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ELECTIONS
Municipales et coronavirus : les vainqueurs rongent leur frein
Thierry Dupont | A la une | France | Publié le 25/03/2020

Faute d’installation des conseils municipaux, les nouveaux élus regardent les maires battus au premier tour gérer les affaires de la commune.

echarpe maire electionsFrustration. Le mot revient invariablement dans la bouche de ces drôles de vainqueurs. Le 15 mars, ces candidats aux municipales l’ont emporté dès le premier tour sur des maires sortants. La joie est vite retombée. « Le dimanche soir, on n’a pas fêté notre victoire à cause du coronavirus. Chacun est resté confiné chez soi », raconte Isabelle Guillame, élue à Ornans (Doubs, 4357 hab.) à la tête d’une liste divers-gauche. Au lendemain du scrutin, elle a bien rencontré le maire pendant trente minutes à l’hôtel de ville et échangé avec le directeur général des services (DGS) pour préparer l’installation du conseil municipal, prévue le samedi 21 mars.

Mais, le 19 mars, devant l’accélération de la pandémie, le Premier ministre Edouard Philippe a préféré reporter ces séances partout en France [1]. Les municipalités en place le demeureront jusqu’à la mi-mai au moins. « On a appris la nouvelle par les médias. Je m’attendais à recevoir un courrier officiel ou un appel de la mairie », regrette Gilbert Doucet, victorieux avec 58 % des voix à Saint-Vaast-la-Hougue (Manche, 1828 hab.).

« Certains trépignent »

Aux colistiers comme aux soutiens dans la commune, il a fallu expliquer la décision du gouvernement. « Ces dernières semaines, l’équipe s’était préparée à prendre ses fonctions dans des conditions difficiles. Du coup, certains trépignent », reconnaît Richard Delepierre, tombeur de Philipe Brillault au Chesnay-Rocquencourt (Yvelines, 31 324 hab.).

Regarder les sortants, désavoués par la population, rester aux commandes pour gérer la crise n’a rien d’évident. D’autant que les battus partagent assez peu les informations, selon leur bon vouloir. « J’ai eu le maire quelques secondes au téléphone cette semaine. Je lui ai dit que nous étions à sa disposition. J’attends qu’il revienne vers moi. Il a pris des décisions que je m’interdis de commenter », glisse Richard Delepierre.

A Ornans, où un plan communal de sauvegarde a été déclenché, Isabelle Guillame reçoit tous les soirs du DGS un point sur les dossiers. Mais parler de cogestion serait inexact. « Il s’agit d’être le plus efficace possible », justifie le maire actuel Sylvain Ducret, qui ne voit pas comment « gérer une cohabitation avec l’équipe entrante ». Un avis partagé par le DGS Frédéric Pothin, pour qui « en temps de crise, il est plus facile de piloter au quotidien sans avoir de débat permanent avec les élus ».

Profiter de la période pour anticiper

Pour les vainqueurs, il faut prendre son mal en patience. Maintenir par mail et téléphone l’animation du collectif pendant les cinq ou six semaines que dure le confinement. Isabelle Guillame organise tous les soirs une visioconférence avec ses futurs adjoints. Objectif : profiter du report de leur entrée en fonction pour affiner la mise en place de mesures comme la création de conseils de quartier. Il faut aussi préparer le vote du budget, anticiper sa structure. « Même si la crise aura forcément un impact sur la vie du Chesnay », reconnaît Richard Delepierre.

A Saint-Vaast-la-Hougue, on pense déjà à la saison touristique. Le 26 juillet doit démarrer la Fête de la mer, qui a lieu tous les dix ans. Plus de 20 000 personnes sont attendues dans le port normand. Président du comité d’organisation, Gilbert Doucet, en a parlé ce mardi avec le maire actuel. Ils hésitent à annuler. « Mais après le 15 mai, il risque d’être trop tard pour se dédire auprès des prestataires », note le futur édile. Un vrai casse-tête.

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