite pour que les élus prennent conscience que la santé interfère sur toutes les politiques publiques, voire les conditionne. Entretien.

marianne auffret [1]

« Un véritable soutien aux dynamiques territoriales de santé ». C’est ce à quoi appelle la tribune co-signée le 20 avril [2] par l’association Elus, santé publique et territoires (ESPT), la plateforme Fabrique territoires santé et le Réseau des villes-santé OMS.

Selon eux, les Ateliers santé ville (ASV) et Conseils locaux de santé (CLS) ou de santé mentale (CLSM) n’ont pas été « systématiquement associes par les autorités sanitaires dans leur stratégie d’urgence». Or, non seulement la crise a exacerbé les inégalités sociales de santé, mais le déconfinement risque encore de révéler des impacts graves et durables sur la population, notamment des quartiers populaires. Il est donc urgent de redonner à ces dynamiques territoriales de santé une place déterminante et des moyens d’action, explique Marianne Auffret, vice-présidente d’ESPT, qui veut aussi sensibiliser ses confrères à cet enjeu.

Quels sont, selon vous, les grands enjeux de la période du déconfinement qui s’ouvre ?

Dans ma ville et mon arrondissement, comme peut-être partout, ce sont les services municipaux qui sont en première ligne. Pendant le confinement, ils ont eu à gérer beaucoup de questions sur l’alimentation, notamment des plus précaires. Mais à présent, c’est la manière dont ils auront préparé de nombreux lieux publics qui fera que le virus se transmettra ou pas. C’est là un rôle extrêmement important et c’est exactement cela, la santé publique : agir sur les lieux revient à agir sur un déterminant de santé.

Au sein de l’association Elus, santé publique et territoires, nous sommes tous sidérés de voir à quel point tout ce que nous avons porté depuis des années se révèle là : ce sont les villes qui ont les manettes, on ne peut rien faire sans elles.

Quel peut être l’apport des ASV, CLS et CLSM ?

On a insuffisamment utilisé l’expertise de ces acteurs qui, tout au long de l’année, partent du terrain pour voir ce qu’il est possible de mettre en œuvre pour augmenter la valeur des déterminants de santé. On sait très bien, par exemple, que les revenus et l’éducation sont des facteurs qui influent de façon écrasante sur la santé. Or, s’il est normal qu’on ait géré les urgences en matière de soin, il est peut-être temps que les ASV, dont l’existence même repose sur le niveau de revenus dans un quartier, soient mobilisés pour aller voir comment vont les habitants de ces territoires. Du fait du non-recours aux soins et de l’isolement, on en vient à découvrir que des personnes sont mortes seules à domicile…

Quant aux questions de santé mentale, elles vont être centrales, avec des problématiques de stress post-traumatique. Cela sera vrai dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville, mais aussi dans d’autres, avec des personnes âgées soumises à l’injonction contradictoire de sortir s’aérer tout en restant confinées. Si l’on ne veut pas devoir augmenter fortement les moyens de la psychiatrie publique, il va falloir organiser la santé mentale communautaire. Les CLSM en ont le potentiel, puisqu’ils réunissent les élus, les organisations sociales et les établissements psychiatriques.

Ces acteurs locaux ont-ils suffisamment de moyens face à ces défis ?

Dans notre tribune, nous appelons à redonner des moyens d’action pour ces dynamiques territoriales. Ce que nous craignons, à présent, ce n’est pas que les gens meurent du Covid-19, mais de toutes les pathologies chroniques non traitées. Des centres de santé font état d’une chute d’activité jusqu’à 80% ! Or pour aller au-devant des personnes, pour réorganiser la prévention, il va être difficile d’agir à moyens constants. Comme tout le secteur associatif, les structures œuvrant dans la santé publique ont été affectées par la baisse des emplois aidés. Or lorsque les associations sont appauvries, nous, communes, voyons aussi nos moyens d’action globaux appauvris.

Avant la crise, ESPT préparait un plaidoyer pour les élus intitulé « La santé vous concerne ». Est-il difficile de les sensibiliser à cette question qui n’est pas une compétence obligatoire ?

Nous préparions ce plaidoyer pour répondre à un besoin conjoncturel : plusieurs d’entre nous, très investis dans l’association, ne nous représentions pas. Mais plus généralement, il n’est pas évident de sensibiliser à ce sujet, parce qu’il nous faut d’abord déconstruire l’idée que la santé se résume au soin.

Ceci dit, on peut espérer que la crise pousse les élus à ne plus la considérer comme un sujet parmi d’autres, mais bien comme celui qui détermine la faisabilité de toutes les autres politiques publiques. La maire du 14e arrondissement de Paris, par exemple, qui m’a pourtant toujours prêté une oreille attentive, vient de me confier qu’elle réalise seulement maintenant à quel point ce sujet est essentiel.

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