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DÉVELOPPEMENT DURABLE
La Communauté de communes du Méné en route vers l’autonomie énergétique
La Rédaction | Actualité Club Techni.Cités | Régions | Publié le 18/05/2011 | Mis à jour le 22/07/2013

Pas question d’ « opposer le local au global mais si on n’est pas costaud dans le local, on ne sera rien dans le global » : c’est avec la volonté de conduire le petit territoire du Mené, dans les Côtes d’Armor, comme il avait conduit préalablement son exploitation agricole que Jacky Aignel, vice-président de la Communauté de Communes du Méné, emmène depuis 2004 cette région de « Bretagne profonde » vers l’autonomie énergétique.

Après sept ans de travail, la boîte à outils est en place, a-t-il expliqué le 17 mai 2011 lors d’une conférence de presse. Vient donc le temps de s’ouvrir vers l’extérieur, de faire passer le message. D’où le lancement, le 16 juin 2011, à l’initiative de la Communauté du Mené, d’un réseau français de territoires 100 % énergies renouvelables sous la houlette du CLER (Comité de liaison des énergies renouvelables).

Ne négliger aucune piste – Un « micro-territoire » : 6 500 habitants sur 165 km² avec une mono-industrie, l’usine d’abattage de Kermené, filiale des Centres Leclerc, qui compte 2 500 emplois. Une consommation énergétique de 20 000 tonnes équivalent pétrole dont l’idée est de la couvrir à 100 % avec des énergies renouvelables en 2020. Un virage décliné par un plan d’actions en plusieurs points et dont l’une des étapes phare, le projet de méthanisation [1] Geotexia, est en phase d’aboutissement.

Geotexia est avant tout un projet « communautaire » puisqu’il associe 33 agriculteurs regroupés au sein de Cuma [2] Méné Energie à Idex et à la Caisses des dépôts (un nouvel actionnaire devrait bientôt faire son entrée, en reprenant 10 % des 30 % d’Idex). Valorisant à la fois des déchets issus de l’agroalimentaire et des effluents [3] agricoles, l’unité, actuellement en cours de mise en service, produira de l’électricité (13 800 MWh/an) et de la chaleur (14 400 MWh/an) directement valorisée sur place. Elle couvrira l’équivalent de la consommation de 4 000 foyers en électricité (hors chauffage) et permettra d’éviter l’émission de 9 800 tonnes d’oxyde de carbone par an.

Projet plus ancien, la production d’huile de colza carburant pour faire rouler les 120 gros tracteurs du territoire, en utilisant en partie la culture sur 10 % de la surface agricole utile (SAU). Toutefois, cette huile étant actuellement plus chère que le pétrole, elle est vendue… pour l’alimentation animale, « business oblige ».
Il n’empêche : « le projet est là, il servira ». Tout compris, le carburant vaut… 48 centimes de litre. Mais la réglementation l’interdit de l’utiliser dans les moteurs Diesel auxquels, pourtant, selon Jacky Aignel, il correspond très bien.

 Autre facette de l’autonomie énergétique de la Communauté de communes : les réseaux de chaleur avec quatre projets qui viendront s’ajouter d’ici à la fin 2012 aux deux existants, des projets alimentés en « bois local », insiste bien Jacky Aignel. Qui permettront d’éliminer plus de 300 tonnes de fioul du mix énergétique. A un coût de 20 euros le mégawattheure.

Enfin, last but not least, un parc éolien d’une puissance totale de 25 MW devrait commencer à sortir de terre au début de l’an prochain sur la ligne de crête du Mené, à 300 mètres d’altitude entre Manche et Océan. Un projet « participatif » qui associe près de 160 personnes « prêtes à apporter 350 000 euros de fonds propres ».

Un investissement global inférieur à 30 millions d’euros, des temps de retour raisonnables – Au total, ces différents projets auront représenté un investissement de 27,5 millions d’euros, dont 15,3 pour le projet Geotexia et 6 à 7 pour le futur parc éolien. « Nous avons eu de la chance, dit Jacky Aignel. Nous avons été bien subventionnés », à hauteur de 60 % pour la plupart des réalisations. Des subventions qui viennent de l’Ademe, du Feder mais aussi du conseil régional de Bretagne et du conseil général des Côtes d’Armor. Si bien que les temps de retour sur investissements sont très raisonnables : huit ans pour l’huilerie, 10 pour les réseaux de chaleur, entre 8 et 9 pour Geotexia. Pas de création d’emplois pour l’instant, mais des emplois maintenus.

A court terme, un nouvel axe de travail sera développé autour du bâtiment à énergie positive ou à très basse consommation. Une réflexion prospective sur le bouclage énergétique du territoire est par ailleurs en cours : première étape, la perspective d’installer des boîtiers intelligents dans un tiers des foyers de la communauté de commune, afin de gérer les pointes de consommations d’électricité. Avec l’idée de discuter avec RTE (ce même 17 mai en fin de journée) d’une mini-régie qui s’assurerait que ce sont les abonnés qui perçoivent les revenus de l’effacement « et pas des sociétés privées qui délestent à leur profit »…

L’appel de Mené… le 16 juin – Pour montrer ce qu’ils ont fait, échangé avec d’autres territoires français ou étrangers, la Communauté des communes du Mené a pris une initiative : organiser, sur son sol, du 15 au 18 juin prochain les Premières rencontres Energies & Territoires ruraux. Avec des intervenants de marque comme Bernard Laponche ou Pierre Radanne, tous deux anciens présidents de l’Ademe.
C’est pendant ces trois jours que sera officiellement inaugurée Géotexia, « qui couronne 12 ans d’efforts opiniâtres », et lancé le « réseau français de territoires 100 % énergies renouvelables ». Dont la marraine sera la présidente du CLER, Madeleine Charru.

Mené, c’est « la réflexion poussée à son plus haut niveau » sur ce chemin de l’autonomie énergétique, explique Yannick Régnier, chargé de projets Politiques locales de l’énergie au CLER. C’est donc de là que partira ce mouvement volontariste du monde rural, mais la dynamique pourrait prendre dès le début 2012 un « aspect européen », ajoute-t-il.

Elisabeth Salles, Enerpress [4]

CHIFFRES CLES

Lors des Assises de l’énergie organisées en janvier 2010 à Dunkerque, la Communauté de communes du Mené avait reçu le Prix Spécial du Jury pour l’exemplarité de sa politique énergétique.