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Travail social

« Ce que la crise du Covid-19 nous dit des dysfonctionnements socio-urbains »

Publié le 27/03/2020 • Par Hervé Jouanneau • dans : France, Opinions

Ida Kali IRDSU
D.R.
Dans une tribune datée du 24 mars, le président de l'Inter Réseaux des professionnels du Développement Social Urbain (IR-DSU), Khalid Ida Ali, livre quelques réflexions sur les inégalités sociales et territoriales révélées par le virus et appelle les professionnels du développement social urbain à être solidaires.

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La France est frappée par une crise sanitaire inédite. Comme chaque crise, elle est transitoire et sera caractérisée par un avant et un après. Aussi il n’est pas inopportun de s’employer à analyser ce que les évènements nous disent pour en tirer des enseignements.
Encore une fois, la question des inégalités s’exprime de manière assez frappante. Poser la question des inégalités ne se résume pas à poser une question morale, ou de principe. Poser la question des inégalités c’est interroger leur impact, ce qu’elles produisent en matière de dysfonctionnement socio-urbain.

Comment ?

  • La question du confinement elle-même traduit un décalage important selon les situations. En
    fonction de ses conditions de vie et de logement, chacun ne vivra pas le confinement de la même
    manière. Comment envisager un confinement long dans un petit appartement surpeuplé ?
  • Les dispositifs mis en place pour assurer la continuité de l’enseignement révèlent eux aussi une
    différence d’appropriation très inéquitable. Ce n’est que par une approche sensible, qui ne peut
    être que de proximité, que l’on parvient à en réduire les effets ; seuls les enseignants connaissent
    les besoins spécifiques d’accompagnement des enfants scolarisés dans leurs classes. Après ces
    repérages, quelles réponses construire pour que ces semaines ne contribuent pas à creuser les
    écarts qui existaient avant cette crise ?
  • La fracture numérique s’exprime davantage lors de tels évènements. Lorsqu’elle est cumulée à
    d’autres difficultés comme l’illettrisme, elle démontre que si la puissance publique n’est pas en
    capacité d’accompagner la population pour un geste aussi simple que la production d’une
    attestation, bon nombre d’individus seraient en incapacité de se conformer à la réglementation.
    Notre réseau met actuellement en avant l’ensemble des initiatives imaginées dans les territoires
    pour répondre à ces enjeux.

On peut également être frappé par la manière dont, une fois de plus, on a pu lire dans une certaine presse une invitation à stigmatiser les quartiers et leurs habitants quant au non-respect du confinement. Je pensais naïvement que la gravité du moment aurait mis en sommeil ce genre d’assertion. Nous aurions en effet pu entendre qu’il n’était pas plus incivique de se retrouver aux pieds des immeubles d’un quartier populaire que de prendre le train pour se rendre dans sa résidence
secondaire sur la côte ou de se promener sur les Berges de Seine. On attendra encore un peu.

C’est aussi l’occasion de poser la question du service public et son importance. Nous avons tous éprouvé un sentiment mitigé mêlant une forme de fierté et de honte. Une fierté de voir le niveau d’expertise de nos praticiens, fruit de l’enseignement public et de la recherche, et une honte quant aux conditions de travail déplorées par le personnel soignant. Ces évènements aussi tragiques soient-ils, sont effectivement l’occasion de donner à voir et mettre à l’épreuve nos services publics. C’est ainsi que nous avons tous encore une fois pu constater sa spécificité, le dévouement et l’héroïsme de
fonctionnaires qui la plupart du temps subissent, en plus de la dégradation de leurs conditions de travail héritée de la RGPP, une forme de mépris dans le débat public.

Que ce soient les pompiers lors de l’incendie de Notre Dame de Paris, les forces de l’ordre lors des attentats du 13 novembre 2015 et les soignants aujourd’hui, en fonction de l’actualité et du thème imposé par les circonstances, cette mise en lumière d’un secteur fait honneur aux agents de la fonction publique. Il serait utile de ne pas l’oublier une fois l’orage passé et d’entendre les appels de ces agents concernant la dégradation de leurs conditions d’exercice.

Mais ce moment est aussi celui du dépassement, des élans de solidarités qui donnent à voir ce qui fait que l’on est société, et que nos sociétés sont aussi capables du plus beau. Impossible de citer toutes les initiatives, mobilisations, organisées ou spontanées, qui viennent nous rappeler l’essentiel. L’amour et l’entraide. Tous ces bénévoles, étudiants, employés exposés, retraités qui définissent collectivement le faire ensemble. Une période qui donne une autre fonction aux réseaux sociaux qui nous connectent les uns aux autres, nous font faire communauté et diffusent de l’humour social pour nous permettre
de dépasser la rigueur d’un confinement. Tous ces gestes, témoignages, engagements pour aider son prochain nous rappellent l’essentiel : c’est le collectif qui rend fort et fier, et non pas les échappées individuelles. En effet, nous sommes tous interconnectés et ce qui se passe dans un marché en Chine peut tous nous atteindre. Nous sommes une seule communauté et nos différences relatives ne nous protègent en rien.

Enfin, je ne pourrais finir ce texte sans poser la question de l’empreinte humaine dans son écosystème et notre rapport à l’environnement. Les cartes satellites nous montrent combien cet arrêt de nos activités fait du bien à la planète et lui permet de respirer. Avant de reprendre notre course effrénée n’est-il pas temps de nous interroger sur nos modes d’habiter et vivre la planète entière ? N’est-il pas temps de renouer avec l’humilité de l’Homme qui malgré ses prouesses scientifiques se voit parfois rappelé à l’ordre par la nature qui lui réaffirme que si elle est fragile, l’être humain l’est aussi ? Autant de questions qui amènent à nous interroger sur notre impact, afin que nous ne finissions pas par
représenter le réel danger viral de notre planète.

Dans cette période de confinement pour certains, ou d’activités plus que chargées pour d’autres, nous devons aussi nous montrer solidaires entre nous, professionnels du développement social et urbain.

C’est pourquoi nous mettons en place, à l’IRDSU, un dispositif spécial à destination des professionnels des quartiers. Une banque documentaire d’abord, permettant de retrouver tous les documents officiels ou initiatives locales remontées des réseaux ; mais aussi un SVP ressource spécial permettant aux professionnels de trouver un espace d’échanges pratiques, de questions et de réponses concrète à cette situation inédite dans nos quartiers.

En espérant pouvoir vous retrouver tous au plus vite, d’ici là prenons soins de nous tous.

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