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DOSSIER : Ville citoyenne
Dossier publié à l'adresse https://www.lagazettedescommunes.com/636458/le-coffre-fort-numerique-met-a-labri-les-donnees-des-personnes-precaires/

SOCIAL
Le coffre-fort numérique met à l’abri les données des personnes précaires
Rouja Lazarova | Innovations et Territoires | Régions | Publié le 12/09/2019 | Mis à jour le 05/12/2019

Le coffre-fort numérique permet aux publics précaires de stocker dans un « cloud » les documents nécessaires à leurs démarches d’accès aux droits et de les partager avec les accompagnateurs sociaux. Les usagers sont sensibilisés à cet outil numérique sécurisé par les travailleurs sociaux, et leur accord est nécessaire à l’ouverture d’un compte.

Amiens_coffre fort numerique

[Amiens, Somme, 133 800 hab.] 

Le CCAS d’Amiens fait partie des seize CCAS ayant participé, entre juillet 2016 et fin 2017, à l’expérimentation du coffre-fort numérique portée par la  DGCS et l’Unccas. Cependant, Aïcha Hennaoui, cheffe du pôle « accueil » du secteur nord du CCAS, parle d’un « démarrage timide » du lancement généralisé du dispositif : « Il a fallu convaincre les travailleurs sociaux de l’utilité de cet outil, pour eux et pour l’usager. Il y avait beaucoup de résistances. C’est un véritable accompagnement au changement qui prend du temps », assure-t-elle.

Seule une trentaine de coffres-forts numériques ont pu être ouverts durant cette phase de test. D’ailleurs, dans l’évaluation de l’essai réalisé en décembre 2017, la DGCS et l’Uncass notaient : « La durée de l’expérimentation n’a pas permis une étude plus approfondie de l’appropriation du coffre-fort numérique par les agents et les personnes concernées. » A l’instar des solutions grand public telles la Dropbox ou Google drive, il permet d’enregistrer des documents scannés dans un « cloud », de les imprimer, de les partager. « Cependant, il a été conçu spécifiquement pour un public accompagné socialement », explique Vincent Dallongeville, directeur de l’opérateur SOS Reconnect, sélectionné pour la conception et la mise en œuvre du dispositif à Amiens.

Stockage en mode privé ou partagé

Ce dernier a été prévu pour un usage très simple. Surtout, SOS Reconnect a élaboré un processus simplifié de récupération d’un mot de passe oublié. L’usager peut stocker des documents en mode privé ou en mode partagé avec son conseiller social. D’autres fonctionnalités comme l’agenda (qui rappelle les rendez-vous par un SMS) ou les contacts enrichissent la solution.

Dans un contexte de méfiance sur l’exploitation commerciale des données personnelles, Vincent Dallongeville rappelle : « Nous sommes une association. Nous travaillons non pas dans une logique commerciale, mais dans un esprit d’intérêt général. On attache beaucoup d’importance à la protection de la donnée de la personne. » Le CCAS d’Amiens a défini les publics cibles. Le service est ainsi proposé systématiquement aux 1 000 personnes qui demandent une domiciliation chaque année. Privées de logement pérenne, elles sont les plus concernées par la perte ou le vol de documents et risquent ainsi de perdre leurs allocations. Le fait d’avoir des documents conservés dans un espace sécurisé favorise la continuité des droits.

L’outil est également proposé à la centaine de bénéficiaires du RSA que le CCAS accompagne dans le cadre d’un conventionnement avec le département. Enfin, les publics venus chercher des aides facultatives peuvent également en profiter. « Il faut d’abord établir un lien de confiance avec les personnes. C’est seulement à cette condition que l’appropriation du service fonctionne », estime Nassera Dellal, conseillère sociale.

Référent social

L’ouverture du compte du coffre-fort numérique est en soi très facile. C’est davantage sur l’accompagnement du public que les travailleurs sociaux ont dû être formés (lire p. 14-15). « D’abord, ce sont trois ou quatre conseillers sociaux qui se sont emparés du dispositif, puis ils sont devenus les formateurs de leurs collègues », témoigne Catherine Girard, directrice du CCAS et de la cohésion sociale à la ville d’Amiens.

Concrètement, les travailleurs sociaux sensibilisent les usagers aux avantages de la démarche. S’ils obtiennent leur consentement, ils ouvrent un compte, scannent les documents et les stockent sur le « cloud ». Si l’usager le souhaite, il peut autoriser l’accès aux documents à son référent social. « Idéalement, tous les partenaires devraient pouvoir consulter les documents du coffre-fort numérique : la Sécurité sociale, la caisse d’allocations familiales, Pôle emploi… Mais ce n’est, pour l’instant, pas encore le cas », regrette Aïcha Hennaoui.

Le CCAS a cependant engagé un partenariat avec le conseil départemental de la Somme afin que ses professionnels soient formés à l’usage de ce service.

Contact : Catherine Girard, directrice du CCAS et de la cohésion sociale, 03.22.97.11.84.

« Il faut former les travailleurs sociaux, malgré les résistances »

Christophe Piedra, directeur de la Cité du refuge de l’Armée du salut à Paris

« Nous accueillons plus de 300 sans-abri par an. S’il est bien sécurisé, le coffre-fort numérique représente une solution intéressante pour ces personnes qui souffrent parfois de troubles psychologiques ou dont l’errance les amène à perdre leurs papiers. Cette solution fait gagner du temps aux travailleurs sociaux qui font les démarches pour ouvrir ou maintenir les droits de ces personnes. La condition primordiale est bien sûr de recueillir leur libre consentement pour avoir accès à leurs documents.

Le profil des sans-abri a changé ces dernières années. Désormais, ils sont dans leur majorité connectés. Ce dispositif est donc pertinent pour ce public exclu socialement. Il faut former les travailleurs sociaux à son usage, malgré les résistances. Nous qui œuvrons dans le social, nous avons besoin de nous moderniser. »

CHIFFRES CLES

  • Financement : L’usage du coffre-fort numérique a été gratuit pendant la durée de l’expérimentation. Aujourd’hui, la ville paie un abonnement annuel à SOS Reconnect d’un montant de 2 280 € TTC par an.
  • 106 coffres-forts numériques ont été ouverts à ce jour par les 21 conseillers répartis dans les huit points d’accueil du CCAS d’Amiens.
 


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