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MUNICIPALES 2020
« Là où le maire n’a pas été élu, il faut deux tours en mars 2021 »
Gabriel Zignani | Actu juridique | France | Publié le 23/04/2020

Le second tour des élections municipales dans les 4922 communes où le premier n’a pas été suffisant pourra-t-il se tenir fin juin ? Le Premier ministre Edouard Philippe n’a pas pu répondre à cette question dimanche 19 avril en conférence de presse. Benjamin Morel, maître de conférences à l’université Paris 2 Panthéon-Assas, estime qu’il faudrait repousser ce second tour au mois de mars 2021.

Benjamin Morel, constitutionnaliste, docteur en sciences politiques. [1]

Benjamin Morel, constitutionnaliste, docteur en sciences politiques.

Quels sont les freins à une organisation du second tour des municipales en juin ?

Le principal frein est lié à la situation sanitaire. Les élections impliquent la réunion importante de personnes dans des lieux de contamination potentielle. Dans la perspective d’éviter une seconde vague de Covid-19, organiser des élections à cette date, même dans un nombre limité de communes, semble une mauvaise idée. D’ailleurs, en Grande-Bretagne, les élections ont été reportées d’un an ; en Italie, le référendum constitutionnel sine die.

Il y a aussi une considération plus politique. Les personnes âgées constituent en général l’électorat le plus mobilisé. Imaginons qu’elles le restent et qu’elles aillent voter en grand nombre : elles seraient en danger. A contrario, si elles ne vont pas voter parce qu’elles ont peur, le scrutin sera faussé. Toute notre technologie du vote, par exemple l’isoloir, a été pensée pour que l’électeur n’ait pas à avoir peur de se rendre aux urnes.

Si le deuxième tour des municipales était reporté après l’été, faudrait-il réorganiser l’ensemble de l’élection ?

Dans un avis du 18 mars, le Conseil d’Etat estime qu’un report du second tour des élections municipales après l’été ne serait possible qu’à la condition de réorganiser également le premier tour dans les communes qui n’ont pas déjà élu leur maire. Il faudrait donc prévoir de réorganiser l’ensemble de l’élection dans ces communes. C’est probablement ce qu’il va se passer. Le consensus politique va dans ce sens.

La difficulté sera alors de mobiliser l’électorat. Il est déjà compliqué, en temps normal, d’inciter les citoyens à se déplacer aux élections intermédiaires. Dans la foulée de cette crise, ça le sera bien davantage. Surtout que ce scrutin ne concernera qu’une minorité de communes : difficile, dans cette situation, d’intéresser une majorité de la population, grâce à une communication nationale, par exemple. Cela risque d’entraîner une abstention record.

Quel serait, alors, le meilleur moment pour organiser ce scrutin ?

Je pense qu’il faut entièrement réorganiser les élections municipales dans les communes qui n’ont pas déjà élu leur maire. Et le meilleur moment pour le faire, ce sera au mois de mars 2021, au même moment que les élections départementales. Le temps de la gestion de la crise sanitaire sera alors passé, on peut l’espérer. Le temps démocratique sera revenu. Il sera à nouveau plus facile de mobiliser les citoyens sur plusieurs élections concomitantes.

Cela entraînerait, bien sûr, un report des élections sénatoriales, qui doivent théoriquement avoir lieu en octobre prochain. Mais cela sera vraisemblablement le cas, de toute façon. En effet, il faut que l’ensemble des conseillers municipaux soient installés et renouvelés pour procéder au vote. On peut penser qu’elles seront reportées à l’automne 2021.

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