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Elections

Le fantasme des « listes communautaires »

Publié le 10/02/2020 • Par Auteur associé • dans : France

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Dans un article initialement paru sur le site de The Conversation, le chercheur en science politique à l'Université de Lille, Julien Talpin rejette le terme de "liste communautaire". Il s’agit, pour lui, d’une arme de disqualification, de démobilisation des habitants des quartiers populaires qui tentent d’investir le champ politique, davantage qu’une notion à même de décrire rigoureusement la réalité.

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La présence de « listes communautaires » au prochain scrutin municipal a défrayé la chronique ces derniers mois. Dans la foulée du score pourtant modeste de l’Union des démocrates musulmans de France (UDMF) aux élections européennes, des élus tels que Xavier Bertrand, Gérald Darmanin ou Bruno Retailleau se sont inquiétés de la montée de telles listes aux municipales de mars 2020, plaidant pour leur interdiction. Après plusieurs semaines de débats, le président de la République avait tranché à l’automne dernier contre une telle interdiction, compliquée juridiquement puisqu’elle s’avérerait discriminatoire.

Cette décision n’a pourtant pas clos le débat, et la déposition d’une proposition de loi constitutionnelle au Sénat le 3 février, visant à « garantir la prééminence des lois de la République face à la fragmentation communautariste » selon Le Figaro risque de relancer la controverse dans les prochaines semaines.

Il convient dès lors de mieux cerner ce qu’on entend par « listes communautaires », qui relèvent, on va le voir, le plus souvent du fantasme.

Personne ne se revendique « communautaire »

S’il est difficile d’offrir une vue d’ensemble au regard de l’éclatement du scrutin municipal, qui s’apparente à 36 000 élections simultanées, et ce d’autant plus dans le contexte d’effritement de l’hégémonie partisane, quelques éléments peuvent néanmoins être avancés. Aucune liste ne se présente comme « communautaire », en employant par exemple ce terme dans sa profession de foi. Comme pour le « communautarisme », il s’agit d’un terme disqualifiant utilisé par des adversaires politiques visant à délégitimer une forme d’organisation collective ou politique minoritaire ou d’une « communauté », le plus souvent imaginée. La notion de « liste communautaire » n’a en outre connu aucune conceptualisation scientifique, les enseignements de la science politique invitant plutôt à prendre ses distances avec ce type de catégorisation.

Qui dès lors est ciblé par un tel qualificatif ? Dans la bouche des élus, il s’agit essentiellement de listes électorales portées par des minorités ethniques et des personnes perçues comme de confession musulmane.

L’Union des démocrates musulmans français (UDMF) a ainsi suscité l’intérêt a l’occasion des élections européennes de 2019. Au scrutin de mai dernier, ses idées ont séduit 29 000 électeurs, soit 0,13 % des suffrages exprimés. Ses listes ont recueilli 7,43 % des voix à Garges-lès-Gonesse (Val-d’Oise), 6,77 % à Mantes-la-Jolie (Yvelines) et jusqu’à 40 % dans un bureau de vote de Maubeuge (Nord), soit 70 voix. Créée en 2012, l’UDMF se définit comme un parti « non confessionnel, laïc et profondément républicain ». Son programme prend position sur tous les sujets économiques, sociaux, écologiques ou démocratiques.

Défendre la mixité sociale

L’étude de son offre programmatique permet de constater que ce parti défend l’école publique, la « mixité sociale » et dénonce la « ghettoïsation des quartiers populaires ». Pour les cantines scolaires, un enjeu important en vue des élections municipales, l’UDMF défend le libre choix et souligne que « le tout halal est le fantasme de nos détracteurs ». Si le parti soutient l’autorisation de l’accompagnement des sorties scolaires par des femmes portant un foulard ou un meilleur enseignement public de la langue arabe, il s’agit de positions partagées par d’autres partis politiques.

L’UDMF affirme avoir vocation à représenter tous les citoyens : « La valeur centrale [ndlr : du parti] est la citoyenneté » affirme son président. Ses membres comparent ainsi leur parti à celui de Jean‑Frédéric Poisson, du parti chrétien-démocrate ou bien celui d’Angela Merkel, l’Union Démocratique Chrétienne (CDU).

Il faut en outre rappeler qu’il a existé en France une longue tradition de démocratie chrétienne au sein de la droite française, à l’image du Mouvement républicain populaire (MRP, actif de 1944 à 1967) ou de l’Union pour la démocratie française (UDF, actif de 1978 à 2007).

Ces partis n’ont jamais été [accusés de communautarisme] ou de ne pas respecter les principes de la laïcité, en dépit des motivations religieuses à l’origine des engagements de certains de leurs membres.

Que revendiquent les listes ciblées ?

Bien qu’un travail plus systématique en ce sens serait nécessaire, il peut être intéressant d’analyser le programme et les professions de foi de listes qualifiées de « communautaires ». C’est le cas de Mabella Dekiouk, candidat UDMF à Guyancourt, dont le programme repose sur trois pôles : l’éducation, la sécurité et l’écologie. Contre le projet de numérisation des écoles élémentaires, il préfère « l’accompagnement à l’apprentissage […] pour que les enfants apprennent correctement et s’épanouissent », affirme-t-il, en faisant référence au soutien scolaire pour éviter que les élèves, arrivant au collège, ne sachent ni lire ni écrire.

Globalement les propositions portées par les listes qualifiées de « communautaires » bien que refusant en général de se situer sur l’axe gauche-droite apparaissent au centre ou centre-gauche de l’échiquier politique : défendant l’intervention sociale et le rôle de l’école dans l’égalisation des conditions, elles soulignent fréquemment la nécessité de soutenir la création d’entreprises et d’améliorer la sécurité pour les habitants des quartiers populaires.

L’argument du double discours

Autre candidat fréquemment ciblé par de telles attaques : Samy Debah. Il ne fait lui parti d’aucune formation politique et présentera en mars prochain une liste citoyenne à Garges-Lès-Gonesse. Ayant réalisé un très bon score aux élections législatives de 2017 où il a contraint François Pupponni (ex-PS) à un second tour, il a des chances de l’emporter dans sa commune, ce qui semble effrayer nombre de commentateurs, qui le qualifient dès lors de « communautariste ».

Que propose-t-il ? Son programme est très axé sur la sécurité, ainsi que l’éducation et la réussite scolaire, qui tient à cœur à ce professeur d’histoire dans le secondaire. Alors qu’on lui reproche de cibler l’électorat musulman, peu de ses propositions semblent les concerner directement, lui prétendant à l’inverse vouloir s’adresser à l’ensemble des citoyens de sa commune. Ce qui est en réalité reproché à Samy Debah, c’est son passé : il a été président fondateur du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF).

Cette association qui lutte contre les discriminations qui touchent les musulman.es notamment via le recours au droit, reconnue comme un interlocuteur dans plusieurs instances internationales, est pourtant fréquemment attaquée pour son « communautarisme » supposé ou sa « proximité avec les Frères musulmans ».

Quoiqu’on pense de cette association, rien ne semble prédisposer Samy Debah au regard du programme qu’il défend à « faire plier la République ».

Comme l’avance le président de l’UDMF :

« Nous ne sommes pas là pour faire le grand remplacement de la République par la charia, c’est une caricature qui malheureusement nous colle à la peau ».

Mais les contempteurs de ces listes avancent alors un argument supposément imparable : celui du « double discours ».

A leurs yeux, on ne saurait être naïf ou angéliste. Derrière ces professions de foi républicaines se dissimulerait en réalité un agenda caché « d’islamisation de la France ». On manque cependant d’éléments empiriques pour confirmer de telles théories du soupçon.

« Sécession » ou participation ?

Les listes qualifiées de « communautaires », souvent portées par des Français descendant de l’immigration ayant accédé à la classe moyenne, ont été présentées par le député LR Bruno Retailleau comme une « forme de sécession ». Vouloir participer au jeu électoral pourrait à l’inverse être perçu comme un signe d’intégration politique, davantage que comme une volonté de prendre ses distances avec la République.

C’est qu’il semble exister parmi la classe politique, mais également chez certains éditorialistes, une confusion entre différents courants de l’islam, pourtant en forte concurrence entre eux : « le salafisme », « l’islamisme », « les Frères musulmans », qui entretiennent des rapports au politique très différent.

Ainsi, les salafi – la tendance la plus réactionnaire de l’islam – se présentent en général comme apolitiques ou anti-politiques, se concentrant essentiellement sur le culte et le dogme dans une volonté de réislamisation à distance de la chose publique.

Cela peut se traduire très concrètement par des campagnes plus ou moins informelles, notamment sur les réseaux sociaux, invitant les musulmans à ne pas participer au jeu électoral en France, considérant que « voter est haram », illicite selon la loi islamique.

J’avais ainsi assisté dès 2012, dans le cadre d’une recherche sur la campagne présidentielle dans le nord de la France, à des opérations de tractage et de porte-à-porte effectués par des personnes se présentant comme « salafi » et invitant leurs coreligionnaires à ne pas prendre part au vote.

La démarche est de fait très différente de celle adoptée par des citoyens de confession musulmane qui se présentent aux élections. Loin de toute volonté « séparatiste », leurs candidatures témoignent à l’inverse d’une volonté de prendre part de façon pleine et entière à la vie de la cité. Si ces candidatures se présentent fréquemment sous la forme de « listes citoyennes » autonomes des partis politiques, c’est que ces derniers n’ont pas laissé beaucoup de place en leur sein aux descendants de l’immigration post-coloniale, qui ont dès lors décidé de s’auto-organiser.

Cela s’inscrit en outre dans un mouvement plus large, qui prend de l’ampleur scrutin après scrutin, de démonopolisation des partis sur la vie politique avec la multiplication des listes citoyennes.

Abandonner la catégorie de « liste communautaire »

Au final, la spécificité des listes qualifiées de « communautaires » est d’être le plus souvent autonomes des partis politiques et de rassembler un nombre significatif de Français descendant de l’immigration post-coloniale.

Et encore, les cas cités précédemment sont toujours mixtes, d’un point de vue social, confessionnel ou en terme d’origines. Ils sont simplement marqués par une participation importante de membres de groupes minorisés, à l’image de la population des communes populaires en question. Le qualificatif « communautaire » vient ce faisant essentialiser, assigner à une identité, des individus qui souhaitent d’abord s’investir dans la vie politique en tant que citoyen. La panique morale autour de ces candidatures relève d’un mécanisme de clôture du champ politique par les insiders, et atteste d’une crainte profonde de l’islam. Alors que l’existence de partis politiques démocrates-chrétiens ne suscite pas de telles réactions, il fait peu de doutes que c’est la participation même de candidat.es perçu.es comme musulman.es qui fait problème, selon une appréhension pour le moins discriminatoire du jeu politique, où tou.tes ne sont pas traité.es à la même enseigne.

Au regard de ces éléments, il apparaît nécessaire d’abandonner la catégorie « liste communautaire ». Il s’agit d’une arme de disqualification, de démobilisation des habitants des quartiers populaires qui tentent d’investir le champ politique, davantage qu’une notion à même de décrire rigoureusement la réalité.

Julien Talpin, chargé de recherche en science politique au CNRS, Université de Lille.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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