Coronavirus

Les services techniques s’adaptent dans l’urgence

| Mis à jour le 24/03/2020
Par • Club : Club Techni.Cités, Club RH

Anticipant le passage au stade 3 de l’épidémie de Covid-19, de nombreuses collectivités compétentes sur des services essentiels comme l’eau, l’assainissement et les déchets bouclent leurs plans de continuité d’activité. Ces démarches organisent la continuité de service en mode dégradé pour parer à l’absentéisme des agents. Un scénario qui se profile avec les dernières annonces officielles.

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Comment les services techniques affrontent la crise du coronavirus

La semaine du 9 mars, les collectivités se sont mises en ordre de bataille face à la menace d’expansion de l’épidémie. Le rythme des réunions dédiées au Coronavirus s’est intensifié et si le mode gestion de crise n’est pas encore activé, la vigilance est extrême. Malgré l’annonce de fermeture des écoles et le risque de paralysie du pays, tout l’enjeu sera de maintenir sur le territoire les services publics essentiels comme la distribution d’eau potable, le traitement des eaux usées et la gestion des déchets.

Dans ce contexte, les collectivités ont activé et actualisé leurs plans de continuité d’activité (PCA). Introduit en 2009 lors de l’épidémie de grippe aviaire H1N1, cet outil méthodologique a été recommandé en 2011 par le plan national « Pandémie grippale » du secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SDGNS). Le PCA s’appuie sur le recensement des fonctions prioritaires et des agents indispensables pour faire tourner les services. Il doit garantir leur sécurité au travail en appliquant les mesures barrières (masques de protection, gels hydro-alcooliques) et recourir au maximum au télétravail des agents. A ce stade, les stocks de gel sont déjà insuffisants et tous les masques de type FFP2 ont été réquisitionnés par l’Etat qui les réserve prioritairement au personnel soignant. La FNCCR a transmis aux ministères le nombre de masques nécessaire à la protection des services d’eau et d’assainissement et conseille à ses adhérents de faire remonter leur besoin éventuel en préfecture. « Si les collectivités ne sont pas en mesure de protéger leurs salariés, elles pourraient se heurter à leurs droits de retrait. Et ce n’est vraiment pas le moment de perdre des effectifs », estime Régis Taisne, chef du département cycle de l’eau.

Assurer la continuité en mode dégradé

A l’heure qu’il est, aucune mesure supplémentaire de précaution n’a été transmise par le gouvernement aux exploitants. Sur les déchets, la collecte des déchets médicaux (DASRI) et des ordures ménagères résiduelles doit cependant être prioritaire ainsi que leur traitement. La gestion de l’eau appartenant aux activités d’importance vitale de la France, certains grands opérateurs classés d’importance vitale appliquent déjà un dispositif de sécurité renforcé imposant l’élaboration de PCA. C’est le cas d’Eau de Paris. Son plan élaboré depuis 2010 intègre pandémie grippale, crues et arrêts accidentels.

Face au Covid, la régie a prévu de déployer un dispositif de télétravail à grande échelle pour ses fonctions support. En cas de crise, elle calera l’organisation des équipes opérationnelles (150 à 200 agents) sur le régime d’astreinte déjà utilisé en production. « Nos salariés en astreinte sont logés sur les sites de production, ce qui limite le risque de contamination. Nous mettons à disposition de ceux qui doivent se déplacer des véhicules individuels, nettoyés après usage. Les réunions de plus de 20 salariés ont été suspendues et nous avons passé la consignes aux agents des fonctions critiques d’éviter de se côtoyer », énonce Armelle Bernard, directrice des relations extérieurs et du développement d’Eau de Paris. La régie a accéléré la cadence des réunions de son comité exécutif, vérifié la disponibilité de stocks de réactifs auprès de ses fournisseurs et se tient prête. « Notre PCA crante le passage au service minimal et s’il le faut, nous suspendrons certaines activités (facture, RH…) pour nous concentrer sur l’alimentation des usagers ».

A l’échelle de son département, Eaux de Vienne anticipe la crise. Le syndicat qui produit son propre gel estime qu’il pourrait garantir le service minimum sur l’eau et l’assainissement avec un quart de son effectif de terrain (200 agents). « Sur l’eau, nous pourrons tenir quelques mois en adoptant un fonctionnement en mode dégradé calé sur le régime d’astreinte et en jouant sur la mobilité des agents prioritaires entre les sites. Nous leur demandons d’être vigilant face au risque de contamination, même chez eux », précise Yves Kocher, directeur de la régie. A Grenoble-Alpes Métropole, la régie eau et assainissement réactive un PCA élaboré pour l’épisode H1N1. « Les annonces de fermeture des écoles nous placent en situation intermédiaire du fait des gardes d’enfant à organiser. Mais nous comptons sur le personnel non concerné et non susceptible de télétravail pour assurer le service », estime Bruno Maneval, son directeur. La régie envisage à minima de maintenir son accueil téléphonique, de conserver l’astreinte sur les réseaux et sur les installations d’eau potable. En revanche, l’exploitation de sa station d’épuration ne pourra pas reposer uniquement sur le personnel d’astreinte. « Nous pourrons suspendre les opérations préventives et minimiser les contacts entre agents sur le site pour préserver nos effectifs ».

Synchroniser le pilotage avec les prestataires

Ces services techniques étant bien souvent gérés à plusieurs mains, les collectivités ont également un rôle de pilotage important à jouer vis-à-vis de leurs opérateurs. A Rouen, la Métropole actualise depuis un mois son PCA. Sur l’eau et l’assainissement, en partie délégués, et les déchets dont elle assure la collecte mais délègue le traitement à un syndicat, elle s’est donc assurée de la disponibilité et de la cohérence des PCA de ses différents prestataires. « Notre objectif est d’identifier les interactions stratégiques avec nos prestataires pour préparer la gestion de crise et être autonome le plus longtemps possible, sans intervention de l’Etat », estime Arnaud Delahaye, directeur général adjoint eau, déchets et risque à la métropole de Rouen. Des solutions ont été listées pour faire face à la baisse d’effectif des agents de collecte en cas de crise, comme supprimer la collecte du verre, diminuer de moitié la fréquence de collecte des ordures ménagères et passer au monoripage (un seul agent de collecte au lieu de deux).

Idem pour la communauté urbaine Grand Paris Seine & Oise (GPSEO) qui gère ses services d’eau, assainissement et de déchets en régie – directe ou via prestataire et par délégation de service public. « Actuellement, nous vérifions que les PCA des prestataires s’harmonisent avec le nôtre pour garantir une qualité de service homogène sur notre territoire, même en mode dégradé », explique Remy Filali, son directeur général adjoint de l’eau et des déchets. Différents scénarios structurent l’évolution de la collecte en fonction du taux d’absentéisme. La fréquence de collecte des ordures ménagères serait diminuée, puis les flux mélangés, voire stockés avant traitement.

Le Syctom, qui traite les déchets de 6 millions de franciliens, a validé les PCA de tous ses exploitants et se coordonne avec ses communes adhérentes. Pour intégrer le risque Covid dans son PCA, il a notamment associé à chaque niveau d’absentéisme le niveau de service possible sur ses installations et rédigé des fiches opérationnelles regroupant des contacts et des consignes sur ses différentes activités. « En transcrivant toutes les situations possibles et les réflexes à adopter, le PCA nous aidera à être agile et réactif. Mais ce qui est particulier avec ce nouveau virus, c’est l’absence de moyens de substitution à partir d’un certain niveau. Car au-delà de 60% d’absentéisme, il n’y aura plus de mode dégradé qui tienne, ni pour nous, ni pour nos opérateurs et nos transporteurs ».

Espérons que ce scénario du pire reste sur le papier.

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