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[ENTRETIEN] SOCIÉTÉ
« Une fragmentation des territoires sans précédent »
Romain Gaspar | France | Publié le 16/04/2019 | Mis à jour le 12/04/2019

Dans « L’Archipel français » (éditions Seuil, 2019), réalisé avec le géographe Sylvain Manternach, le sondeur et analyste politique Jérôme Fourquet revient sur les bouleversements qui fracturent la société française depuis près de quarante ans.

jerome fourquet

Dans « L’Archipel français » (éditions Seuil, 2019), réalisé avec le géographe Sylvain Manternach, le sondeur et analyste politique Jérôme Fourquet revient sur les bouleversements qui fracturent la société française depuis près de quarante ans. Il décrit une France entièrement fragmentée, morcelée par la « dislocation de la matrice catho-républicaine », gagnée par « une sécession des élites », divisée par « l’autonomisation des catégories populaires » et fragilisée par « l’instauration d’une société multiculturelle ». Le directeur du département « opinion » de l’Institut français d’opinion publique tente d’expliquer la recomposition du paysage politique et électoral qui a abouti, en 2017, à l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République. Récompensé par le Prix du livre politique 2019 à l’Assemblée nationale, l’ouvrage emprunte autant à la recherche sociologique qu’à l’analyse électorale. Le sondeur insiste particulièrement sur la multiplicité des fractures territoriales et le degré quasi inéluctable de ces divisions. « Il ne faut certes pas succomber à un passéisme d’un âge d’or homogène, mais les lignes de failles qui parcourent notre pays sont inédites. Le degré de fragmentation est sans précédent », précise-t-il.

Jérôme Fourquet reprend le constat de son collègue géographe Christophe Guilluy sur l’opposition entre « France des centres urbains » et « France périphérique ». Mais il le dépasse pour pointer du doigt les failles internes aux grandes métropoles et aux villes moyennes. « Le degré d’archipellisation de la société française que l’on observe est la conséquence de phénomènes enkystés depuis trente ou quarante ans qui ne seront pas si simples à combattre », tranche Jérôme Fourquet.

Vous décrivez une fragmentation au niveau local des métropoles, des villes moyennes, des banlieues. Comment s’exprime-t-elle ?

A l’échelle d’une aire métropolitaine, les fractures entre certains quartiers et le reste de la ville et de sa périphérie sont de nature différente mais elles se superposent le plus souvent, de véritables frontières apparaissant dans une même ville. Les clivages sont d’abord socioéconomiques, avec une concentration de la pauvreté dans certains quartiers. Ils s’expriment ensuite en termes d’urbanisme et de bâti, comme avec la répartition des quartiers d’habitat social. Nous avons aussi étudié le trafic de drogue et la criminalité. Dans une même métropole, le climat sécuritaire de certains quartiers est très différent de celui du centre de la ville. On note, enfin, une grande ségrégation ethnoculturelle, avec la très forte concentration de populations issues des deuxième, troisième et quatrième générations de l’immigration dans quelques quartiers.

Toulouse est l’exemple type de ces fragmentations. C’est une grande réussite économique, avec Airbus. La ville concentre toutes les caractéristiques d’une métropole mondialisée : des écoles d’ingénieurs réputées, une part importante d’étudiants, un grand centre hospitalier universitaire, etc. Mais elle est aussi confrontée à un vaste « quartier difficile », le Grand Mirail, qui ne bénéficie pas de l’effet de « ruissellement ». On va retrouver ces mêmes ingrédients dans toutes les métropoles comme dans les villes moyennes, mais pas forcément

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