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Crise sanitaire

Dans les cités, le sentiment d’injustice s’intensifie avec le confinement

Publié le 11/05/2020 • Par Auteur associé • dans : France

politique-ville-illustration
AdobeStock
Dans un article paru le 27 avril sur le site de The Conversation, Eric Marliere, maître de conférences HDR en sociologie à l'université de Lille, analyse les effets du confinement sur le sentiment d'injustice ressenti par les habitants des banlieues. Pour les personnes interrogées, les mesures prises par le gouvernement n'ont pas été directement comprises comme des mesures sanitaires, mais plutôt comme des mesures répressives.

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Dans les nuits du 19 au 22 avril 2020, plusieurs affrontements ont eu lieu entre jeunes des quartiers populaires et policiers, à Saint-Denis, Aulnay-sous-Bois, Nanterre, Villeneuve-la-Garenne, Rillieux-la-Pape et Asnières.

Ces faits révèlent aussi, parfois avec cruauté, les inégalités sociales qui existent, en fonction de la où nous vivons, de la taille de notre habitation et du nombre de personnes avec lesquelles nous sommes confinés.

Dans les médias, ces inégalités sont exposées, avec d’un côté, la bourgeoisie parisienne pour qui cette épreuve est une expérience positive, un « retour à soi » bienvenu, et de l’autre, les « banlieues populaires », toujours réfractaires à l’ordre social, un sentiment d’injustice qui privent beaucoup de jeunes du peu de libertés dont ils disposent.

Le confinement perturbe l’espace social des cités

Pour la plupart des jeunes de quartiers populaires, l’espace urbain est un lieu investi au quotidien. L’épreuve du confinement est donc appréhendée comme insurmontable dans la mesure où vivre dehors répond pour eux à des impératifs économiques, sociaux et existentiels. Beaucoup, interrogés par téléphone, font état d’un très fort sentiment d’injustice, déjà très ancré puisqu’ils sont privés d’espaces de sociabilité dont le support principal est l’espace résidentiel de la cité.

Ce sentiment d’injustice structure les représentations sociales des habitants des quartiers populaires urbains, mais il se mêle aussi à des relents d’amertume et de suspicion, déjà constatés depuis quinze ans. Ainsi, Paulo, que j’appelle, me livre son ressenti :

« C’est trop bizarre ! Quand je vois les keufs traîner, je me dis que ça les arrange bien de nous mettre en cage. Ma daronne elle dit que c’est les vieux et les malades qui vont morfler surtout ! Et qu’ensuite ils vont en profiter pour nous mettre plus à l’amende ! »

« Oui mais toi, qu’est-ce que tu en penses ? »

« Ben, on a plus le droit de sortir et que les keufs en profitent déjà pour augmenter la hogra ! [faire la misère] ».

Pour Paulo, qui s’appuie sur les commentaires de sa mère, le gouvernement est responsable de la mort des « anciens ». Et son expérience « concrète » du quotidien désigne la police comme bénéficiaire de cette situation, qui « en profite » pour accentuer la répression envers les jeunes, ses copains de la cité, afin de se réapproprier l’espace. Paulo se sent obligé de délaisser son territoire de « quartier » au profit des forces de police.

Nous retrouvons le même type de propos chez Didine, pour qui ces mesures sont destinées à renforcer les mesures disciplinaires. La plupart de ces jeunes confrontés aux difficultés du quotidien appréhendent les mesures sanitaires comme des obstructions à leurs existences d’ordinaire déjà jonchées de difficultés. D’après Didine :

« Les émeutes, les gilets jaunes, les syndicats j’sais pas quoi ! Les gens en ont ras le bol ! Même avec les potes, on se dit que c’est chaud ! Et hop ! Corona-chez-pas-quoi et hop ! Restez chez vous ! C’est bizarre, non ? »

Pour Didine, les mouvements sociaux, qui ont essaimé ces dernières années et qui semblaient progressivement décrédibiliser un gouvernement vacillant, se sont interrompus de façon soudaine et curieuse sous prétexte du Covid-19. Chez notre interlocuteur, la suspicion sur la mise en œuvre de politiques d’hygiène et sanitaire pour sauver les Français du virus est omniprésente dans son discours. Même chose pour Farid :

« Le président est plein de ce-vi ! [vices]. Il nous dit “faut faire comme-ci”. Après il nous dit “faut faire comme ça”. Il nous roule. Au début, ce n’est pas grave ! Après c’est grave ! Oooh ! C’est quoi leur machin ? Pour moi, c’est bizarre ! »

Pour cet adolescent, déjà en rupture avec les institutions, le soupçon à l’égard du gouvernement est renforcé ici par les maladresses et les décisions contradictoires prises par le président et très commentées dans la sphère familiale.

Pour nombre de jeunes adultes avec qui j’ai pu m’entretenir, les mesures prises par le pouvoir au sujet du confinement ne sont pas directement comprises comme des mesures sanitaires, mais plutôt comme des mesures répressives.

Ces jeunes, souvent, ne connaissent pas l’histoire sociale des quartiers populaires urbains. Mais nous constatons que l’héritage culturel des familles héritières des « quartiers » se pérennise à travers une forme de transmission de ce que certains nomment l’économie morale de l’injustice.

Cette nouvelle génération de jeunes de cité – la troisième pour le quartier étudié – ne connaît pas forcément l’histoire sociale des quartiers populaires mais elle reste malgré tout héritière de cette histoire transmise indirectement par les parents.

Un contexte historique de tensions et de violence

Chaque nouvelle génération issue de la classe ouvrière se définit et différencie des autres en fonction d’enjeux structurels et conjoncturels.

Les premières générations d’ouvriers, des années 20 aux années 80, partagent un point commun le monde de l’usine, celui d’appartenir au monde ouvrier et de l’usine. Ces générations se distinguent entre elles par leur contexte historique, celui de l’entre-deux-guerres confronté à une conjoncture socio-économique rude, puis, celle des trente glorieuses, avec l’accès progressif à la consommation de masse.

Pour les générations suivantes, on note en revanche une « rupture » avec le monde ouvrier, qui ne constitue plus le seul futur possible. La disjonction s’opère en grande partie, dès les années 1980, suite à une mutation des modes de production qui va restructurer le monde du travail au niveau local.

L’émergence des « jeunes de cités »

Les « jeunes » nés aux alentours des années 80 deviennent alors les premiers « jeunes de cités ». Ils sont à la fois témoins et parfois acteurs d’événements comme la Marche pour l’égalité (1983) et contre le racisme mais aussi de l’arrivée des drogues dures et de leurs conséquences.

Ils sont confrontés aux fermetures d’usines, au chômage structurel de masse mais aussi à de nouvelles formes de racismes et de discriminations.


Marche pour l’Égalité, 1983, INA.

La génération suivante, celle des années 90, va connaître à peu près des contextes similaires. Les spécificités culturelles de cette génération sont en grande partie co-construites à la fois par le parcours migratoire familial, les expériences personnelles liées aux discriminations, mais aussi par les interactions conflictuelles avec les institutions de l’État.

La troisième génération, celle des années 2000 – qui fait parler d’elle dans les révoltes populaires – bénéficie de support économiques et financiers un peu plus importants. Les parents ont grandi en France, contrairement aux générations précédentes, souvent dans de meilleures conditions que les familles précédents, plus nombreuses avec un père qui occupait un poste subalterne à l’usine. Cette nouvelle jeunesse de cité acquiert aussi un vrai pouvoir d’achat.

Pourtant, les recherches montrent que discrimination, chômage, inégalités sociales, problèmes structurels (logements, endettement), décisions partielles quant aux politiques publiques, continuent de miner les générations des années 80, celle des 90 mais aussi celle actuelle. En effet, selon plusieurs rapports les taux de chômage atteignent chez les jeunes de moins de 24 ans habitant la cité atteignent des records, trois fois plus que la moyenne en 2016.

Dans ce contexte, il semblerait que depuis trente ans le manque de débouchés politiques, la colère conduisent à une escalade de la violence chez certains adolescents. Et ces jeunes, même s’ils vivent mieux que leurs parents, se sentent pauvres dans un pays riche. Sentiment qui accentue la frustration sociale que le confinement vient renforcer par ses normes sécuritaires.

Des révoltes urbaines à répétition

Quinze ans après les émeutes de 2005, la situation entre jeunes et institutions s’est encore dégradée, à tel point que nous observons de nouvelles formes de violences et armes : fusée, fusils à pompes, etc.

Toute personne qui représente l’institution est pris à partie dans certains contextes. Ce constat en dit long sur la nature des rapports sociaux que ses jeunes entretiennent avec les institutions et sur le manque de confiance entretenu depuis plusieurs décennies.

En somme, la radicalité des positions et des comportements observables chez une bonne partie de cette nouvelle génération de « jeunes de cité » ne peut se comprendre que dans la mesure où ils n’ont pas d’emprise sur le passé (histoire sociale des quartiers populaires difficile), le présent (des signaux contradictoires entre consommation et exclusion) et encore moins l’avenir (fin de l’État social, marché du travail chaotique, ubérisation des revenus et catastrophisme écologique). Le confinement ajoute du confinement social pour ces jeunes.The Conversation

Eric Marliere, maître de conférences HDR en sociologie à l’université de Lille, Université de Lille

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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