Prix

L’ingénierie territoriale à l’honneur

| Mis à jour le 09/12/2019
Par • Club : Club Techni.Cités

C’est presque une tradition ! Pour la troisième année, les Trophées de l’ingénierie territoriale mettent en lumière des projets de territoire innovants. Cette année, le jury a récompensé 10 équipes parmi une cinquantaine de candidatures.

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Dix Trophées de l’ingénierie territoriale ont été remis, mardi 19 novembre, sur le salon des Maires et des collectivités locales, récompensant les projets innovants dans les territoires. Ce prix, dont c’était la troisième édition, est concocté par les magazines Techni.Cités et la Gazette des communes, avec les soutiens de Suez et Shell Bitumes. Voici les lauréats sélectionnés par le jury, en fonction de plusieurs critères, dont l’innovation, l’amélioration du service public, la diversité des partenaires, la mise en place d’indicateurs d’évaluation du projet et son caractère reproductible.

Catégorie Mobilité

Le Département de la Manche est distingué pour son projet Bhyke, qui vise à expérimenter la mobilité hydrogène à vélo grâce à un projet soutenu par l’Ademe mené avec Pragma Industrie (fournisseur des batteries hydrogène) et Atawey (spécialiste des technologies hydrogène). Dix vélos et leur station de recharge ont été installés à Saint-Lô et à Cherbourg, et testés pendant deux ans, en 2018 et 2019. L’hydrogène est fabriqué sur place à partir d’une source d’électricité renouvelable. Les deux stations ont fait l’objet d’un travail partenarial avec l’architecte des bâtiments de France (ABF) afin d’intégrer au mieux l’équipement dans l’environnement urbain et dans les périmètres des monuments. Chaque station est complétée par un abri vélo, lui aussi choisi et habillé en harmonie et en concertation avec I’ABF. Le bilan définitif n’est pas encore tiré, mais la recharge des vélos en deux minutes a été confirmée, ainsi que la fiabilité des stations de charge, et surtout l’adoption par les usagers. La démarche, lancée en 2016, est plus globale car la Manche se veut un territoire démonstrateur de l’hydrogène-énergie. Une quinzaine de voitures doivent aussi être testées.

Norbert Clavel, expert bitume chez Shell, et Valérie Nouvel, vice-présidente du département dfe La Manche.

Catégorie Eau

Comment éviter le Streetpooling, cette pratique qui vise à détourner l’usage des poteaux incendie à des fins récréatives ou de dégradation ? Car le streetpooling se traduit par un risque de déficience de la distribution de l’eau potable dans le réseau, générant des chutes de débit et de pression, sans compter le coût de vol d’eau. A Sartrouville (Yvelines) en 2016, le cout était estimé à 45 000 euros pour 12 000 m³ perdus.

Aussi, les services techniques de la ville se sont penchés sur le problème. Ils ont conçu un dispositif pour sécuriser les poteaux incendie sans gêner leur usage par les services de secours. Sur une idée de l’ingénieur assainissement, plusieurs prototypes ont été inventés, jusqu’à aboutir à une exo-structure qui coiffe le poteau incendie, sans le modifier, et qui bloque le carré de manœuvre supérieur qui actionne le robinet d’alimentation du poteau. Ce dispositif, validé au préalable par les pompiers et fabriqué en interne pour un coût modeste, a été déployé sur les poteaux incendie concernés à l’été 2017. Et seuls trois poteaux ont été utilisés pour le streetpooling, contre une centaine à l’été précédent. Une demande de brevet est déposée pour cette invention. Et une vingtaine de communes voisines sont intéressées par ce dispositif.

Alexis Faivre d'Arcier (à gauche), responsable événementiel chez Suez, et Raynald Godart (à droite), maire de Sartrouville.

Alexis Faivre d’Arcier (à gauche), responsable événementiel chez Suez, et Raynald Godart (à droite), maire de Sartrouville.

Catégorie Énergie & efficacité énergétique

La ville de Malaunay (Seine-Maritime), engagée dans la démarche Cit’Ergie, porte le projet « Résilience du patrimoine communal » qui concerne une groupe scolaire, un groupe socio-culturel, une piscine, un boulodrome et un gymnase. Cet ensemble est le premier poste de consommation d’énergie du territoire. Le projet est d’en diminuer la consommation d’énergie primaire, de couvrir 80 à 100 % des besoins électriques par des énergies renouvelables (autoconsommation et achat d’énergie verte), d’adopter des solutions naturelles de gestion de l’eau de pluie, de diminuer les îlots de chaleur, de favoriser la biodiversité tout en sensibilisant les acteurs du territoire. Pour ce projet, Malaunay expérimente avec l’Ademe Normandie I’approche en « coût global » pour la restructuration de la piscine municipale de type tournesol et mène un partenariat avec Enedis pour l’optimisation de I’ingénierie réseau dans le cadre de l’autoconsommation et de l’expérimentation de l’autoconsommation collective. Malaunay envisage également un projet de réseau de chaleur biomasse/gaz pour couvrir 60% des besoins de chaleur du patrimoine communal, le stockage de l’eau provenant notamment de la vidange de la piscine pour le nettoyage de la voirie ou I’arrosage des espaces verts.

Guillaume Coutey, maire de Malaunay, et Vincent Pasutto, représentant de l'AITF.

Guillaume Coutey, maire de Malaunay, et Vincent Pasutto, représentant de l’AITF.

Catégorie Bâtiment-urbanisme

La commune de Four (Isère) a construit une « Maison pour tous », réceptionnée en décembre 2018, selon la démarche pédagogique du DesignbuildLAB». La particularité du projet est d’avoir été collaboratif, associant les utilisateurs, des étudiants en architecture, des entreprises locales et la Communauté d’agglomération Porte de l’Isère (Capi). Il a été mené en un an – la durée d’une année scolaire. Et le bâtiment est un bâtiment démonstrateur d’architecture responsable (et non une structure éphémère). Il est construit en pisé porteur, isolé avec de la laine de bois, couvert par une toiture bois et avec un parement en pisé à l’intérieur. Il réemploie la dalle de béton d’un ancien bâtiment, comporte trois blocs et trois espaces paysagers.

Le projet a bénéficié de nombreux soutiens : l’Etat (via la dotation d’équipement des territoires ruraux), le ministère de la Culture, la Région Auvergne-Rhône-Alpes, le Département de l’lsère, l’Ensag, le labex Architecture, Environnement et Cultures Constructives (AE&CC), les Grands Ateliers, la Caisse des dépôts, etc. Suite à cette réussite, d’autres projets ont été initiés dans les communes voisines.

Les représentants de la ville de Four.

Catégorie Aménagement & espaces verts

L’augmentation des manifestations sportives en pleine nature se traduit par des dégradations des sites et des itinéraires, le dérangement de la faune sauvage et des conflits d’usage avec les éleveurs ou les chasseurs. Dans les Pyrénées-Orientales, les manifestations soumises à autorisation et déclaration ont augmenté de 14 % en trois ans. Face à cette problématique, le Département des Pyrénées-Orientales – au titre de sa compétence Espaces naturels sensibles et dans le cadre de I’animation du réseau technique des gestionnaires d’espaces naturels – a conçu un cahier technique pour guider les organisateurs d’événements. Ils sont ainsi autonomes dans leur démarche et mieux sensibilisés au respect du milieu naturel, des autres usages et de la propriété. Publié en avril 2018, il a permis de fluidifier et d’alléger le travail des instructeurs, car les dossiers sont mieux préparés, même s’ils génèrent une mobilisation plus importante des agents des structures concernées sur le terrain. A l’avenir, le site web de la préfecture va se doter d’un onglet « Manifestations sportives » pour rendre l’accès à ce document plus facile. Le Département a par ailleurs lancé à l’été 2019 un diagnostic sur les sports de nature dans le cadre de la mise en place d’une commission des Espaces, sites et itinéraires (CDESI). Il devrait permettre d’améliorer le cahier technique. Un label pour les événements vertueux est également envisagé.

Estelle Walter-Serre, présidente de l'ATTF, à droite, avec les représentants du département des Pyrénées-Orientales.

Estelle Walter-Serre, présidente de l’ATTF, à droite, avec les représentants du département des Pyrénées-Orientales.

Catégorie Gestion des risques

En tant que propriétaire des réseaux de distribution d’électricité et de gaz, et gestionnaire des réseaux d’éclairage public pour la plupart des communes, Territoire d’énergie Mayenne (TE53) intervient régulièrement sur les réseaux et recherche de nouvelles techniques exploratoires. En avril 2018, TE53 a testé le démonstrateur de réalité virtuelle de Scalian. Des améliorations ont ensuite été apportées pour aboutir à une solution qui sera commercialisée début 2020. Avec cette solution baptisée Opair (Observation pour la protection des agents intervenants et des réseaux), des lunettes permettent à l’agent de voir à travers le sol les réseaux enterrés. Cet outil améliore donc la protection des intervenants et des réseaux existants lors de travaux de terrassement, en conformité avec la réglementation anti-endommagement. Des tests ont permis de vérifier que la position des hologrammes est inférieure à 40 cm pour les réseaux sensibles. De plus, Opair permet de réaliser le marquage au sol avec un gain de temps moyen de 50 % par rapport aux techniques actuelles. Le dispositif est également capable d’afficher les réseaux à construire et les prestations à réaliser, d’enregistrer les informations (photos, vidéos, position géoréférencée) facilitant ainsi le récolement.

Les représentants de Territoire Energie Mayenne avec Jean-Pierre Cuisson, DGST du Grand Belfort.

Les représentants de Territoire Energie Mayenne avec Jean-Pierre Cuisson, DGST du Grand Belfort.

Catégorie Déchets & économie circulaire

Le Smicval du Libournais Haute-Gironde a poussé à l’extrême le concept de ressourcerie. Leur « Smicval Market » est un véritable supermarché, avec des rayons sur lequels les usagers prennent des objets de seconde main. Après deux années de fonctionnement, il a permis de dépasser les objectifs : 60 % des objets ont été réutilisés  (au lieu de l’enfouissement), et le taux de valorisation atteint 85 % (objectif de 80%), sans aucun dépôt sauvage de déchets ni acte de vandalisme. Environ 1000 tonnes de déchets sont déposés et repris chaque année. Cette déchèterie nouvelle génération a été menée en mode projet, en trois ans (réflexion, conception collective interne, construction). Le Smicval insiste sur la dimension sociétale de ce projet, loin la dominante technique qui prévaut habituellement en matière de gestion des déchets. Le syndicat continue ses réflexions et travaille actuellement à d’autres Smicval Market, en milieu urbain (11 000 m², pour 2022), rural (pour 2020, ouvert aux artisans) et semi-urbain (pour 2020).

Sylvain Guinaudie, à droite, président du Smicval, avec Bertrand Bohain, délégué général du Cercle national du recyclage.

Sylvain Guinaudie, à droite, président du Smicval, avec Bertrand Bohain, délégué général du Cercle national du recyclage.

Catégorie Réseaux & SIG

C’était au départ un projet de jardin sentinelle, pour lancer des alertes allergènes en partenariat avec l’association Qualitair. Mais parallèlement, la communauté d’agglomération de Bastia (CAB) a recensé et caractérisé ses espaces verts pour alimenter son SIG, comprenant un diagnostic de l’état sanitaire et des préconisations d’entretien. Les deux projets ont donc fusionné pour aboutir à « Smart Espaces Verts», un projet de connaissance citoyenne pour permettre une meilleure surveillance des espèces envahissantes et des allergènes. A terme, sur chaque site sportif de la CAB, des panneaux indiqueront les risques allergènes.

Audrey Scoffoni, directrice des services techniques et de l'environnement de la communauté d'agglomération de Bastia.

Audrey Scoffoni, directrice des services techniques et de l’environnement de la communauté d’agglomération de Bastia.

Catégorie Ville intelligente

Dans le cadre d’un projet Interreg et d’un financement Feder, le Département du Loiret a conçu un système d’information en temps réel des conditions de trafic sur les routes du Loiret qui prend en compte les différentes perturbations : travaux sur voirie, catastrophes naturelles, événements, etc. Baptisé Be Good (Building an Ecosystem to Generate Opportunities in Open Data), il a abouti, fin octobre 2019, à des prototypes de système de navigation multimodal pour les usagers, et pour les gestionnaires, à un outil intuitif de collecte d’informations routières partageables entre professionnels. Par ailleurs, le volet « Safer roads » vise à mieux appréhender l’accidentologie routière par la donnée. Un prototype de traitement des données va rassembler, harmoniser et exploiter les données liées aux accidents pour faire de la prévention et optimiser les modèles prédictifs. Ce projet a été mené à partir de données ouvertes. Il a réuni le Loiret, Orléans Métropole et des partenaires européens. Les solutions développées sont sous licence open source.

Christian Braux, maire de Saint-Cyr-en-Val.

Et le Coup de cœur du jury

Le service départemental d’incendie et de secours (SDIS) de l’Indre s’est préoccupé du recyclage des tenues de sapeurs-pompiers, actuellement incinérées ou enfouies. La démarche a été menée par son réseau de santé, appelé R3SGC. Des essais ont été menés avec les fournisseurs, mais les engagements n’ont pas pu être tenus. Le Sdis s’est donc rapproché de l’entreprise solidaire Le Relais pour les transformer en panneaux isolants pour le bâtiment. Les tenues des pompiers ont déjà été transformées en isolants pour bardage et toiture. La faisabilité technique mais aussi assurantielle et juridique a été confirmée par un bureau d’étude. De plus, le produit utilisé pourra être collecté lors de la prochaine opération de déconstruction du bâtiment pour être à nouveau réutilisé. D’autres applications ont à l’étude : en ensachant les isolants, ils pourraient être utilisés dans des boucliers thermiques pour les véhicules incendie, les aéroports, les sites sensibles, etc.

Nicolas Soret, à droite, président de la commission déchets à l'AMF, et Paul Malassigne, chef de groupement technique au Sdis de l'Indre.

Nicolas Soret, à droite, président de la commission déchets à l’AMF, et Paul Malassigne, chef de groupement technique au Sdis de l’Indre.

Le jury c’est qui ?
Cette année, le jury était composé de 11 membres :

  • Alexis Faivre d’Arcier, responsable Evénementiel, Suez Eau France
  • Norbert Clavel expert technique, Shell Bitumes
  • Vincent Pasutto, directeur des Bâtiments-Études-CTI de la Communauté d’agglomération Paris-Vallée de la Marne et représentant de l’AITF
  • Guy Le Bras, directeur général du GARTEstelle Walter-Serre, présidente de l’ATTF
  • Isabelle Liegeon, déléguée générale de l’OPQU
  • Jean-Pierre Cuisson, DGAST du Grand Belfort
  • Joël Graindorge, DGST en retraite d’une communauté de communes
  • Romuald Rivière, Expert AAP et DST de la ville de Saint-Flour
  • Albane Canto, rédactrice en chef de Techni.Cités
  • Cyrille Pac, journaliste, Techni.Cités
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