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Tribune

« La trahison contemporaine de la laïcité »

Publié le 24/07/2020 • Par Auteur associé • dans : Actu prévention sécurité, France, Opinions

Mucchielli-Laurent
© Claude ALMODOVAR/LA GAZETTE
Alors que le gouvernement veut s'attaquer aux séparatismes et au communautarisme, le sociologue Laurent Mucchielli, déplore, dans une tribune à la Gazette, la confusion entretenue sur la définition même de la laïcité, à l'origine, selon lui, d'une dérive islamophobe.

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Laurent  Mucchielli  est  directeur  de  recherche  au  CNRS  (Laboratoire  Méditerranéen  de Sociologie) et enseignant à Aix-Marseille Université. Il publie « La France telle qu’elle est. Pour en finir avec la complainte nationaliste » (Fayard, mars 2020).

Dans son discours de politique générale, le 15 juillet dernier, le nouveau Premier ministre a annoncé le dépôt prochain d’un projet de loi contre le « séparatisme islamiste » ainsi qu’une « charte » de la laïcité. En venant sur le terrain favori de l’extrême droite, il se positionne face à l’adversaire que le Président pense affronter de nouveau en 2022. De fait, le discours du Rassemblement National a évolué. On est passé du rejet des immigrés au rejet des musulmans et de « La France aux Français » à « La France aux laïcs ». La stratégie est payante tant la laïcité fait partie de la culture politique française.

Mais qu’est-ce exactement que la laïcité ? Pour nombre de ses commentateurs actuels, ce serait l’interdiction de manifester une conviction religieuse dès lors qu’elle sort du strict cadre du domicile privé. Or cette interprétation constitue une trahison de l’esprit de nos lois fondamentales. Quelques rappels s’imposent.

La déclaration des droits de l’homme et du citoyen, en 1789, affirme : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public » (art. 10) ; « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme » (art. 11).

La Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948 proclame que « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites » (art. 18).

Enfin, la Constitution de la Vème République (1958) affirme que « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances » (art. 1).

Ainsi, en France, l’État est laïc mais les citoyens sont entièrement libres de leurs croyances et de leurs pratiques religieuses, y compris dans l’espace public du moment qu’ils ne troublent pas l’ordre public. Mieux même : l’État a le devoir de protéger ces libertés.

C’est donc une confusion majeure que tentent d’imposer dans le débat public ceux qui prétendent au fond que le bon citoyen français doit être laïc. Il n’en est rien. C’est l’État qui se doit d’être laïc, pas les citoyens. L’adhésion aux valeurs de la République ne signifie en aucune manière que l’on doive être athée ou agnostique, ni faire semblant de l’être dès lors que l’on se trouve dans l’espace public.

Quant à la loi de 1905, elle concernait donc « la séparation des Églises et de l’État ». Dans un contexte de grandes tensions entre la France et le Vatican, il s’agissait de séparer la religion de la conduite des affaires de l’État, et en l’occurrence de parachever l’œuvre de Jules Ferry et René Goblet en écartant définitivement l’Église catholique de l’enseignement et en mettant fin à l’élément central du Concordat napoléonien de 1801 : la rémunération des prêtres par l’État. À nouveau, non seulement il ne s’agissait pas d’imposer un quelconque athéisme, mais la loi organisait même le libre exercice du culte en prévoyant des aumôneries dans nombre d’institutions publiques (les casernes, les lycées, les prisons, les hôpitaux).

Il faut enfin rappeler que, non seulement la laïcité n’est pas propre à la France, mais elle n’y a de surcroit rien d’« absolu » dans notre pays. Outre que ce principe de séparation de l’Église et de l’État n’est pas appliqué partout (le concordat reste en vigueur en Alsace-Moselle et en Guyane), cette laïcité à la française n’a cessé de trouver en réalité des compromis avec l’Église catholique. Ainsi, il subsiste un très important enseignement privé, encouragé depuis la loi Debré de 1959. A la rentrée 2017, les établissements privés sous contrat scolarisaient plus de 2,2 millions d’élèves, 16,6 % du total des élèves scolarisés en France. Et parmi ces 2,2 millions d’élèves scolarisés dans l’enseignement privé, près de 98 % relevaient de l’enseignement catholique. En 2016, parmi les 7 900 écoles privées sous contrat, 92,4% étaient catholiques, 3,8 % juives et seulement 0,1 % musulmanes. Autant dire que l’enseignement catholique a ici un quasi-monopole et que la religion musulmane est pratiquement absente. Quant aux écoles privées hors contrat, elles scolarisaient en 2017 moins de 73 000 élèves. Parmi eux, environ 6 500 fréquentaient une école musulmane. Voilà donc le chiffre des enfants fréquentant des écoles musulmanes et dont il faudrait s’effrayer : 6 500 élèves, soit 0,3 % de la population scolaire française…

On comprend ici que les propos alarmistes régulièrement diffusés dans le débat public par certains élus relèvent en réalité d’une forme de propagande islamophobe. Ajoutons que cet usage de la laïcité comme un étendard par une partie des élites françaises relève d’une totale hypocrisie, car ce sont souvent les mêmes qui s’empressent soit de contourner la norme républicaine égalitaire (la carte scolaire), soit de scolariser leurs enfants dans des écoles privées catholiques.

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