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EGALITÉ FEMMES-HOMMES
Les femmes élues en ruralité ont aussi droit à leur lot de difficultés
Maëlle Bénisty | France | Publié le 17/06/2019

Dans un rapport sur les femmes et la ruralité, le Centre Hubertine Auclert s’est penché pour la première fois sur le sort des femmes élues dans les communes rurales. Entre sexisme et absence de pluralité, elles rencontrent de nombreux freins spécifiques durant leur parcours.

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Les communes rurales d’Ile-de-France sont celles où l’on retrouve le plus de femmes maires. Ce constat est tiré d’une étude sur les femmes et la ruralité menée par le Centre Hubertine Auclert et présentée le 6 juin.

Pour la première fois, l’étude s’intéresse aux femmes élues en territoires ruraux et dresse un bilan des difficultés spécifiques qu’elles rencontrent. L’enquête a été réalisée en mars, par l’institut BVA, auprès de 301 élus franciliens et s’accompagne de plusieurs recommandations pour « améliorer la place des femmes en politique en milieu rural ».

Un long chemin vers le mandat municipal

Les femmes maires sont plus nombreuses dans les communes rurales, mais leur place n’y est pas acquise non plus. L’étude révèle que pour atteindre cette fonction, un engagement politique plus long est nécessaire chez les femmes.

D’après l’enquête, 36 %  des femmes maires dans les communes rurales franciliennes exercent leur mandat actuel depuis plus de 12 ans et 80 % d’entre elles exercent des fonctions électives depuis plus de 12 ans. Il leur faut donc cumuler des mandats d’adjointe ou de conseillère municipale avant de devenir maire.

La parité doit encore être renforcée

Depuis les lois sur la parité des années 2000, le nombre de femmes maires a peu évolué. Mais la part d’adjointes au maire dans les communes de plus de 1000 habitants est passée de 21,8% en 1999 à 49,2% en 2014. Une évolution renforcée par la loi de 2013 qui rend obligatoire l’alternance stricte des listes municipales et la parité des exécutifs municipaux pour les communes de 1000 habitants et plus.

Restent celles de moins de 1000 habitants. La délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes de l’Assemblée Nationale a déposé une proposition de loi en mars 2019, instaurant une parité dans tous les conseils et exécutifs communaux et intercommunaux afin notamment de répondre à cette situation.

Dans son rapport, le Centre Hubertine Auclert préconise également d’instaurer une alternance stricte femmes-hommes dans les fléchages opérés par les conseillers des communes de moins de 1000 habitants. L’idée étant de renforcer la place des femmes élues dans les intercommunalités, là où elles restent encore très minoritaires.

Le sexisme n’épargne pas les élues en ruralité

Une fois qu’on est élue, on s’expose à un sexisme qui touche tout le milieu de la politique, et ne fait pas exception dans les communes rurales. L’étude sort un chiffre poignant : une femme maire sur dix évoque les remarques sexistes qu’elle entend ou qu’elle subit comme une difficulté majeure de son mandat. Une oppression qui s’exerce d’autant plus que la fonction de l’élue est élevée, puisque les adjointes parlent un peu moins de ces remarques sexistes.

Une fois intériorisées, ces remarques légitiment chez les élues un sentiment de solitude et d’illégitimité. 16 % des élues ont renoncé à briguer un mandat supplémentaire à leur mandat municipal par manque de confiance et 23% d’entre elles estimaient ne pas avoir le réseau nécessaire pour briguer un mandat autre que municipal.

Le Centre Hubertine Auclert tient alors à rappeler l’importance des réseaux d’élues, surtout en milieu rural. En plus d’aider et d’accompagner les nouvelles élues, ces réseaux constituent un véritable « espace d’entraide et de libération de la parole » non négligeable.

Des freins au renouvellement de mandat

La difficulté à concilier leur mandat avec leur vie personnelle et familiale reste un frein majeur pour les femmes élues. Plus que pour chez les hommes, elles sont 48 % à évoquer cette raison pour ne pas se représenter aux prochaines élections municipales.

Même constat pour la conciliation avec la vie personnelle, vue comme une difficulté majeure pour 30 % des élues. Pour le Centre, il s’agit alors de combler les failles d’un partage encore inégalitaire des tâches domestiques pour aider les femmes élues.

Pour renforcer la place des élues en ruralité, de nombreux aménagements doivent encore être mis en place. Et ils pourraient profiter aussi bien aux hommes qu’aux femmes.

REFERENCES


CHIFFRES CLES

  • 62 % des com­munes de la ruralité d’Île-de-France ne sont pas soumises aux lois de parité
  • 51% des femmes élues travaillent à temps partiel, contre 17% pour les hommes élus
  • 16 % des adjointes qui ne souhaitent pas se représenter expliquent ce choix par le senti­ment de ne pas être utile.


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