Fermer

Déjà inscrit(e) ?

Mot de passe oublié ?

Identifiant et/ou mot de passe non valides

Nous n’avons pas reconnu votre email, veuillez indiquer un email valide, utilisé lors de la création de votre compte.

Un message avec vos codes d'accès vous a été envoyé par mail.

Pas encore inscrit(e) ?

Inscrivez-vous pour accéder aux services de LaGazette.fr et à la gestion de vos Newsletters et Alertes.

M'inscrire gratuitement

Menu

Déjà inscrit(e) ?

Mot de passe oublié ?

Identifiant et/ou mot de passe non valides

Nous n’avons pas reconnu votre email, veuillez indiquer un email valide, utilisé lors de la création de votre compte.

Un message avec vos codes d'accès vous a été envoyé par mail.

Pas encore inscrit(e) ?

Inscrivez-vous pour accéder aux services de LaGazette.fr et à la gestion de vos Newsletters et Alertes.

M'inscrire gratuitement
  • Accueil
  • Actualité
  • « Le millefeuille territorial existait déjà sous l’Ancien Régime »

Décentralisation

« Le millefeuille territorial existait déjà sous l’Ancien Régime »

Publié le 04/04/2019 • Par Jean-Baptiste Forray • dans : France

Olivier Grenouilleau
Cyril Chigot
L’historien Olivier Grenouilleau passe à la loupe, dans son dernier essai, toutes les facettes de la relation entre la périphérie et le pouvoir central : administrative, politique, économique, sociale, littéraire… Des pagi gallo-romains, matrice des pays des années 1990, au millefeuille territorial de l’Ancien Régime, l’histoire recèle bien des allers et retours.

Ma Gazette

Sélectionnez vos thèmes et créez votre newsletter personnalisée

Les petites patries font la grande Nation. Au croisement du XIXe et du XXsiècle, la diversité et l’unité ne sont plus conçues comme devant s’opposer mais se compléter pour mieux se renforcer l’une l’autre dans le culte des terroirs. Rare moment de communion dans les rapports contrariés entre la périphérie et le pouvoir central.

Dans un essai savant (1), l’historien Olivier Grenouilleau passe à la loupe toutes les facettes de cette relation : administrative, politique, économique, sociale, littéraire… Des pagi gallo-romains, matrice des pays des années 1990, au millefeuille territorial de l’Ancien Régime, l’histoire recèle bien des allers et retours.

Si, comme l’écrit Michel Rocard dans « Décoloniser la province » en 1966, « une tradition politique, des rois aux républiques en passant par les empereurs, gouverne à l’intérieur par ses missi dominici, ses intendants et ses préfets en étouffant les pouvoirs locaux », ce système s’enracine aussi dans une alliance entre Paris et les notables. « Défenseurs des libertés provinciales, les parlementaires ont sans cesse les yeux vers Versailles, réclamant des pensions et autres avantages, pour eux et leurs familles », écrit Olivier Grenouilleau à propos du XVIIIesiècle.

Michel Rocard, toujours dans « Décoloniser la province », se montre plus sévère : « Un patronat familial peu capable d’assumer réellement la responsabilité du développement se trouve confronté avec une banque inexistante, des fonctionnaires qui consultent Paris pour chaque décision et des universitaires qui ne rêvent que d’y finir carrière. » Un statu quo que bousculent les lois « Defferre » sans toutefois mettre fin aux rapports ambigus entre Paris et les territoires.

A quand remonte l’opposition entre Paris et la province ?

A partir de la seconde moitié du XVe siècle, le mot « province » devient fréquent. Il fait référence à la circonscription administrative créée par la monarchie pour lutter contre les entités féodales. Le clivage entre le centre politique et la périphérie apparaît, lui, au XVIIe. Il se traduit par la Fronde des grands du royaume (1648-1653), l’opposition des parlements et des révoltes locales contre les taxes prélevées par les agents du roi, comme le mouvement des « bonnets rouges » en Basse-Bretagne (1675). Ce clivage repose ensuite sur le sentiment de supériorité de la cour versaillaise, qui estime être le lieu des bonnes manières. Pour les grands, la province devient un exil.

Cet état d’esprit ne passe pas forcément par une centralisation à tout crin. Il y a, sous l’Ancien Régime, comme aujourd’hui, des strates que l’on ne supprime jamais. On dénombre une quarantaine de gouvernements locaux juste avant la Révolution, mais les gouverneurs sont pensionnés à Versailles et ne vont jamais dans leur circonscription. Un juriste parle d’« inutilité décorative ».

Cette multitude de couches, qui ne s’articulent pas entre elles, permet aujourd’hui, avec le millefeuille territorial, à l’Etat central de se poser en arbitre. Le monarque d’Ancien Régime s’accommodait de la bigarrure. La Révolution remet en cause cette organisation avec le département, élément de rationalisation, mais pas forcément de centralisation. La Révolution, ne l’oublions pas, naît en province, à Vizille, en 1788 (2), et sous la forme des cahiers de doléances. C’est aussi la grande peur dans les campagnes qui déclenche la nuit du 4 août et l’abolition des privilèges.

C’est aussi sous la Révolution qu’apparaissent les premiers élus locaux…

Dans les nouveaux conseils de district, le principe électif est retenu. Le représentant de l’Etat exerce peu d’influence sur ces instances. Mais sous la Terreur, le personnel politique est dépossédé du pouvoir qui lui a été consenti. Le département devient alors un instrument de centralisation. En lutte contre le pouvoir parisien, les Girondins sont accusés de fédéralisme. De là naît l’opposition binaire avec les Jacobins, lieu de mémoire et leitmotiv sans cesse réactivé. Les spécificités et les langues locales sont combattues. C’est Bertrand Barère qui tonne : « Le fédéralisme et la superstition parlent bas-breton. »

Sans reprendre ce discours, Napoléon met en place le système le plus centralisé de l’histoire de France avec des personnes nommées par le pouvoir à la tête des communes et des départements. Comme le démontre Jean Tulard dans « Napoléon et 40 millions de sujets », l’Empire s’appuie avant tout sur 80 000 notables.

Ne faut-il finalement pas attendre la loi municipale de 1884 pour que soit mise en œuvre une véritable réforme de décentralisation ?

C’est le Parti radical, un parti de notables, qui porte la IIIe République. Elle s’appuie donc sur l’esprit de localité avec l’élection des maires par les conseillers municipaux. Mais, pour nombre de républicains, les libertés nécessaires s’arrêtent là. Ce n’est qu’après qu’intervient le moment régional. La France, explique le géographe Paul Vidal de La Blache, est « unique en Europe » du fait d’une « richesse de gamme qu’on ne retrouve pas ailleurs ». Le manuel scolaire « Le Tour de la France par deux enfants » rencontre un grand succès. La puissance mystérieuse des lieux (« La Colline inspirée ») chère à Maurice Barrès est exaltée.

C’est en 1900 qu’est créé le seul parti régionaliste à vocation et influence nationales de notre histoire, présidé par Jean Charles-Brun. Mais ce moment régional ne dure pas. Durant l’entre-deux-guerres, les personnages dévalorisant les régions, comme la Bretonne Bécassine, sont mis en avant.

Le régionalisme n’est-il pas aussi dévalorisé par le soutien que lui apporte ensuite Vichy ?

La plupart des orientations de Vichy ne sont pas à proprement parler « régionalistes ». « La terre qui ne ment pas » est le reflet d’un enracinement bien antérieur. Quand Vichy promeut la folklorisation des régions, il s’inscrit dans le sillon du Front populaire qui a créé le musée des Arts et des Traditions populaires. Enfin, surtout, lorsque le régime de Vichy crée les régions, c’est pour lui un moyen de mieux contrôler la population et en aucun cas un acte de décentralisation.

Par ailleurs, il faut se rappeler que le terme « aménagement du territoire » naît dans un rapport de Vichy en 1942. L’idée est reprise par la IVRépublique et la VRépublique. Le pouvoir local et le pouvoir national sont toujours aussi étroitement liés. Quand, dans les années 1960, de Gaulle lance les commissions de développement économique régional composées notamment d’élus, il instaure aussitôt les préfets de région.

La décentralisation de 1982 n’a pas rompu le lien entre les notables locaux et les administrations étatiques. Il y a, entre eux, de nombreuses affaires communes. Un phénomène accru par des scrutins régionaux de plus en plus nationalisés. Nous n’avons d’ailleurs pas à faire à un personnel politique purement régional, mais à des têtes de listes issues des exécutifs des grands partis. Le fédéralisme auquel aspiraient Pierre-Jospeh Proudhon ou Jean Charles-Brun n’a donc jamais été à l’ordre du jour. A l’exception de la Corse et, à un degré moindre, de la Bretagne, les partis régionalistes ne percent pas. La régionalisation, en France, se limite à un jacobinisme apprivoisé.

Notes

Note 01 « Nos petites patries, identités régionales et Etat central en France des origines à nos jours », Gallimard, 2019. Retour au texte

Note 02 Lors d’une réunion dans l’actuelle Isère, au cours de laquelle des notables réclament la convocation des états généraux, ndlr. Retour au texte

Réagir à cet article

Nos offres d'emploi

Plus de 1000 offres d'emploi !

TOUTES LES OFFRES D'EMPLOI

Aujourd'hui sur les clubs experts gazette

Nos services

Prépa concours

CAP

Évènements

Gazette

Formations

Gazette

Commentaires

« Le millefeuille territorial existait déjà sous l’Ancien Régime »

Votre e-mail ne sera pas publié

Déjà inscrit(e) ?

Mot de passe oublié ?

Identifiant et/ou mot de passe non valides

Nous n’avons pas reconnu votre email, veuillez indiquer un email valide, utilisé lors de la création de votre compte.

Un message avec vos codes d'accès vous a été envoyé par mail.

Pas encore inscrit(e) ?

Inscrivez-vous pour accéder aux services de LaGazette.fr et à la gestion de vos Newsletters et Alertes.

M'inscrire gratuitement