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[Opinion] Culture et patrimoine

Reconstruire Notre-Dame et déconstruire l’ENA – Lettre à Eugène

Publié le 19/07/2019 • Par Auteur associé • dans : France, Opinions

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Ulyssepixel via Adobe Stock
Quels sont les fondements d’une politique publique d’architecture ? Comment concilier patrimoine et création ? Et surtout, à l’heure de la décentralisation, comment concilier ces deux impératifs sans tomber sous l’influence des jeux politiques locaux, ou plus généralement, de son électorat.

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Eric Lengereau

Architecte urbaniste et historien de l’architecture

Cher Eugène, vous avez vu combien le télescopage des événements de l’actualité nous a interrogé parfois plus que de raison. Le feu a vaincu « la forêt » de Notre-Dame et il a jeté à terre la flèche que vous aviez conçue pour elle. Disons qu’avant cet incendie dramatique, le nom de Viollet-le-Duc n’était connu que des initiés. Il est maintenant dans toutes les conversations.

En dehors des professionnels et des amateurs du secteur, les Français ne pouvaient que rarement citer le nom d’un architecte. Ils connaissent aujourd’hui le vôtre et certains savent même que vous avez su imposer aux pouvoirs publics de l’époque une articulation judicieuse entre patrimoine et création, entre tradition et modernité. C’était le grand chantier intellectuel de votre carrière.

Mais c’était au 19ème siècle et l’Etat n’était pas ce qu’il est devenu par la suite. Il n’avait pas en charge les transformations massives du cadre de vie de notre pays. Il ne se demandait pas encore si le patrimoine architectural et la création architecturale devaient cohabiter dans l’espace public. Il n’était pas pourvu de cette haute fonction publique dont on dit maintenant qu’elle est mal formée, trop ignorante du terrain, trop éloignée du réel.

L’ENA n’a(vait) pas vocation à former à la complexité d’une pensée

J’ai pensé à vous lorsque j’ai interrogé les douze hauts fonctionnaires qui se sont succédés durant un demi-siècle (de 1960 à 2010) au poste de directeur d’administration centrale chargé de l’Architecture. Je leur ai demandé quels étaient les fondements d’une politique publique en grande partie dédiée à cette question des rapports entre patrimoine et création.

Très étroitement liée aux enjeux de la construction et de l’urbanisme de la France, cette fonction éminente avait elle une assise conceptuelle telle qu’il leur était possible de maîtriser les relations entre protection et transformation ?

Ils m’ont répondu en substance que l’ENA ne prépare pas à cela. Qu’elle ne procure pas les outils nécessaires à la conception d’une politique publique. Qu’elle n’a pas pour autre finalité, comme l’a souligné Baruch dans les colonnes du Monde, que l’apprentissage des techniques légistiques, budgétaires ou managériales. Qu’elle a encore moins vocation à former à la complexité d’une pensée qui, aux côtés du droit, intègre les subjectivités propres à la qualité architecturale du patrimoine et de la création.

Ce n’est pas à dire que ces douze hauts fonctionnaires n’ont pas bien fait leur travail. Bien au contraire. Pour la plupart, ils ont saisi toute l’ampleur de leur mission. Ils ont perçu qu’entre mémoire et projet le dialogue était un combat de tous les jours. Mais ils ne l’ont pas appris à l’ENA. Ils l’ont appris après, sur le tas, en direct, dans les fonctions successives de leur parcours au service de l’Etat.

D’ailleurs trop rares sont les occasions, pour un directeur d’administration centrale, de pouvoir s’interroger sur la nature même des politiques publiques qu’il doit mettre en oeuvre, sur leur arrière-plan théorique, sur leur substrat doctrinal, sur leur évaluation.

Le débat sur la flèche doit conduire à une vraie politique de l’architecture

Le premier d’entre eux, Max Querrien, qui vient de nous quitter, a été conseiller d’Etat et maire de Paimpol pendant 34 ans. Sous l’autorité d’André Malraux, il a jeté les fondations d’une politique de l’architecture. Il a pratiquement consacré sa vie à cette dialectique entre protecteurs et aménageurs. Ce faisant, il a pu mesurer la distance entre l’Etat et les collectivités territoriales, entre les hauts fonctionnaires et les élus locaux.

Comme il était les deux à la fois, il a pu saisir toutes les ambigüités conceptuelles d’une décentralisation « à la française ». Mais il a surtout compris durant toutes ces années que pour agir vraiment en faveur de nos paysages urbains, suburbains et ruraux, il ne fallait pas être trop proche du terrain ni trop dépendant de son électorat.

Tout l’enjeu est de savoir où placer le curseur des proximités. Proximités entre l’Etat et les élus d’une part, entre l’Etat et le terrain d’autre part, entre les élus et le terrain finalement. Lorsqu’on ne s’en donne pas la peine, on obtient des centres-villes dévitalisés, des entrées de ville défigurées et une campagne sacrifiée.

Car c’est aussi cela qu’on attend du « nouvel acte de décentralisation » : que chacun puisse disposer d’une boîte à outils pour penser les relations entre patrimoine et création dans les territoires.

Voyez-vous cher Eugène, cette idée de concours international d’architectes pour la reconstruction de la flèche ne vous aurait peut-être pas beaucoup inspiré à l’époque. Aujourd’hui elle fait débat. Les Français sont divisés.

Tandis que s’achève le parcours du projet de loi pour la conservation et la restauration de Notre-Dame de Paris, députés et sénateurs s’opposent encore. La polémique ne faiblit pas et c’est plutôt sain.

Mais l’idéal serait d’y voir l’opportunité d’une vraie politique de l’architecture portée jusqu’au plus haut niveau de l’Etat et des collectivités territoriales. Une politique innovante mise en oeuvre là où il y a effectivement débat, c’est-à-dire partout. Une politique ambitieuse qui pourrait commencer par se concevoir au profit du Grand Paris, ce projet métropolitain qui est un peu en panne et qui en a bien besoin.

Eric Lengereau, architecte urbaniste et historien de l’architecture

Dernier ouvrage paru : « Architecture, urbanisme et pratiques de l’Etat », Paris, La Documentation française, janvier 2018.

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