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MUSIQUE
Coronavirus : le Centre national de la musique appelle à des « actions conjointes » avec les collectivités
Hélène Girard | Actualité Culture | France | Publié le 20/03/2020 | Mis à jour le 21/03/2020

A l'instar d'autres opérateurs culturels nationaux, le Centre national de la musique (CNM) est mobilisé sur le soutien aux professionnels touchés de plein fouet par l'impact de la crise sanitaire. Dans un entretien avec La Gazette, son président, Jean-Philippe Thiellay, détaille le plan d'actions destiné à sortir du gouffre la filière musicale. Il compte aussi sur l'engagement des collectivités.

JPh THIELLAY ONP-0035- E Bauer - OnP - UNE [1]

Le ministère de la Culture a annoncé le 19 mars un plan de soutien pour la culture [2], touchée de plein fouet par la crise sanitaire due au coronavirus. Dans un premier temps, 11,5 millions d’euros sont mobilisés par le Centre national de la musique [3] (CNM). Son président, Jean-Philippe Thiellay [4], explique à la Gazette ce qu’il reste à faire. Il lance aussi un appel aux collectivités.

Le ministère de la Culture évoque un « risque de disparition des structures culturelles. » Envisagez-vous une telle perspective ?

Dans le spectacle vivant, comme dans la musique enregistrée, on trouve de nombreuses TPE et PME, avec des marges extrêmement faibles, voire, parfois, négatives. Dans ce contexte sont intervenues les annulations de spectacles, qui se traduisent par une baisse du chiffre d’affaires, non seulement en termes de recettes de billetterie, mais aussi de recettes connexes, comme les bars, le merchandising, les services associés etc. Tout cela représente plusieurs centaines de millions d’euros perdus. Ce qui pourrait entraîner des défaillances économiques.

A ce stade, nous n’avons pas encore de chiffres nous permettant d’évaluer l’impact de la crise sanitaire. Nous commencerons à en savoir plus lors de l’ouverture de notre dispositif d’urgence la semaine prochaine.

Pourquoi n’y a-t-il pas encore de chiffres consolidés sur l’impact de cette crise ?

Des données nous remontent du terrain, mais il est encore très difficile d’évaluer les pertes. Cela s’explique par le fait que nous sommes face à un grand nombre de cas de figure différents : parfois il y a des annulations de concerts, parfois des reports ; parfois les cachets des artistes sont pris en charge ; parfois non ; certaines structures sont assurées, d’autres pas. A ce stade, même les organisations professionnelles des différents secteurs d’activité n’arrivent pas à réaliser un chiffrage précis.

En tout état de cause, nous savons d’ores et déjà qu’il s’agira de plusieurs centaines de millions d’euros, sans doute entre 500 et 800 millions, pour la période qui va jusqu’à fin avril.

Comment le CNM aborde-t-il la situation ?

Nous travaillons sur deux objectifs. Le premier, à la fois modeste et très important, consiste à aider les petites structures à faire face au défi de la trésorerie. C’est le but de notre fonds de secours annoncé le 19 mars et doté de 11,5 millions d’euros. Il sera opérationnel à partir du lundi 23 mars. En espérant, bien sûr, que la période de confinement soit la plus brève possible.

Actuellement, nous mettons toutes nos forces sur cette action. Cependant, il est évident que ce montant n’est pas à la hauteur du problème. Nous avons donc un second objectif, en vue du redémarrage de l’activité, c’est-à-dire la programmation de concerts, de festivals, de tournées. Il faut d’ores et déjà y penser.

C’est la raison pour laquelle les commissions [5] du CNM, actuellement suspendues, reprendront dès que possible à la fin du confinement. Dans cette perspective, le CNM continue aussi de verser des aides selon les décisions d’attribution.

La suspension de la taxe sur les spectacles risque-t-elle d’affaiblir les capacités d’intervention du CNM ?

Après deux à trois semaines d’annulations de spectacles [les annulations ont commencé lors des réductions successives de la jauge autorisée les 2 et 9 mars, ndlr], plusieurs millions d’euros sont d’ores et déjà perdus pour le CNM, donc pour les professionnels.

La deuxième étape, celle du redémarrage de l’activité, ne sera possible et réussie que si les moyens engagés vont bien au-delà de cette taxe sur les spectacles. Nous sommes en train d’y travailler avec le ministère de la Culture et celui de l’Economie et des Finances pour identifier les besoins et les canaux qui pourraient être mobilisés pour apporter les aides. Cela mettra en jeu plusieurs dizaines de millions d’euros.

Qu’attendez-vous des collectivités ?

Le CNM est à leur disposition pour le déploiement de notre dispositif de secours, mais aussi pour envisager dans l’urgence des actions conjointes. J’espère que certaines collectivités nous rejoindront bientôt. Le CNM travaillera très étroitement avec les régions et les métropoles.

Il ne faut pas que les collectivités sous-estiment l’impact financier et psychologique de la crise sanitaire sur le secteur de la musique. Nous les encourageons à contribuer au soutien apporté aux petites structures en matière de trésorerie pour les aider à passer le cap. Elles peuvent aussi manifester leur solidarité avec les artistes et les intermittents, notamment avec ceux qui voient leurs spectacles annulés mais dont les contrats n’avaient pas encore été conclus.

Enfin, à plus long terme, nous disons aux collectivités que nous sommes là pour travailler avec elles, Outre-mer comprise, sur toutes les esthétiques musicales. En janvier, lors des BIS de Nantes [6], j’avais annoncé que j’entamais un tour des régions. La semaine dernière, juste avant l’annonce du confinement, j’étais à Marseille. Les rencontres qui devaient suivre, à Lyon, Caen, Toulouse, Bordeaux etc. et bien entendu à Paris, seront, dans un premier temps, remplacées par des contacts à distance. Mais j’ai proposé aux régions une rencontre sur la musique à la rentrée 2020.

Le mouvement entamé avec les contrats de filière [7] avec des régions très ambitieuses, qui mettent beaucoup de moyens sur ce secteur, est très encourageant. Il nous faudra conclure des contrats de filière avec de nouvelles régions, et en élargir le périmètre à l’ensemble des esthétiques et à des secteurs comme l’industrie phonographique.

REFERENCES


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