Risques naturels

Des solutions fondées sur la nature pour lutter contre les inondations

Par • Club : Club Techni.Cités

Communauté de communes de Montesquieu

L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) vient de publier un rapport qui démontre l'efficacité des Solutions fondées sur la Nature (SFN) pour réduire les risques naturels liés à l’eau … Qu’est-ce qu’une SFN ? Comment l'identifier ? Quels sont les différentes SFN pour réduire les risques liés à l'eau illustrées par des exemples reproductibles … Décryptage.

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Inondations : apprendre à prévenir et à gérer le risque

Pendant des décennies, l’aménagement et l’équipement du territoire s’est développé en faisant appel exclusivement aux techniques du génie civil. Sans remettre en cause leur intérêt dans certains contextes, elles ont montré leurs limites et même leurs inconvénients. Au-delà de l’appauvrissement écologique du milieu, elles peuvent accentuer les risques : c’est le cas de digues qui accélèrent l’écoulement, ce qui peut favoriser une inondation en aval.

Face à ce constat, un mouvement de fond est apparu récemment (avec un concept créé en 2009), celui d’avoir recours aux « Solutions fondées sur la Nature » (SFN, denommées aussi NBS « Nature-based solutions »). Pour l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), ces solutions sont «  les actions visant à protéger, gérer de manière durable et restaurer des écosystèmes naturels ou modifiés pour relever directement les défis globaux de la société comme la lutte contre les changements climatiques ou la gestion des risques naturels ».

Le comité français de l’UICN, qui a porté en 2015 ce concept dans le cadre de la COP21, vient donc de publier un rapport le 2 février dernier à l’occasion de la journée nationale des zones humides (1). Celui-ci se focalise sur la réduction des risques naturels liés à l’eau.

Du concept au standard mondial

Mais pour compléter et préciser cette définition des Solutions fondées sur la nature, un standard international est en cours de développement par l’UICN et sa commission de gestion des écosystèmes, avec la contribution du Comité français de l’UICN. Il permettra aux différents acteurs de s’approprier davantage les SFN et de développer des projets dans les territoires. Il comprend 8 critères composés chacun de 3 à 5 indicateurs. Ces critères recouvrent différents thèmes : type d’action et défi sociétal, gouvernance, bénéfices et compromis, échelles, viabilité économique, gestion adaptative… Le rapport précise que ce standard mondial sera officiellement lancé lors du congrès mondial de la nature de l’UICN en juin 2020 à Marseille.

Des bons exemples duplicables

En application de ce futur standard, le rapport développe les SFN permettant de réduire les risques naturels liés à l’eau : il s’agit notamment de la création de zones humides et de la restauration hydro-morphologique des cours d’eau, la végétalisation de bassins versants pour stabiliser le sol et ralentir le ruissellement, l’aménagement de zones d’expansion des crues et la désimperméabilisation des villes pour favoriser l’infiltration des eaux de pluie…

Pour illustrer ces techniques de génie biologique, une vingtaine de bonnes pratiques réalisées en France sont présentées afin qu’elles puissent être dupliquées.

Chaque exemple fait l’objet d’une fiche qui présente le risque naturel visé, l’écosystème concerné, le type de SFN, le porteur de projet, le calendrier, le budget et les financeurs, les objectifs et les résultats, les difficultés rencontrées et les leviers pour réussir … Sans les reprendre tous, on peut citer quelques-uns de ces bons exemples.

Reméandrement du cours d’eau

Le reméandrement de la rivière Drugeon (Doubs) sur 30 km a permis d’augmenter la capacité du cours d’eau à accueillir une faune diversifiée et à réduire les hauteurs des crues tout en rehaussant les niveaux d’eau en période d’étiage afin de soutenir les faibles débits. Côté difficultés, des tronçons ont dû être abandonnés en raison de refus de la part de certains riverains. Mais la restauration du cours d’eau a permis à une portion du Drugeon amont d’obtenir le label « Rivière en bon état » décerné par l’Agence de l’eau en 2016.

Le rapport cite également la reconnexion des zones d’expansion de crues dans la vallée du Thérain, dans l’Oise, qui a connu de fortes inondations en 1995, 1999 et 2001. Un choix réalisé après une modélisation hydraulique par le Syndicat des Intercommunalités de la Vallée du Thérain (SIVT) au détriment de la création – coûteuse – de bassins de stockage. « Un type de projet facilement réalisable sur d’autres bassins »

Restauration des zones humides

Un autre projet porte sur la restauration d’une zone humide à Foucarmont (Seine-Maritime) pour guider les crues vers ces zones humides. Le syndicat mixte du Bassin Versant de l’Yères et de la Côte a pu acquérir une parcelle de 1,3 hectare avec l’appui de la Safer puis il fait réaliser des travaux de restauration : enlèvement des remblais et des constructions légères. Une exploitation agricole, dédié au pâturage extensif, a été installée sur une partie de la zone grâce à un bail à clauses environnementales. Là encore, les difficultés sont venues du foncier et des propriétaires privés (complexités liées au droit de la propriété et du fermage).

Plantation de haies brise-crue

Autre exemple d’une SFN : la plantation de haies brise-crue. Cette technique a montré son efficacité dans la vallée de la Lèze, au sud de Toulouse. Au cours des 30 dernières années, 300 kilomètres de haies avaient été arrachées à cause du développement de l’agriculture intensive. Le projet du syndicat intercommunal de la vallée de la Lèze a permis de replanter 30 km de haies brise-crue sur la plaine d’inondation et sur les côteaux. Ces haies vives sont composées de trois à cinq rangées d’arbres autochtones, d’arbustes ou de buissons adaptés au sol local et aux conditions climatiques. Son intérêt est surtout de retarder la propagation du pic de crue de 10% sur 40 km. A noter qu’il a été difficile « de convaincre certains agriculteurs généralement liés à des contraintes techniques (réseaux de drainage, irrigation, ombre) ».

Cette tendance à utiliser les SFN se développe depuis quelques années. Ainsi, les spécialistes d’ingénierie écologique d’INRAE ont démontré leur efficacité pour la Gemapi. Un article est paru en accès libre sur la revue Sciences Eaux & Territoires « Les solutions fondées sur la nature pour accorder la prévention des inondations avec la gestion intégrée des milieux aquatiques » (2).

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