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[OPINION] Décentralisation

Parlons d’une République en partage

Publié le 16/03/2020 • Par Auteur associé • dans : France, Opinions

Partage homme femme
Fotolia
Décentralisation, différenciation, déconcentration : le débat éternel sur la place des territoires dans notre République fait à nouveau surface. Le territoire n’est pas une finalité, il est le point d’ancrage des projets de vie, un tremplin, un lieu de réalisation. C’est le bonheur territorial qui est à réinventer, la liberté de construire son projet de vie, sur place ou au loin !

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Pierre Stussi

Pierre Stussi

Coauteur de "La République des territoires", avec André Rossinot, président de la métropole de Nancy, et Philippe Estèbe, professeur associé au Cnam, éditions de l’Aube, janvier 2020.

 

Décentralisation, différenciation, déconcentration : le débat éternel sur la place des territoires dans notre République fait à nouveau surface. Au « malaise des maires » et à leur réhabilitation à la faveur du grand débat de 2019 répond une première salve de mesures au travers de la loi « engagement et proximité ». Mais l’heure n’est plus aux replâtrages. Pour repenser la France des territoires, deux pièges nous guettent :
– le piège du Meccano institutionnel, à la recherche introuvable de l’optimum dimensionnel ou du jardin à la française.
– le piège d’un jeu de dupes, alimenté par la défiance entre les pouvoirs nationaux et les pouvoirs locaux, comme entre les pouvoirs locaux eux-mêmes.

Le territoire n’est pas une finalité, il est le point d’ancrage des projets de vie, un tremplin, un lieu de réalisation. C’est le bonheur territorial qui est à réinventer, la liberté de construire son projet de vie, sur place ou au loi  ! Son accomplissement suppose le bénéfice des biens essentiels que seule la puissance publique peut prodiguer – l’éducation, la santé, la sécurité, la mobilité, l’attention aux plus faibles dans l’accès au logement et à l’emploi, les aménités qui font la qualité du cadre de vie.

La fin des maires bâtisseurs

La standardisation des politiques nationales n’est plus adaptée au citoyen du XXIsiècle, consumériste certes, mais aussi prêt à s’engager si on le considère dans la singularité de ses attentes.
Construire territoire par territoire, à l’échelle des intercommunalités ou des bassins de vie, des chaînes d’action et une continuité de prise en charge impliquant les pouvoirs publics de tous niveaux, mais aussi la société civile et les citoyens, tel est le nouveau paradigme à inventer. C’est ce que nous appelons le contrat de vie de territoire.
S’il faut chercher une application pratique au concept de différenciation, elle est là. Savoir construire une réponse collective à des attentes qui, dans chaque territoire, ont une autre expression. Nous voyons alors poindre une transformation du rôle de l’élu. L’ère des maires bâtisseurs s’éloigne ; la priorité est aujourd’hui à faire République. L’élu local d’aujourd’hui fédère des énergies trop souvent juxtaposées. Il est médiateur et ajusteur face à la complexité. Il donne du sens autour d’un projet partagé. Enfin, il s’investit dans l’alliance des territoires. Nous y voyons aussi une nouvelle vocation pour les régions. Des régions médiatrices pour épauler les contrats de vie de territoire, pour mettre à disposition l’ingénierie manquante, pour se faire le porte-parole exigeant des territoires à l’égard des grands opérateurs publics d’emploi, d’éducation ou de santé, à l’exemple de ce qui a été fait avec la SNCF pour développer les transports régionaux.

La myopie du local

Dans ce schéma, l’Etat qu’on aime est celui qui ouvre les horizons, qui extrait les acteurs de la myopie du local, qui partage les bonnes expériences. Les « territoires d’innovation » sont la parfaite illustration de cette posture, qui gagnerait à se substituer aux chimères d’un Etat instituteur. Redessinons la France ! La notion d’affaires locales, comme on gérerait un bien en copropriété, n’a plus guère de sens. Parlons d’une République en partage, élargie à tous les acteurs publics. De la République des territoires à la République tout court, il n’y a qu’un pas !

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