logo
Adresse de l'article https://www.lagazettedescommunes.com/625832/quand-des-grandes-oreilles-surveillent-un-quartier-prioritaire/

PRÉVENTION
Quand des grandes oreilles surveillent un quartier prioritaire
Françoise Sigot | A la Une prévention-sécurité | Actu prévention sécurité | France | Innovations et Territoires | Publié le 17/06/2019 | Mis à jour le 10/02/2020

Depuis mi-mars, la ville de Saint-Etienne expérimente un dispositif de sécurité fondé sur la détection des anomalies sonores.

Saint-Etienne

[Saint-Etienne (Loire), 171 900 hab.] Cris, bris de glace, détonations… Autant de sons suspects bientôt sur écoute dans le quartier Tarentaize-Beaubrun-Couriot de Saint-Etienne. Ce dispositif inédit s’appuie sur l’installation d’une vingtaine de capteurs sonores au sein de ce quartier en politique de la ville. Leur mission ? Détecter les bruits inhabituels et, grâce à un système coordonné avec la vidéosurveillance, positionner automatiquement les caméras les plus proches sur le site d’où provient le bruit suspect.

« Les informations sont retransmises en direct au PC sécurité de la ville. Les agents de la police municipale prennent la main. Ils identifient grâce aux images l’origine du son anormal et peuvent très vite déployer les moyens nécessaires pour traiter le problème, par exemple faire partir un équipage de secours s’il s’agit d’un accident », décrit Jean-Pierre  Berger, adjoint chargé du logement, de l’habitat et de l’environnement. A ce jour, trois capteurs sont en place près d’un carrefour réputé accidentogène, aux abords d’une gare et sur un boulevard urbain. L’objectif est d’en installer une vingtaine d’ici à l’été.

Lot d’interrogations

Cette technologie a été mise au point par une start-up locale. « Nous enrichirons notre base de données de sons au fur et mesure du déploiement des capteurs. L’objectif étant de détecter les bruits anormaux sur un site précis, nous paramétrons les capteurs pour qu’ils fassent la différence entre un son normal pour le quartier et un autre, inhabituel. Nous apportons une intelligence aux caméras de vidéosurveillance pour lever un doute ou intervenir », explique Fabrice Koszyk, cofondateur de Serenicity, développeur et distributeur de cette technologie.

La démarche suscite son lot d’interrogations que la ville tente de lever. « Ce projet s’inscrit dans un appel à manifestation de l’Anru visant à trouver des solutions innovantes pour améliorer le confort et le pouvoir d’achat des habitants. Un premier volet porte sur l’installation de compteurs intelligents dans les logements du quartier. Il nous a semblé intéressant d’y adjoindre ce projet qui va apporter plus de sécurité, donc plus de confort aux habitants », défend l’adjoint pour situer les enjeux. Lors des réunions publiques organisées sur le projet, des habitants ont fait part de leur peur « d’espionnage ». « Le dispositif ne permet pas de capter les conversations », assure Fabrice Koszyk.

Sons suspects

Prudents et décidés à apporter des réponses concrètes à ces craintes, les élus stéphanois se donnent jusqu’à la fin de l’année pour « voir fonctionner ce ­système et parfaire son paramétrage au regard des préconisations qui pourraient être formulées par la Cnil [Commission nationale de l’informatique et des libertés] ». Soit vérifier que seuls les sons suspects font bien l’objet de signalements et que ces derniers sont de nature à faciliter la tâche des policiers municipaux et donc à renforcer la sécurité. Si tel est le cas, une cinquantaine de capteurs seront installés à Saint-Etienne.

Contact : Jean-Pierre Berger, adjoint au maire, courriermairie@saintetienne.fr

Repenser la ville en écoutant

Si le projet stéphanois se focalise pour l’heure sur la dimension sécuritaire, Serenicity voit déjà d’autres applications à sa technologie. « La puissance de notre modèle fait que l’on peut capter une grande diversité d’éléments sonores et, ce faisant, s’en servir pour améliorer l’aménagement de l’espace urbain », assure Fabrice Koszyk, cofondateur. « Si l’on repère des coups de klaxon ­répétés tous les jours à la même heure au même ­endroit, on peut en déduire que l’on est sur un site dont il faut revoir l’organisation, voire les équipements de mobilité », explique-t-il.

CHIFFRES CLES

  • 30 000 €, tel est le budget alloué à l’installation des capteurs sonores, pris en charge à 50 % par Serenicity et le solde par la ville qui bénéficie d’une subvention de 2 M€ de l’Anru.


POUR ALLER PLUS LOIN