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[OPINION] DIFFÉRENCIATION TERRITORIALE
Fañch, le prénom breton qui menacerait l’unité française
Auteur associé | France | Opinions | Publié le 17/02/2020 | Mis à jour le 12/02/2020

Fañch Bernard naît à Quimper en mai 2017. Le service d’état civil refuse l’orthographe bretonne Fañch en invoquant une circulaire de 2014 qui n’admet pas le « tilde » comme signe diacritique de la langue française. Pourtant, depuis cinquante ans, les prénoms bretons sont autorisés. Un peu de souplesse dans la circulaire éviterait de saturer les tribunaux…

 

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L’affaire « Fañch » a fait le tour des médias français et étrangers et généré un joli florilège de commentaires peu favorables à la rigidité administrative française.

Rappelons les faits : Fañch Bernard naît à Quimper en mai 2017. Le service d’état civil refuse l’orthographe bretonne Fañch en invoquant une circulaire de 2014 qui n’admet pas le « tilde » comme signe diacritique de la langue française. Pourtant, depuis cinquante ans, les prénoms bretons sont autorisés. Bon an mal an, on compte environ une dizaine de Fanch en France contre une trentaine de François, le prénom français correspondant.
Les parents Bernard tombent des nues, se renseignent, trouvent des appuis et la première adjointe de la municipalité, en l’absence du maire, fait rectifier l’écriture de Fañch. La machine judiciaire se met alors en route, première instance à Quimper (13 septembre 2017, ndlr), appel à Rennes (19 novembre 2018, ndlr), renvoi en cassation où l’appel du parquet est débouté pour vice de forme (17  octobre 2019, ndlr).
C’est donc le jugement de la cour d’appel de Rennes qui fait jurisprudence : la cour dans sa grande sagesse a constaté que « le tilde n’est pas inconnu de la langue française ». On pensait l’affaire réglée. Mais l’évidence passe mal puisque le procureur de Brest vient de refuser un second Fañch en arguant que la Cour de cassation ne s’est pas prononcée sur le fond.
Quel est l’enjeu de ce bras de fer inédit entre la raison d’Etat et la liberté individuelle ? Pour cela, il faut revenir à la décision de première instance du juge de Quimper : « Admettre un ñ reviendrait à rompre la volonté de notre Etat de droit de maintenir l’unité du pays et l’égalité sans distinction d’origine. »
Derrière le ñ, il y a la reconnaissance d’une spécificité de l’alphabet breton, le tilde marque la nasalisation : Fañch, ne se prononce pas « Fanch » mais « Fainch ». Reconnaître le ñ dans l’état civil, c’est reconnaître de fait la langue bretonne. Selon la Constitution, les langues régionales font partie du patrimoine de la France, mais tant que le code du patrimoine ne les prend pas en compte, ni leur protection ni leur conservation, ni leur mise en valeur n’est assurée.
Le hic c’est qu’il n’y a pas plus français que le tilde, appelé « tiltre » par l’auteur du « Thresor de la langue françoyse », le grammairien Jean Nicot et utilisé massivement aux XVIe et XVIIsiècles. Ce signe diacritique tombe ensuite en désuétude, conséquence de la chasse aux provincialismes menée par l’Académie française.
Ce n’est qu’au XIXsiècle que le mot espagnol tilde fait son entrée dans le vocabulaire français en même temps que señor, señorita, cañon, etc. Aujourd’hui, le dictionnaire de la langue française du CNRS admet sans problème les deux utilisations de ce signe diacritique. Il y a lieu, donc, de différencier le « tiltre » français, qui marque la nasalisation, utilisé dans le breton contemporain, du tilde espagnol, qui marque la palatalisation, utilisé dans l’orthographe basque comme dans quelques mots français.
Le tilde ou tiltre fait donc partie de l’histoire de la langue française, il est employé dans deux langues régionales, patrimoine de la France, il s’affiche au plus haut niveau de l’Etat en la personne du secrétaire d’Etat, Laurent Nuñez. Il suffirait d’une modification minime de la circulaire de 2014 pour qu’on n’encombre plus les tribunaux de telles mesquineries.

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