Urbanisme

L’éclairage public, un reflet de notre société

Par • Club : Club Techni.Cités
Sources : Technicités 

Bernard Lensel

Sécurité, espace de vie, biodiversité… L’éclairage public est la croisée de plusieurs enjeux. Une chose est sûre : l’excès de lumière est contre-productif.

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L’éclairage public fait sa transition énergétique

Par Bernard Lensel et Éric Raimondeau, Urbanistes des Territoires

L’éclairage public, comme l’urbanisme dans son ensemble, est la résultante d’une vision sociétale et d’un fonctionnement effectif de la ville. Il apporte aussi une perception différente de la ville. Les pleins et les vides du tissu urbain prennent une nouvelle dimension sous l’éclairage urbain. Le jeu des ombres que dessine la volumétrie des constructions crée une ambiance qui peut accentuer les perceptions des espaces et susciter le bien-être – ou l’inquiétude.

Nécessité d’un éclairage durable

L’éclairage public est surabondant dans nos villes, au point qu’il perturbe l’écosystème. Les arbres et les fleurs ne savent plus à quelle saison ils doivent se développer. Les oiseaux sont également perturbés et se mettent à siffler en pleine nuit. L’observation des étoiles en ville la nuit n’est plus possible car l’œil est accaparé par la lumière artificielle. À l’heure où les économies d’énergie sont dans tous les discours, ces lumières intenses et intempestives sont grandes consommatrices car nombreuses sont celles qui fonctionnent la nuit mais aussi… le jour. Une aberration.

Prendre en compte tous les publics

Les éclairages ne sont parfois pas adaptés à toutes les catégories d’usagers. Des zones d’ombre peuvent générer un sentiment d’insécurité qui décourage les utilisateurs de modes doux. Ainsi, l’éclairage de nuit est une nécessité, mais il doit être maîtrisé. Pour les noctambules, il est source de vie. Pour les travailleurs de la nuit, il permet de se maintenir éveillé pour faire leur travail. Pour les urbains, il peut se révéler source de désagrément par l’impact qu’il peut avoir sur leur sommeil. La « ville-lumière » a un grand attrait, tant pour l’habitant que, surtout, pour le visiteur. Mais de l’émulation entre expressions parfois débridées peut naître une saturation, nocive pour l’environnement et la santé, principalement dans les métropoles. Les éclairages trop abondants et puissants dénaturent l’image que l’on peut se faire de la ville durant la phase nocturne.

L’utilisation de sources lumineuses aveuglantes ou simplement criardes risque d’accentuer ce phénomène. Il n’est pas du domaine de l’intérêt général de laisser se poursuivre cette escalade.

Hiérarchiser les demandes et les besoins

Faire le tri entre les besoins réels est une démarche qui devient nécessaire : si certains domaines sont manifestement surreprésentés, en revanche, certaines fonctions pratiques sont totalement négligées.

Ainsi, la place de la publicité peut être questionnée. La nouvelle tendance des écrans publicitaires serait à canaliser, dans le respect des autres fonctions, avec un souci d’équilibre et de respect de l’usager.

De plus, la signalétique lumineuse ne s’adresse pas à toutes les catégories d’usagers. Les utilisateurs des voitures et des transports en commun sont par essence favorisés par rapport aux nouveaux modes de déplacement, cyclisme et marche urbaine notamment. Les bornes de parcmètres, les menus de restaurants, la signalétique tournée vers le visiteur de la ville plus que l’habitant sont autant d’informations hautement améliorables.

Par ailleurs, la mise en valeur du patrimoine bâti et des espaces publics est une priorité pour un ensemble urbain qui veut se valoriser ; cela permet de rendre la ville plus spectaculaire de nuit qu’en plein jour, en hiver, avec les journées courtes. Cette situation correspond à une mise en valeur des éléments forts de la composition urbaine.

Cela peut notamment être mis en place lors des fêtes de fin d’année, période durant laquelle une animation est décisive pour l’ambiance de la ville et sa représentation ; encore faut-il le faire avec équilibre et modération : le trop est l’ennemi du bien.
Les exemples de Lille, de Lyon et, à plus petite échelle, de Montbéliard, sont très illustratifs de ces démarches et de la valorisation qu’elles apportent à l’image de ces villes.

Eclairage nocturne à Lyon

Eclairage nocturne à Lyon

Sécurité et pragmatisme

L’éclairage urbain reste à très juste titre de la responsabilité du maire dans les communes françaises, car c’est un facteur de sécurité, tant vis-à-vis de risques d’agressions à la personne que d’accidents matériels pour le piéton et le cycliste. Éviter un poignet ou une jambe cassée est dans l’intérêt de tous et permet de surcroît d’alléger les prises en charge hospitalières. Les efforts souhaités par les communes pour limiter l’éclairage nocturne se heurtent à cette peur de l’insécurité mise en avant par les riverains d’une rue plongée dans le noir. Procéder à la réduction des feux entre minuit et x heures du matin en période hivernale a un impact non négligeable sur la facture d’électricité. Et donc sur les consommations d’une électricité, produite très souvent par le réseau nucléaire français. Tout est question d’équilibre entre économie et sécurité. Concrètement, la ville doit rester sûre et praticable sans tomber dans l’excès d’un éclairage saturé : les différents écueils, moins ou différemment perceptibles que de jour, doivent être aisément repérables, tant pour l’habitant que surtout pour celui qui ne connaît pas bien le quartier et la ville.

Comme l’analyse avec précision Luc Gwiazdzinski, dans son ouvrage « La nuit, dernière frontière de la ville », la ville offre une géographie et des rythmes particuliers en période nocturne. La nuit permet la découverte d’un monde moins bien connu mais dont les mystères aiguisent les sens et l’esprit de découverte.

De ce fait, le cerveau peut mieux enregistrer ce qui est vu de nuit, à condition que les informations soient suffisamment sobres. De ce point de vue, un éclairage raisonnable, suffisant pour permettre la déambulation, complété par la mise en valeur d’éléments singuliers, monumentaux ou de paysages remarquables permet une présentation très valorisante de la ville de nuit. Les expériences réalisées à Vitoria-Gasteiz, capitale administrative du Pays basque espagnol, dans le quartier de Coronacion et de l’Avenida de Zumarraga sont représentatives d’un traitement ciblé et pratique de l’éclairage public, au service d’un espace réellement multimodal, à dominante piétons et tramway. La ville de Vitoria-Gasteiz s’est engagée sur un double axe pour son développement urbain, souhaité comme durable : la fixation d’un anneau vert circulaire qui limite son développement en termes de surface urbanisée et d’une trame multimodale qui distribue les modes de déplacement dans son centre historique et dans son espace péricentral de façon équilibrée. Tramway, automobile, vélos, piétons, chacun a sa place dans la ville, sans suprématie d’un mode sur les autres. La lecture de nuit de cet équilibre fonctionnel est particulièrement bien affirmée ; la trame urbaine en ressort valorisée par rapport à d’autres villes où les informations sont moins bien affirmées.

Certaines collectivités mettent sur pied des plans d’éclairage qui limitent l’éclairage durant une partie de la nuit et en réduisent surtout la consommation en électricité. La synthèse des contraintes d’économie, de sécurité, de durabilité et de mise en valeur des atouts de la ville est dans tous les cas une subtile équation, que toute action publique doit prendre en compte. L’éclairage public tel que nous le connaissons n’a pas encore achevé sa révolution.

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