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[Entretien] Décentralisation

« De Gaulle avait une conscience aiguë de la fracture territoriale »

Publié le 13/06/2019 • Par Jean-Baptiste Forray • dans : France

Arnaud Teyssier
Patricia Marais/La Gazette
Dans un essai savant, Arnaud Teyssier revient sur l’échec du référendum sur la régionalisation de 1969. L’occasion pour l’historien de mettre l'accent sur les liens entre le général de Gaulle et ce qu’on n'appelait pas encore les territoires.

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Voici cinquante ans, le président fondateur de la VRépublique tombe de son piédestal. Lors du référendum du 27 avril 1969, les Français renvoient le général de Gaulle dans sa retraite de Colombey. Avec la mort politique du connétable disparaît une certaine idée de l’Etat, brûlante et dévorante. Sous son égide, la monarchie républicaine a parachevé la constitution « secrète et silencieuse de la France, la loi napoléonienne du 28 pluviôse de l’an VIII [17 février 1800] qui remettait aux corps administratifs la direction du pays », écrit Arnaud Teyssier dans son essai « De Gaulle 1969 » (1).

Cet apogée du centralisme n’interdit cependant pas toute remise en question. La poussée de fièvre estudiantine de 1968 est aussi portée par le mot d’ordre de Michel Rocard : « Décoloniser la province. » Pour garder sa prééminence, l’Etat doit accomplir sa mue. Charles de Gaulle le sait mieux que quiconque. D’où le volet régional de la loi référendaire de 1969. Sur la rampe de lancement : un établissement public régional placé sous la tutelle préfectorale et composé à parité d’édiles et de représentants de ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui la société civile. Un acte de déconcentration et de rupture avec la tradition départementaliste jacobine. Pour autant, selon Arnaud Teyssier, ce texte n’annonce pas la révolution décentralisatrice de 1982. Ancien collaborateur et biographe de Philippe Séguin (2), il porte un regard très sévère sur les lois « Defferre ». Il y voit le germe d’une impuissance publique à des années-lumière de l’art du commandement du général de Gaulle.

Pourquoi de Gaulle souhaite-t-il promouvoir l’échelon régional lors du référendum de 1969 ?

Comme Michel Debré dans « La Mort de l’Etat républicain » en 1947, il considère que le centralisme a son revers : le poids excessif de Paris. Dans les années 60, la structure du pouvoir est devenue trop forte pour une société qui aspire à davantage de « participation », selon le vocable gaullien. Pour le chef de l’Etat, la région doit devenir le lieu de la rencontre féconde entre l’Etat et les nouvelles forces vives de la Nation. Cette entité a vocation notamment, dans le projet de loi référendaire, à attirer des chercheurs, des chefs d’entreprise et des figures du syndicalisme. Il s’agit d’associer ces forces économiques et sociales à la politique d’aménagement du territoire mise en œuvre par la Datar (délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale, ndlr) et les nouveaux préfets de région. De Gaulle veut ainsi maîtriser les grandes mutations à venir : les nouvelles technologies, mais aussi ce que l’on n’appelle pas encore la mondialisation. C’est également, pour lui, une manière de ressusciter les corps intermédiaires que la Révolution et l’Empire avaient fait disparaître. De cette façon, il contourne les élites politiques locales traditionnelles. Cette province française, dont son opposant François Mitterrand et l’écrivain Jacques Chardonne sont comme la quintessence, juge sa présence écrasante. Le fondateur de la VRépublique veut dépasser le cadre étroit du département, lieu d’épanouissement des parlementaires de la IVRépublique et de leurs fiefs.

N’était-ce pas également une façon de renouer avec les petites patries charnelles de l’Ancien Régime vantées par Maurras ?

De Gaulle, lors de la présentation du projet de loi référendaire, évoque « nos anciennes provinces mises au plan moderne », mais il reprend l’armature plus « administrative » des 21 régions qui s’est imposée au fil du temps. Contrairement à Maurras, il considère que l’Etat, combinaison d’institutions politiques fortes et d’une administration centralisée puissante, constitue l’instrument premier de l’action. Le témoignage de Jean-Marcel Jeanneney (ministre d’Etat chargé des réformes constitutionnelles en 1969, ndlr) est, à cet égard, édifiant. Alors que de Gaulle étudie ligne à ligne le projet référendaire, il tombe sur l’expression « territoire de la région ». Jeanneney raconte : « Il m’a censuré : Une région n’a pas de territoire, seule la Nation en a un. Et il a écrit à la main la partie correspondante du territoire national. »

Peut-on, dans ces conditions, qualifier son projet de décentralisateur ?

A Quimper, dans son discours du 2 février 1969, il dit, certes, quelques mots en breton. Mais la Bretagne est surtout grande à ses yeux parce qu’elle a fait plus de sacrifices à la guerre de 1914-1918 que les autres régions. Comme Gambetta, il est possédé par l’idée que la France est une construction fragile. De Gaulle a une conscience aiguë de la fracture territoriale. Tout cela nécessite une chaîne énergique du pouvoir concentrée autour de l’Etat. Rien ne lui est plus étranger que le concept actuel de gouvernance fondée sur l’idée selon laquelle le pouvoir n’est pas une énergie mais le jeu d’influences qui s’affrontent. On ne parle que de réforme, dialogue et concertation, mais jamais, en définitive, on ne tranche, l’essentiel étant de ne plus jamais connaître cette horreur absolue, cette terreur des politiques modernes : décider. Le discours sur la méthode, désormais interminable et sans fin, s’est substitué à l’action.

Quelle est la part de responsabilité de la décentralisation ?

La décentralisation de 1982 est une réaction de François Mitterrand contre la Ve République et des grands barons Gaston Defferre et Pierre Mauroy contre le pouvoir central. Contrairement à la réforme de 1969, elle est dirigée contre l’Etat. Elle se traduit par une absence complète de hiérarchie entre collectivités. Le pouvoir n’est pas transféré, mais atomisé. Philippe Séguin, qui a bataillé contre les lois de 1982, mettait en garde contre le risque de « congrès permanent de conseillers généraux ou de conseillers régionaux se répartissant prébendes et clientèles et se distribuant les restes d’un pouvoir défunt ». Longtemps, il a rêvé de publier une « Lettre ouverte aux thuriféraires de la décentralisation ». Le jacobin Philippe Séguin croyait en la commune et en l’Etat. C’est la raison pour laquelle sa fonction de maire était sa plus grande fierté. Je l’ai constaté quand, il y a trente ans, j’étais jeune stagiaire de l’ENA à la mairie d’Epinal. Le tableau qu’il dressait du métier était un pur chef-d’œuvre. Il décrivait le maire comme un héros du quotidien concentrant sur lui toutes les attentes de la population sur les sujets les plus divers, qu’il s’agît de la propreté des trottoirs ou quand un enfant se plaignait de maux de ventre après avoir mangé à la cantine. Et peu importait à l’électeur d’Epinal que seule l’école primaire fût de la compétence de la ville. La commune et l’Etat restent dans l’imaginaire collectif l’armature de la République. Emmanuel Macron l’a compris lors du grand débat, avec l’alliance qu’il a tenté de nouer avec les maires. Mais tout cela n’a évidemment de sens que si l’Etat est maintenu avec force dans son rôle de garant de l’unité nationale et des grands équilibres territoriaux.

(1) « De Gaulle 1969, l’autre révolution », Editions Perrin, 2019.

(2) « Philippe Séguin : le remords de la droite », Editions Perrin, 2017.

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