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Violences conjugales

Contre les violences il faut des approches différenciées

Publié le 01/12/2020 • Par Solange de Fréminville • dans : A la Une santé social, Dossier Santé Social

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D.R.
Ernestine Ronai, coprésidente de la commission « violences » du Haut Conseil à l’égalité, et Ghada Hatem, médecin chef de la Maison des femmes à Saint-Denis, s’efforcent d’améliorer le repérage et l’accompagnement des femmes victimes de violences conjugales et de leurs enfants. Elles témoignent de l’importance du travail partenarial.

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Repérer les victimes, les amener à s’exprimer, n’est-ce pas la principale difficulté ?

Ernestine Ronai : Aucune femme n’a la tête de l’emploi, cela ne se voit pas sur son visage. C’est pourquoi il faut questionner systématiquement les femmes rencontrées, que l’on soit médecin, sage-femme, travailleur social, psychologue, etc. : « Avez-vous vécu des violences ? à la maison ? au travail ? dans votre enfance ? » Le fait de savoir que les violences existent, d’être en capacité de l’entendre, cela ouvre la parole. Pas forcément tout de suite. Souvent, les femmes reviennent sur le sujet dix minutes après, ou bien plus tard. Comme c’est une question que je pose à tout le monde – ce que je leur précise –, je ne stigmatise personne. Quand j’étais psychologue scolaire, plus je posais ces questions, plus j’étais à l’aise avec, car les femmes l’acceptaient très bien et je savais quoi répondre : « Il n’a pas le droit, la loi l’interdit, et vous n’y êtes pour rien. Je vais vous aider. » Une femme sur deux que j’interrogeais était victime de violences ! Il faut absolument former tous les professionnels sur les violences envers les femmes, leurs mécanismes, les stratégies des agresseurs… Des formations validées, qu’ils doivent suivre.

Ernestine Ronai, est la coprésidente de la commission « violences » du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes. Responsable de l’Observatoire des violences envers les femmes de Seine-Saint-Denis depuis sa création en 2002, elle a été à l’initiative, entre autres, de la création du téléphone grave danger (pour les femmes) et de la mesure d’accompagnement protégé (pour les enfants). Elle codirige le diplôme universitaire « Violences faites aux femmes » à l’université Paris 8.

Ghada Hatem : Les femmes se confient quand elles se sentent en confiance avec des professionnels capables de les entendre. Ce n’est pas facile parce qu’elles éprouvent de la gêne et de la honte – plus encore peut-être pour les femmes de milieu bourgeois qui donnent à voir une famille idéale, des vacances aux Antilles… C’est un cycle de la violence : d’abord séduites, tout doucement maltraitées, jusqu’au moment où elles sont détruites. Leur agresseur leur fait croire que c’est de leur faute. Et puis elles ont le secret espoir que cela va s’arranger, qu’elles vont le sauver. Partir, c’est compliqué si elles ont des enfants, si elles n’ont pas de ressources, mais aussi parce qu’elles se sentent en danger et culpabilisent de l’abandonner… Leur conjoint leur dit : « personne ne te croira, tout le monde sait que je suis un homme charmant ». Pour les aider, le médecin doit les entendre, les croire, et les orienter vers la Maison des femmes, le centre d’information sur les droits des femmes et des familles (CIDFF), la Maison de la justice et du droit, etc. Il peut leur proposer des soins, un certificat médical… Il faut former les médecins sur ce sujet de santé publique.

Ghada Hatem est gynécologue et médecin chef de la Maison des femmes, au centre hospitalier Delafontaine, à Saint-Denis. Créée en juin 2016, la Maison des femmes de Saint-Denis accueille toutes les femmes vulnérables ou victimes de violences physiques ou psychologiques, ou de viol, dans le cadre conjugal, familial ou autre. Contraception, IVG, soins autour d’une excision, soins médicaux et psychologiques…, les équipes offrent aux femmes un accompagnement adapté.

Comment améliorer l’accompagnement des victimes ?

Ernestine Ronai : Personne ne peut accompagner seul une femme victime de violences, car on a besoin de compétences différenciées. Une association va l’aider à prendre conscience de l’emprise sous laquelle elle se trouve, du cycle de violences qu’elle subit. Avec un juriste, elle apprendra à connaître ses droits. Avec des travailleurs sociaux, elle avancera sur son insertion professionnelle. C’est un travail de partenariat qui doit s’instaurer entre des policiers, des magistrats, des associations, les services du département (PMI, crèches, services sociaux), pour travailler ensemble et mieux connaître les dispositifs qui permettent de protéger et d’accompagner les victimes. C’est le rôle de l’observatoire départemental des violences envers les femmes de Seine-Saint-Denis dont je suis responsable, un lieu où tous sont à égalité, le président du tribunal, les représentants des associations… En parlant ensemble des dysfonctionnements, on s’améliore. Il faut une implication des institutions, mais aussi un engagement des personnes. Si un procureur s’intéresse au sujet, ça compte.

Ghada Hatem : La violence affecte la santé. D’où l’importance d’une prise en charge par des professionnels de santé. Elles se confient à nous facilement. Elles racontent à quel point elles sont dénigrées, méprisées, « nulles, connes et moches », et à quel point elles ont mal partout. Nous reconnaissons ce qu’elles vivent : « Vous subissez des violences et ce n’est pas normal. Son comportement n’est pas normal. Il n’est pas normal d’avoir des rapports que vous ne souhaitez pas », etc. À la Maison des femmes de Saint-Denis, elles sont prises en charge par des psychologues, psychiatres, sexologues, kinésithérapeutes, ostéopathes, ainsi que des juristes, des avocats. Des bénévoles les aident dans leurs démarches administratives. On a mis en place des groupes de parole, des psychothérapies individuelles et des ateliers psychocorporels de théâtre, danse, karaté, percussions, des ateliers potagers, etc. Ces ateliers collectifs, c’est très important, car cela les aide à dire leur colère, à les sortir de l’isolement, à voir que d’autres vivent la même chose. Elles réalisent aussi qu’elles ont des compétences.

Est-ce que les moyens manquent ?

Ernestine Ronai : Il manque des moyens humains. Par exemple, il faudrait des policiers formés, volontaires et sélectionnés, pour recevoir les femmes victimes de violences. Pour ce qui est des moyens financiers, nous avons compté que, pour la prise en charge des 220 000 femmes victimes de violences conjugales chaque année, il faudrait un milliard d’euros pour financer l’ensemble du travail des institutions et des associations auprès de ces femmes (1). On en est loin. Il faut une volonté politique de l’État, des collectivités, donner des orientations.

Ghada Hatem : La Maison des femmes de Saint-Denis bénéficie de fonds publics, mais est aussi obligée de faire appel à des fonds privés. Elle a trouvé sa place dans le centre hospitalier de Saint-Denis, avec l’équipe du centre de planification du département de Seine-Saint-Denis et des professionnels de santé de l’hôpital. L’État envisage de financer des maisons des femmes dans le cadre d’un partenariat public-privé, notamment avec des fonds des agences régionales de santé, dans toute la France.

Faut-il repenser la parentalité pour protéger les victimes, femmes et enfants ?

Ernestine Ronai : C’est l’un des points qui pose le plus de problèmes. 80 % des femmes victimes de violences conjugales sont des mères. Quand elles demandent la séparation, il leur est intimé d’assumer leur parentalité avec le parent violent, ce qui permet à celui-ci de maintenir son emprise sur les enfants et donc sur leur mère. Dans une étude menée par l’observatoire de Seine-Saint-Denis en partenariat avec le parquet, sur vingt-quatre féminicides commis dans des familles où les enfants étaient encore petits, nous avons découvert que, dans la moitié des cas, le père tuait son ex-femme lorsqu’il exerçait son droit de visite et d’hébergement. On sait aussi que dans 54 % des cas de violences conjugales, le conjoint est violent avec les enfants aussi. Et dans 80 % des cas, les enfants sont là quand il y a des insultes, des coups. Ils voient aussi dans quel état est leur mère. Ils ont peur pour elle. Par ailleurs, les auteurs de violences ne supportent pas les frustrations, ni le fait que leurs enfants deviennent autonomes et qu’ils expriment des désaccords, car ils ont besoin de dominer. Tout cela a des conséquences graves sur les enfants. La loi du 28 décembre 2019 sur les violences dans la famille a apporté une solution : dans le cadre d’une ordonnance de protection, le droit de visite et d’hébergement doit s’exercer dans un espace de rencontre. En Seine-Saint-Denis, nous avons mis en place des mesures d’accompagnement : un travailleur social amène les enfants au lieu où doit s’exercer le droit de visite et les ramène. Il peut informer le juge du refus de l’enfant de revoir son père, de l’attitude de celui-ci, etc. Cela permet des visites régulières et d’éviter les violences. Protéger la mère, c’est protéger l’enfant.

Ghada Hatem : Pour les enfants, nous avons mis en place une consultation de pédiatrie, deux fois par mois, qui les évalue et les oriente. Il s’agira bientôt d’un binôme formé d’un pédiatre et d’un psychologue pour renforcer ce premier accueil. Nous avons aussi le projet de créer pour les mères un groupe de parole sur la parentalité. Pour les enfants, vivre dans un environnement de violence, c’est épouvantable. Ils ont peur tout le temps, ils sont sur le qui-vive. Un enfant, ça vous lie pour toujours à votre agresseur. Celui-ci a des droits sur ses enfants. Il faut parfois envisager de le déchoir de son autorité parentale.

Notes

Note 01 Rapport « Où est l’argent contre les violences faites aux femmes », Haut Conseil à l’égalité, 2018. Retour au texte

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