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Décentralisation

Ces élus locaux qui attendent tout de l’Etat

Publié le 04/12/2019 • Par Jean-Baptiste Forray • dans : A la une, Dossiers d'actualité, France

Maire et préfet
CLOD
Dans une France où l’Etat a précédé la Nation, les réflexes ont la vie dure. Tout en revendiquant de nouvelles libertés locales, des élus réclament toujours plus d’intervention du pouvoir central. Une schizophrénie dénoncée depuis des mois par Emmanuel Macron.

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Ces acteurs locaux qui n’ont pas coupé le cordon

Le patron de la région Nouvelle-Aquitaine, Alain Rousset (PS), appelle cela « le syndrome de Tanguy ». Trente-sept ans après la première loi « Defferre » de décentralisation, des élus locaux, cadres territoriaux et autres structures regroupant les collectivités n’ont toujours pas coupé le cordon avec l’Etat, l’appelant sans cesse à intervenir ou dupliquant son mode d’organisation centralisé.

Un phénomène, loin d’être marginal, qui ne surprend guère le secrétaire général de l’Association des maires de France, Philippe Laurent (UDI). « Le seul vrai moment, en définitive, où la décentralisation a été conçue comme un projet global de société par un gouvernement en place, c’est le premier mandat de François Mitterrand, grâce à des hommes comme Pierre Mauroy et Gaston Defferre », juge-t-il.

En lieu et place de libertés locales fondées sur une autonomie maximale des collectivités, l’ordre politique territorial reste assis sur l’alliance entre les communes et l’Etat. Une union surgie du fond des âges, que la Révolution et, surtout, la IIIe  République ont consacrée.

En opposition aux apôtres d’un pouvoir local fort, hostiles aux oukases de Paris et rassemblés sous la bannière des girondins, le système jacobin repose sur l’émiettement communal. Dépourvus de moyens propres à assurer leur survie, les élus des petites municipalités font le siège des représentants du pouvoir central. Des maires disent d’ailleurs volontiers « mon préfet ». Un adjectif possessif qui traduit une sorte de délégation de pouvoir.

Prestige de l’uniforme

« Un bon préfet est avec les petits contre les gros. C’est toute la grandeur de la fonction », se félicite Pierre Monzani, directeur général de l’Assemblée des départements de France et membre du corps préfectoral. Le prestige de l’uniforme peut jouer à plein. « Certains élus départementaux chargés des pompiers ont des lueurs dans les yeux quand ils voient du rouge et des galons », sourit le directeur général des services d’une grosse collectivité.

Ici et là, le tableau du sociologue Jean-Pierre Worms, dans sa magistrale étude de 1966 intitulée « Le Préfet et ses notables », reste encore valable : « Le rite d’une audience préfectorale présente des caractéristiques d’une valeur symbolique : l’huissier, l’attente nécessaire, la double porte calfeutrée et les dimensions du sanctuaire où l’on finit par pénétrer, la taille du bureau Empire derrière lequel siège le préfet et la distance qui le sépare des chaises réservées aux visiteurs. »

« Il faut que l’on se prenne en main, se désole Alain Rousset. Nous sommes le seul pays à avoir une organisation de l’Etat aussi dense avec des sous-préfets, des préfets et des directeurs d’administration centrale qui permettent à des élus de ne pas avoir à dire non. Tout cela est antinomique avec tout ce qui réussit en Europe. » Et David Le Bras, le délégué général de l’Association des directeurs généraux des communautés de France (ADGCF), d’abonder : « Cela tient au fait que la décentralisation a été définie par l’Etat central. Dans une série de domaines, les collectivités ne sont que des prestataires de service. »

Fuite devant les responsabilités

Le discours autour du « désengagement de l’Etat », prégnant depuis une dizaine d’années, place un peu plus le pouvoir central au centre du jeu. « Si on le blâme pour tout ce qui va mal, c’est aussi vers lui qu’on se tourne pour que tout aille mieux », notait déjà en 1966, dans « Le Préfet et ses notables », Jean-Pierre Worms, décédé au mois de juillet de cette année. Un propos qu’a remis au goût du jour l’écrivain Erik Orsenna lors d’un colloque sur la « différenciation territoriale », organisé par le groupe Union centriste du Sénat, le 23 septembre : « Les collectivités revendiquent plus de liberté, tout en attendant tout de l’Etat. »

Une schizophrénie qui agace au plus haut point Emmanuel Macron. Devant les patrons de département réunis à l’Elysée le 21 février, le chef de l’Etat a fustigé : « Les élus locaux doivent prendre leurs responsabilités quand ils ont une compétence. » En jeu, la politique de la protection de l’enfance épinglée dans l’émission « Infrarouge », diffusée sur France 2 le 20 novembre 2018. « La compétence est entièrement aux départements mais c’est l’Etat qui a été attaqué, y compris par les élus locaux sur le plateau ! » a pointé Emmanuel Macron.

Dans une France où l’Etat a précédé la Nation, les réflexes ont la vie dure. Ainsi, les élus d’Ile-de-France, plutôt que s’entendre sur l’organisation de la région-capitale, préfèrent s’en remettre à un hypothétique arbitrage du pouvoir central. Dans ces conditions, ils souffrent d’un léger manque de crédibilité quand ils dénoncent « le fait du prince » lorsque Emmanuel Macron raye d’un trait de plume le projet de mégacomplexe de loisirs et de commerces EuropaCity (Val-d’Oise).

Syndrome de Stockholm

A leur décharge, cette attitude n’est pas propre à la région parisienne. « En matière de stations classées touristiques, beaucoup d’élus considèrent que la garantie doit forcément être étatique », illustre par exemple Eric Kerrouche, sénateur (PS) des Landes et politologue de métier. Les exemples de servitude volontaire sont légion. « C’est le syndrome de Stockholm », ironise Alain Rousset.

Cette incapacité à passer à l’âge adulte peut aussi se traduire par un mimétisme avec l’Etat dans le fonctionnement interne des collectivités. « On a des communes qui s’érigent en entités souveraines. Elles sont des Etats en modèle réduit, avec des microprésidents de la République à leur tête », pointe le délégué général de l’ADGCF David Le Bras, dans le sillage du rapport choc de son association, publié en juillet dernier (« Quel monde territorial demain ? Pour un aggiornamento de l’action publique locale »).

Comme les ministres – qu’ils ont souvent été -, les grands patrons d’exécutifs locaux s’adressent directement au pouvoir parisien. « Ils ont tendance à faire appel aux cabinets ministériels quand les maires de plus petites communes saisissent plutôt le préfet ou le sous-préfet », note Rémy Berthier, trésorier adjoint de l’Association des administrateurs territoriaux de France (AATF).

Collaborateurs venus de l’ENA

Les présidents de grosses collectivités veulent aussi souvent un haut fonctionnaire d’Etat à la tête de leurs services. Une coutume particulièrement répandue dans les actuelles régions. Des structures qui, pourtant, sont les créatures de la décentralisation de 1982 et qui incarnent l’émancipation des pouvoirs locaux. Dans ces collectivités, 65 % des directeurs généraux des services sont issus de la haute fonction publique d’Etat.

« Il n’est pas surprenant que les présidents de région fassent appel à des hauts fonctionnaires d’Etat dans la mesure où leur collectivité a repris des compétences qui relevaient du pouvoir central et de la Datar (Délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale) », tempère Rémy Berthier.

Les grands groupements urbains ne sont cependant pas en reste. La métropole du Grand Paris (131 communes, 7,02 millions d’hab.) est, par exemple, dirigée par l’ancien préfet Paul Mourier. Autant de hauts fonctionnaires dotés d’un épais carnet d’adresses.

« Un énarque est jugé plus bankable qu’un préfet », soupèse David Le Bras. Pourtant ancien pensionnaire de l’ENA, le président du conseil général de l’Eure entre 2001 et 2015 Jean-Louis Destans (PS) n’a pas pris cette pente : « Je n’ai jamais voulu de préfet comme DGS de ma collectivité car ces cadres sont très éloignés des services opérationnels de l’Etat. J’ai fait appel à des administrateurs territoriaux », assume-t-il pleinement.

Contre toute attente, le contempteur du centralisme Alain Rousset n’est pas sur cette ligne. Pour succéder à l’énarque Jean-Baptiste Fauroux, le président de la Nouvelle-Aquitaine a nommé au début de cette année un ingénieur des ponts, François Poupard, comme DGS. « Il a servi à la mairie de Paris, se justifie-t-il. Et puis, de toute façon, un président de région jacobin, cela n’existe pas. »

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