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Éthique

La crise a soulevé des questions d’éthique essentielles

Publié le 18/01/2021 • Par Nathalie Levray • dans : Actualité santé social

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D.R.
Pour Didier Dubasque, coanimateur de la commission éthique du Haut conseil du travail social, il faut analyser ce qui s’est passé sur le terrain en période de Covid-19 et créer des instances éthiques dans le champ social. Le philosophe Aurélien Dutier souligne la dimension démocratique de la démarche éthique et plaide pour un débat de l’accompagnement et du soin intégrant l’ensemble des citoyens.

Dans votre champ professionnel, que recouvre la notion d’éthique ?

Aurélien Dutier : L’éthique est une démarche, une approche réflexive qui questionne, dans une configuration forcément collégiale, la complexité du réel et les façons de penser. Pour les secteurs sanitaire, médico-social et social, elle embarque les professionnels dans des échanges sur des dilemmes, des conflits de valeurs, hors de toute logique binaire et normative. Elle n’est ni droit, ni déontologie, ni morale, ni bonnes pratiques. Sa prise en compte est importante dans un monde où il n’y a pas de réponses anticipées, notamment pour des questions liées aux nouvelles technologies et aux évolutions sociétales.

Aurélien Dutier, philosophe, est chargé de mission à l’espace de réflexion éthique des Pays de la Loire (EREPL) depuis 2016. Il anime et accompagne la démarche éthique dans différentes structures. Il a coécrit « La liberté d’aller et venir dans le soin et l’accompagnement – Quels enjeux éthiques ? » avec Miguel Jean, janvier 2020, Presses de l’EHESP.

Didier Dubasque : Les professionnels du travail social nous interpellent sur le secret partagé – qu’il conviendrait mieux de nommer le partage d’informations à caractère secret. Il met en tension la protection de la vie privée et les impératifs de l’accompagnement. Au cours du processus de communication avec ses partenaires et avec la personne, le professionnel doit sans cesse interroger l’intérêt du partage et son utilité pour l’action ainsi que la volonté de celle qu’il accompagne. La réflexion éthique peut lever les tensions de loyauté vis-à-vis d’elle, de l’institution, des collègues, des partenaires. L’usage du numérique provoque également des tensions éthiques (ex. : utilisation de contenu de messages électroniques dans des rapports sans que l’auteur en soit conscient ou informé, usage d’informations inquiétantes collectées sur des réseaux sociaux). J’ajoute le principe éthique de la qualification de la prise en charge qui permet à tout travailleur social d’identifier les limites de sa compétence et de demander ou de proposer de l’aide en dehors de son champ.

Didier Dubasque est coanimateur de la commission éthique et déontologie du Haut conseil du travail social et animateur de la commission éthique de Loire-Atlantique. Ancien cadre d’action sociale et ex-président de l’Association nationale des assistants de service social (Anas), il est le rédacteur du blog « Écrire pour et sur le travail social ».

Qu’a révélé la crise sanitaire en matière éthique ?

DD : La crise sanitaire a bousculé de façon très importante les pratiques professionnelles. Pendant le premier confinement, le manque d’équipements de protection individuelle a induit des peurs quant à la propagation du virus. Une tension éthique s’est révélée entre la nécessité de se protéger soi-même et les autres et l’intérêt à poursuivre les accompagnements et les suivis, notamment à domicile. De nouvelles questions ont surgi pour le travailleur social concernant la façon de travailler, les modes de communication et l’obligation d’utiliser les outils numériques. Le télétravail questionne l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, et l’usage de la visioconférence, la suffisance ou non du maintien des liens avec une famille ou un jeune accompagné.

AD : On a pu penser que la démarche éthique était difficile à mettre en œuvre par temps de pandémie et de mesures d’urgence. Or il n’en a jamais été autant question que depuis l’apparition du Covid-19. Beaucoup de professionnels ont ressenti une nécessité vitale de créer des espaces de discussion pour ajuster les directives aux situations réelles et apprécier le caractère proportionnel et juste des restrictions. Il n’y a pas forcément eu de temps dédiés et longs mais la réflexion éthique a existé pour aboutir, par la discussion, à l’adaptation. L’éthique est liée à la question du sens dans l’accompagnement et le soin. Au sein d’un même établissement, les professionnels peuvent poursuivre des objectifs très différents. Leur priorité d’action et leurs valeurs ne sont pas non plus forcément celles de leur institution. La crise a parfois provoqué un électrochoc et a permis de se reposer des questions essentielles.

Y a-t-il une éthique du quotidien et une éthique de crise ?

AD : L’urgence amène le règne de l’exception dans une temporalité où il est difficile de penser et où la démarche éthique est plus compliquée. Dans un tel contexte, les questionnements, plus informels, dépendent largement des volontés institutionnelles de les maintenir. En temps de crise, il peut y avoir la tentation de ramener l’éthique vers la production de normes et l’envie d’un « conseil des sages » pour dire le bien, le mal, le juste ou l’injuste. Ainsi l’instrumentalisation de l’éthique pour lui faire jouer un rôle opératoire et labelliser des pratiques ou des protocoles est-il un danger.

DD : En temps de crise, il peut y avoir des difficultés à mettre en œuvre des consignes et à prendre en compte des paramètres nouveaux dans la mission du professionnel. Les principes de précaution, de réalité, de prévention et de responsabilité peuvent être battus en brèche. L’urgence empêche la réflexion et peut conduire à une « pratique réflexe ». Or chaque situation est singulière. Même en temps de crise, il est donc primordial de continuer de se poser des questions, de penser l’accompagnement et de le faire à un niveau collectif avec ses collègues.

Comment voyez-vous l’éthique post-Covid ?

DD : Le travail social est extrêmement complexe et embrasse des situations qui relèvent de l’éthique de la relation à l’autre. La période Covid a renforcé le concept de la responsabilité de l’intervention. Elle s’est posée de manière intense non sur les compétences institutionnelles mais sur les compétences professionnelles des travailleurs sociaux. Globalement, les interventions se sont bien déroulées et ont donné lieu à de nombreuses innovations mais le débriefing de ces périodes avec les professionnels est indispensable pour savoir ce qui doit être gardé, et éviter que la logique institutionnelle reprenne le dessus.

AD : La démarche éthique ouvre des perspectives de pensées à partir de l’action et des difficultés de la pratique. Ces dernières années, elle a entraîné un mouvement de fond pour promouvoir les droits des usagers et l’autodétermination des personnes. Or la lutte contre l’épidémie a produit un changement de priorité, par lequel la sécurité collective a brutalement supplanté la liberté individuelle, et affecté les valeurs et le but poursuivi dans le soin et l’accompagnement. Je suis inquiet de ce virage. Dans le même temps, le cataclysme sanitaire a revitalisé le goût et l’envie des professionnels pour une démarche éthique, ce qui augure peut-être d’un futur rééquilibrage en faveur des libertés individuelles.

Quels sont les enjeux à ce stade ?

AD : L’incertitude est profonde. Les transformations numériques s’opèrent sans visibilité et impactent, par exemple, le découpage entre sphère intime et sphère publique, interrogent la surveillance et la traçabilité des allers et venues, le contrôle des données personnelles. L’application Stop Covid pose ces questions. L’usage du numérique durant l’épidémie contient également des enjeux importants en termes d’égalité d’accès au télétravail, aux services publics, etc. Au-delà de la dimension purement sanitaire, se jouent aussi des questions d’ordre politique et idéologique. Dans ce contexte, la démarche éthique est précieuse pour conserver des espaces où discuter des priorités. Laisser possibles les questionnements est un antidote aux dérives autoritaires. La démarche éthique possède une dimension démocratique parce qu’elle nécessite une rencontre avec la pensée d’autrui et la mise à distance de ses propres référentiels. Elle renvoie à l’échelle de la collégialité. C’est une démarche au long cours dans laquelle l’ensemble de la population doit être investi. Le débat autour de l’accompagnement et du soin doit intégrer la personne, sa famille et ses proches, et d’une manière plus générale les échanges avec les citoyens.

DD : Depuis mars 2020, les professionnels cherchent à résoudre les questions posées en réaffirmant le sens et les valeurs du travail social. Parce que la réflexion éthique les apaise en donnant du sens à leur travail, il faut instaurer des instances éthiques dans le champ social. Il y a également un énorme travail à effectuer autour de la confiance dans les institutions. Le Covid déstabilise, l’incertitude et les fausses nouvelles rendent tout le monde méfiant. Enfin, le concept de l’intérêt général, bien différent de la somme des intérêts personnels, est à réaffirmer notamment en faveur des personnes les plus exclues de la société. Il faut s’inspirer des pratiques qui produisent une société de l’humain et de ­l’intelligence collective.

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